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Voir entre autres le beau dessin de Raffet

2. Rien d'analogue à cette cérémonie de 18S9 où le 3' zouaves offrit à Victor- Emmanuel, après l'alostro, le diplôme de caporal dans ce régiment. Rien d'analogue non plus à ce beau titre de " Premier grenadier de France » qui tut décerné au vieux La Tour d'Auvergne et qui, après sa mort, fut attribué au capit"» Gambronne, de la 46", le futur général de la Vieille-Garde à Waterloo (d'après E. Blaze : La vie ■militaire sous le Premier Empire, p. 63).

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Ce qui est plus plausible également, si toutefois le titre fut réellement décerné, mais en dehors de la solennité soldatesque dont on la voulu revêtir, c'est que, dans. cette armée d'Italie, si vive, si gouailleuse, si volontiers frondeuse, où l'arrivée d'un chef jeune et obscur avait soulevé quelqrcs n u-niures, il se soit trouvé des soldats caustiques qui, soit pou^ ses ,jar leur propre verve, soit à l'instigation de généraux méconteuts, aient imaginé de faire sentir sous cette forme au « général Vendémiaire », au protégé de Barras, au mari de Joséphine, que c'était seulement à Lodi qu'il avait conquis dans l'armée son droit de cité, et mérité le commandement en chef d'hommes qui jusqu'alors n'avaient fait que le tolérer.

Ou, tout bonnement, est-ce quelque loustic d'escouade qui, sans y penser autrement, lança ce mot lapidaire, ce sobriquet pitloresque, qui, ainsi jeté, aurait vite volé sur toutes les lèvres, et fait avec les « grognards » le tour du monde '!

Dans l'ancienne Rome aussi, les légionnaires, tout en suivant le char du triomphateur, se plaisaient à mêler à son ivresse les ]'efi'ains railleurs de leurs libres chansons, et parfois à l'accabler de leurs quolibets.

Si la griserie de la victoire en ce cerveau puissant décuplait les facultés d'un général de vingt-six ans et lui faisait entrevoirie prestigieux avenir qui allait se dérouler pour lui, son armée, tout entière aussi à sa joie, avait allronté de telles fatigues qu'on ne pouvait raisonnablement songer à la jeter le lendemain à la jjoursuite des Autrichiens et l'impatient Bonapai'te dut ronger son frein à Lodi.

1. C'est l'avis de M. Victorien Sardoti, l'illustre auteur (Irninatique, si érudit, si coinpittent |iour tout ce (|ui touche à l'Iiistoire iiapoléonieuuu et qui a bien voulu accorder à l'auteur un entretien à ce sujet. Pour qui sait la continuelle et amusante contusion ((uc les soldats font parfois entre euy sui' les mots « gùnéi'al u et « caporal », les méprises auxquelles ces grades donnent lieu chez les conscrits et dans leurs familles, cette hypothèse paraît des plus vraisendiiables.

11 faut noter en outre que quelques mois plus tard, Wurmser disait à. l'Empereur, en prenant congé do lui jiour venir se ])lacer à la tête de l'armée contre Bonaparte, (ju'il allait <- renvoyer le petit caporal à l'école >> (g"' Pi'lle])oit : S^oiiroiirs, p. 48).

Ce qui est acquis, c'est tpic sous l'enipire, au sommet de l'apogée impériale, on désignait fréquemment l'Empereur, dans l'aimée, sous le nom de l'etit Cajtoral, comme on ajipelait Ney « le P.ougeaud ». Ce surnom familier que Napoléon ne repoussait pas, car il rap|)rocliait les distances entre lui et ses troupiers, datait-il de Lodi ? Avait'il lait l'objet d'une sorte de bai)téme solennel ? Nous croyons avoir démontré qu'il n'en lut lien ou que tout au moins aucun témoignage contemporain, authentique, autorisé, ne vient le coulirmcr.

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D'autres soins l'y eussent d'ailleurs retenu. L'évèque, 'Monseigneur Délia Beretta, tint à venir le saluer avec les principaux membres du clergé, et l'invitera dînei'. Le prélat espérait ainsi en flattant le vainqueur conjurer en partie les fléaux que la mauvaise renommée des Français et l'attitude de Saliceti lui faisaient redouter.

Bonaparte n'eut pas de peine à lui garantir qu'il ferait observer une exacte discipline. Il nomma conmiandant de la place l'adjudant général Lorcet, avec la ol^ pour garnison ', écartant de la ville les autres corps de l'armée, plaçant des sentinelles aux magasins, aux entrepôts des tabacs et des plombs et prescrivant « la plus grande surveillance » « pour le maintien de l'ordre et le respect des personnes et des propriétés - ».

Mais il fallait vivre et si Bonaparte était disposé à alléger le poids de l'occupation aux babilants de Lodi, il ne pouvait échappera la nécessité des réquisitions pour assurer l'existence de ses troupes. Ces exigences furent-elles exagérées, ou le pays n'était-il pas en état d'y satisfaire? Quoi qu'il en soit, la municipalité de Lodi fut vite à bout de ressources et fit entendre les plus véhémentes protestations^.

