Ordre à Dujard, 11 mai (Arch. G
U. « J'ai reçu à 7 h. l'ordre d'attaquer Pizzighettone ; hier par une fausse attaque, j'ai pu voir qu'il y avait quatre ou cinq pièces en batterie sur la rive du fleuve bien garnie de troupes, le pont de bois coupé et défendu ; je vais cependant prendre mes mesures » (g'' Ménard il Bonaparte, limai). Dans une seconde lettre du même jour, Ménard dit qu'il a fait mettre en position il 200 toises de la place un obusier et une pièce de S ; il y aurait dans la place deux régiments de garnison, chacun de deux bataillons, ceux de Lattermann et de Hotf ; quelques compagnies franches de Michialo\vicli ; six escadrons de hulans, un de dragons, une compagnie de hussards d'Erdudy, neuf il dix canons sur les remparts ; l'armée lile sur Crémone ; on a arrêté vers 9 h. un caporal et un soldat d'un piquet de 50 h, qui venaient boire avec les nôtres sur la
Le soir de celte journée du H. vouée à l'inaction, Bonaparte put donc, sans préoccupations excessives, se rendre à l'invitation de l'évoque. Lorsqu'il arriva, escorté de 18 officiers ', le bon évoque qui ne s'attendait pas à si nombreuse compagnie, éprouva quelque embarras à satisfaire tant de convives. Le dîner se passa bien cependant. Bonaparte se montra conciliant, ouvert, parlant sans exagération de l'exploit de son armée la veille. C'est alors que regardant un tableau qui représentait une vue de TAdda, tbéâtre du combat, il dit à l'évéque, laissant écbapper cet aveu sincère : « Perd non fu gran coaa » ; ce fut peu de chose en vérité. Les soucis de sa charge ne l'abandonnaient pourtant jamais et il ne prit qu'une faible part à la conversation. Aussi, quand on annonça qu'un capucin demandait à lui parler, le fit-il aussitôt entrer et prendre place à table. Le capucin lui remit un portefeuille que Bonaparte ouvrit avec une clé, en tira de nombreuses lettres prises à l'ennemi qu'il lut et fit lire à son état-major. Le capucin passa dans l'antichambre, retira sa fausse barbe, sa perruque postiche et son froc; c'était Murât en uniforme, ainsi déguisé. Il s'assit près du couvert qu'on avait dressé pour lui et mangea sans dire un seul mot -.
Il n'est pas invraisemblable d'admettre que le contenu de ces dépêches, en quelque endroit qu'elles eussent été interceptées, confirma Bonaparle dans la crainte qu'il éprouvait de voir CoUi, désormais à l'abri derriO're l'Adda, pouvoir y opérer commodément sa jonction avec Beaulieu. Dans ces conditions, la marche sur Cassano, amorcée la veille par Kilmaine et Joul)crl, n'avait plus de raison d'être, et avant de se lancer à la poursuite en plaine
rive gauche de l'Adda ; le caporal était ivre, mais le soldat a fourni des renseignements (g»' Méuard à Bonaiiarte, 11 mai; Arcli. G.).
C'est donc à tort que Clausewitz dit qu'on ne sait ce qu'est devenue alors la division La Harpe ; il suppose qu'elle a été répartie entre les trois antres ; ce ne fut que plus tard que la division Méiiard (ancienne La Harpe), fut dissoute ; ou voit qu'au 11 mai et jours suivants, elle opère encore isolément, pour son propre compte, et n'est nullement disparue.
1. Trolard, p. 116, pense que c'est par malice que Bonaparte agit ainsi ; il traduit d'ailleurs dlciotto par douze officiers. Sa traduction de la suite de l'anecdote n'est pas ]ikis fidèle.
2. Cusani qui, p. 343, rapporte l'anecdocte d'après le manuscrit Lampugnani, en conteste partiellement l'autlicnticité, bien que Lampugnani soit un Irinoin digne de foi, et qu'il cite comme témoins oculaires, Ferrandi, majordome de l'évèché sans doute, et deux laquais en livrée qui se tenaient dans l'antichambre et virent toute la scène. Il est possible que le soi-disant capucin ne fût pas Murât, mais quelque autre officier; il est possible également et même probable que ces lettres furent saisies plutôt entre Plaisance et Lodi qu'entre Mantoue et Vérone; il est non moins admissible que ce n'étaient pas des lettres adressées aux généraux, autrichiens, lettres qu'on peut supi)nser écrites en allemand et que Bonapaite n'aurait pu lire; mais, ces invraisemblances du l'écit de Lampugnani écartées, le fond de l'anecdocte semble vi'ai et, comme dit Cusani, ]>eut être accei)té tnéme par une ciitique sévère.
Trolard, qui ne s'embarrasse pas pour si peu, traduit, p. in, que comme Bonaparte ne savait pas l'allemanil, il passait ses lettres à l'un de ses officiers qui lui en faisait la traduction : « ^'ous vimes alors Bonaparte rire de bon cœur », etc. Il n'y a rien de pareil dans le mémoire de Lampugnani cité par Cusani.
5i0 BONAPARTE EN ITALIE
des débris de Boaulicii, il fallait s'emparer au plus lot de Pizzighellone et de Crémone, afin de ne pas laisser aux Autrichiens le temps d'armer et d'approvisionner ces places '.
Il était nécessaire de s'assurer au préalable de Crema. Cette polile i)lacc, située en teri'itoire vénitien, neutre par conséquent, semble avoir délibérément fermé ses portes à Beaulicu le matin du 10 mai, l'obligeant à un détoiu' poirr gagner Pizzighettonc, et agissant de même, le soir du même jour, pour Sebottendorff en i-elraite *. En fut-il de môme pour la cavalerie française dans la soirée qui suivit la bataille de Lodi? C'est ce qu'il est difficile d'établir avec certitude. On pourrait croire, d'après l'ordre au général Bcaumont de rester à Crema et celui donné le 11, au généi'al Dallemagne d'avoir à s'y diriger avec toute l'avant-garde *, que les Français, moins scrupuleux ou plus irrésistibles que les Auliichiens, avaient pénétré dès la veille au soir dans la ville.
Quoi qu'il en soit, ils n'hésitèrent pas, sans respect pour la neutralité, à occuper Crema le lendemain de la bataille \ et c'est sur Crema que convergea l'armée dans sa marche vers Pizzighettone '.
1. iVapolénn : Campagnes d'Ilalie, dit que c'est la retraite de CoUi qui décida sa marche sur Pizziglietlone.
2 Bonaparte dans une relation de l'idaire de Pizzighettone, du 14 mai, dit nettement qu'a Crema, place de l'Etat de Venise, « les ponts-levis ont été levés » quand Beaulieu s'y replia (Arch. G.) Mémoires de Masséna, p. 6'j.
3, Ordres à Keauiiioiit et à Dallemagne, 11 mai (Arch. G.V n II est ordonn'; au g"' Beauniont de rester h Crema ; s'il était en route pour- Lodi, il retournera sur-lechamp a CriMna », etc. — " Il est ordonné au g»' Dallemagne de partir aussitôt pour se rendre à Crema avec tous les grenadiers et carahiniers de l'avant-garde ", etc. — L'ordre du jour du 11 mai, dit écralement, comme la lettre a Faiponlt pn'citée : e< L'ennemi a été poursuivi au delà de Crema » (Arcli.G.i. — Il est plus probable, comme l'éciit le capit"» J.-C. [Journal des Se. MU., mai 1897, p. 210) que la nuit arrêta la poursuite, le 10, « à mi-chemin de Cren)a ».