Saliceti, on le sait, se chargeait d'aggraver et d'étendre le système des réquisitions et Bonaparte était contraint de lui laisser le champ libre à cet égard, achetant peut-être à ce prix sa complicité vis-à-vis du Directoire. Le trésor de San-Bassano, réputé fort riche, avait excité les convoitises du commissaire et il s'en empara, le "12, « pour les besoins de l'armée ». En vain, l'évèque lui représenta que les pièces d'argenterie du trésor de la cathédrale valaient surtout par la beauté de leurs i'ormes et le fini de leur travail, plutôt que par le poids de la matière, et le supplia de le laisser. Saliceti fit la sourde oreille, puis il exigea 5U,00D francs pour leur rachat. Délia Beretta offrit sa propre argenterie et une obligation de 1,000 zecciiini. Saliceti, le « rapacissimo sacchegiatore » Saliceti, ne voulut rien entendre etflt enlever de la cathédrale

1. La 51» do 1'» formation ; la nouvelle 51» (alors 99') était ce jour-là avec le g"' Ménarcl à Maleo.

2. Ordres au clicf de bri^rade Lorcet, M mai (Arcli. G.), Ul grenadiers et 8 ordon, nances seront placés chez le g"' en chef : 100 h. sui- la idace ; '2.'j cavaliers an piquet; piitrouilles continuelles dans la ])lace, etc. Bonaparte à la municipalité île Lodi, 11 mai (Ai'cli. G.) ; des lia))itants avaient caché des Autrichiens et durent les livrei' ainsi ([ue les ctfets et maeasins ahandonnés.

3. La municipalité écrivait le 13 à Berthier qu'elle avait fait tous ses efi'orts pour obéir .••ux réquisitions, mais que ses moyens étaient épuisés, et (pi'il lui élait impossible d '. fournir plus de 10,000 rations de pain et 1,000 de vin jjar jour; elle demandait en outre à verser entre les mains descliel's de >ervicc pour éviter le désordre et proposait de suppléer ]iar une contribulion joniaialièio en esp' ces aux rations qu'on trouvera dans le Milanais, le Pavésaii et ie Crénuinais. Cette lettre est siguée SoiumuriTa et Aipai'iui ; ce dernier nom peu lisible (.•\rcli. G.).

tous les objets précieux, étendant cette mesure un mois plus tard aux autres églises de Lodi et du diocèse '.

Sa rapacité faillit d'ailleurs quelques jours plus tard attirer à Saliceti une fâcheuse aventure. La population de Lodi, peu favorable d'instinct aux Français, en qui elle voyait des ennemis de la religion, fut indignée des procédés du Commissaire du Directoire et lui eût fait, à quelque temps de là, un mauvais parti, sans le dévouement d'un Corse qui l'accompagnait et le "sauva de la colère populaire*.

Laissant Saliceti à ses déprédations, Bonaparte qu'éperonnait le désir d'atteindre les Autrichiens dans leur retraite, soit Colli, soit Beaulieu, ne voulut accorder qu'un jour au repos des troupes. Toutefois, môme le H mai, Joubert, avec l'avant-garde de la division Masséna, se porta le soir, en avant, sur la route de Cassano, à Mulazzano. tandis que Kilmaine, avec 500 cavaliers, battait le pays, au delà ^ ; mais ni Joubert, ni Kilmaine ne rencontrèrent de vestiges de l'ennemi. Dujard disposait en batterie sur le pont et les berges de l'Adda les pièces conquises la veille, pour parer à un retour offensif bien improbable*. Quant à Blénard, qui avait reçu, le H, à 7 heures du matin, l'ordre qui lui avait été adressé le 10, à 8 heures du soir, d'attaquer Pizzighettone, suffisamment édifié par la fausse attaque qu'il avait dirigée la veille sur cette place, il ne s'aventura pas avec ses seules forces à troubler la retraite des Autrichiens, qu'il apercevait distinctement, dans la crainte de s'attirer quelque coup de boutoir d'un ennemi qui lui était très évidemment supérieur =.

1. Cusani, IV, p. 344, d'après Lampugiiani. — La saisie du Moiit-di;-Pi('té de Lodi produisit citui grandes caisses de vaisselle et un certain nombre de lingots qui furent envoyés à Baibi, à Gènes ; on saisit également dans les caisses publi(|u('s de la ville, 37,90o livres (Etat général des versements : Compte du payeur général de l'armée; Aicli. A"at ; Série AFllI, carton 198, liasses 910 et 911, et Trolard, p. 121). On saisit en outre 271 onces d'argenterie.

2. Ce fut lors de 1,'insurrection de Pavie et des pays avoisinants ; Saliceti se trouvait alors il la Gatta, hameau près de Lodi sur la route de Plaisance, où se trouvait la poste aux chevaux [Dizionario del circondario di Lodi ; cité par Eng. Trolard, p. 118).

3. Ordie à Masséna de faire partir pour Mulazzano toute son avant-garde et deux pièces d'artillerie légère que Sugny lui fera conduire ; 11 mai. Ordre à Kilmaine, 11 mai (Arch. G.).

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