4. Mémoires de Masséna, p. O.j. n Le lendeinaiii (le M), Dallemagne se porta avec ses grenadiers sur Crema ", etc. — On assure que ce fut un dos esjiions, Nicolini, qui se présentant à l'aube au l'actionnaire comme envoyé de Mocenigo, gouverneur de lirescia, et parlementant avec le poste, réiu-sit à faire baisser le pont levis où se ]irécipitereut les grenadiers de Dallemagne qui surprirent au lit les soldats do la garnison.
•j. Sur le passage de l'armée française à Ombriano, village de 3,000 habitants à 3 kilomètres de Crema, à 13 de Lodi, on lira avec intérêt les souvenirs du curé de cette paroisse, Angelo Cerioli, dont le mamiscrit a été découvert derrière un tableau de l'église ; article de Matteo Benvenuti : Cuv'wso documenta dans le imméro du 31 mars 18S2 (aniio. IX, fasc, 1) de l'Archivio Storico Lomljurdo.p. 145 a 148. — Le bon curé n'estime pas à moins de 40,000 h. les .autrichiens qui passèrent le 10 à Ombriano, et toute la nuit du 10 au 11, les blessés. I, 'avant-garde française serait arrivée lo 11 au matin, vers midi; il note la présence de Bonaparte lui-même (jui ne dut passer à Onibiiano (pic le 12 ; le curé s'est trompé de jour, ce (pii s'exidique aisément jiar la peur qu'il dut lessentii', ayant été pillé, « déjiouillé de tout t, par
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Aiigcreau, qui avait reçu tout d'aliord l'ordre de marcher sur Pavie alors que, dans la pensée de Bonaparte il s'agissait avant tout de couper Colii de Cassano, reçut contre-ordre et dut concentrer sa division autour de Lodi. Kilmaine et Joubert lurent également rappelés de Mulazzano sur Lodi, où était le reste de la division Masséna *.
Le 12 mai, « une heure avant le jour-», Masséna, accompagné du o° dragons, marcha de Lodi sur Grema; Bonaparte et l'armée en partirent entre 3 heures et 4 heures du matin ^ Beauniont en personne prit les devants, et « une heure avant le jour » lui aussi, avec 800 chevaux et deux pièces légères, battit la grande route entre Grema et Grémone, Grema et Pizzighettone, cherchant à enlever tout ce que l'ennemi pourrait avoir laissé sur ses derrières, tâchant surtout de connaître la position exacte qu'il occupait *.
Derrière le rideau de cavalerie du général Beaumont, et sous la protection des baïonnettes de l'avant-garde , l'armée put s'avancer sans encom])i-e jusqu'à Grema, d'où elle inclina au Sud, sur la route qui conduit à Grémone, bifurquant à Gastelleone sur Formigara, et à Soresina, droit sur Pizzighettone.
Pour appuyer ce mouvement sur la rive gauciie de l'Adda, la division Ménard, postée depuis trois jours en o])servation sur l'aulre rive, à Maleo, et qui la veille et l'avant-veiUe avait, comme on l'a vu, poussé des reconnaissances sur la place de Pizzighettone, allait pouvoir intervenir ellicacement. Dès la pointe du jour, Ménard se porta sur la ville ; la division Sérurier, toujours massée autour de Plaisance, dirigea, en soutien de Ménard, celle de ses brigades stationnée à Godogno, et s'apprêta à passer le Pô avec toute son artillerie, en cas de nécessité '.
12 huss.iids. Son ùfrlise fut dC'va?tiJe par ces « arrabiati », ces enragés de Fiançais qui y eiitrèieut à cliuval ; les lenimes du pays, réfugiées dans réglisc, lurent n dépouillées de tout n.
1. Ordre et contre-ordie à Auïereau, 11 mai; ordre à Kilmninc et Joubert, 12 mai (Arcli. G.) On devait relever la 51" à la garde de Lodi par 300 li. de la division Augereau ; la 18« (alors 69'^) lui était aussi empruntée pour mareliui- sur Cienia; la SS" (alors 84«) qui gardait le passage du Pô, vint ensuite tenir garnison à Lodi, puis, le 12, lila brusiiueinent sur Cieina.