LODI 5GS
Mars, partie à a Porta di Borgorato, dans les prés ou derrière le castello, à la ])elle étoile, n'ayant ni tentes, ni bagages. On leur servit du pain frais, de la viande qu'ils dévorèrent, 0,000 bouteilles devin. II y avait longlemps qu'ils ne s'étaient vus à pareille fête '. Le soir, la ville l'ut illuminée, comme les soirées précédentes. Le lendemain, dimancbe'de la Pentecôte, la population, dont une bonne moitié avait pris la cocarde tricolore, ne cessa de s'exiasier siu- ces soldats, petits, maigres, épuisés, aux costumes disparates et nu-pieds, qui, presque sans armes et sans canons, avaient battu l'armée autrichienne « composée de gaillards de haute taille, robustes, aguerris et pourvus de tout en abondance ». On n'en revenait pas. Ces soldats alTamés, « peu soumis », ne causèrent pourtant cà Pavie » aucun trouble, pas le nioindi'e désordre - ». Augereau putremplir ses instructions, s'emparer « de tous les magasins, vivres et munitions,. . . de manière que ce qu'il y trouva puisse être utile à l'armée et en sûreté ^».
Toutefois on ne put empêcher certaines déprédations partielles, bien que la division Augereau fût celle qui respectât le mieu.x la discipline et que son chef, plus que quiconque, tînt la main à ce que régnât « le plus grand ordre dans la place * ».
C'est ainsi que des soldats, échappant sans doute à la surveillance de leurs officiers, en raison de l'éloignement, se livrèi'cnt à de soltes mutilations dans la Chartreuse de Pavie, voulant démolir le splendide tombeau de Jean Galéas Visconti, ou du moins dt'truire les armoiries et insignes nobiliaires sculptés sur ce magnifique mausolée, les bas-reliefs leur semblant attentatoires à l'égalité =.
Ciisani, p. STo). Foiiiiii fait la remarque qu'il en vit peu en chapeau, que le plus f^^rand nombre avalent des casques en cuir, avec une aigrette en i)eau JDurs ou en crin de clieval, et qu'ils mirent leurs casques au bout de leurs l)aïonn('ttes pour lendre les saints. I.a division Augereau comptait en etl'et deux demi-brigades d'intanterie légère (les 27» et 29') ])ortant le casque bas à clienille de crin, et deux demi-bi'is;ades île bataille (les 4» et 18«) portant le bicorne. C'est sans doute l'une de ces dernières qui fut laissée à Lodi, ce qui e\pli([ue la forte jiroportion de cascpies constatée a Pavie par Fenini. Il note également les variétés de tenues des soldats, les uns en pantalon, d'autres en culotte ; les uns avec bottes, d'autres avec des souliers, beaucoup pieds nus ; on en voit avec des gilets, d'autres avec le premier vèt;nient venu.
1. Fenini ilit fi, 000 rations de pain de 24 livres ; 3,000 livres de viande de bo'uf. Fenini raconte qu'ils se construisaient des buttes de branchages semblables à des cages d'oiseaux. Beaucoup n'avaient ni baïonnettes, ni même de fusils, un sinqjle l>eiit sabre. Il n'y avait ([u'un canon, qui entra par la Porta Saii-Vilto, avec des musiciens jouant La Caniuifinole, le Ça Ira, etc. Le canon fut placé au corps-de-gai'de. Le soir, il y eut au théâtre, pour les soldats, une rei)ri'seiitatiou iri-atnile.
2. C'est Fenini ipji leur rend ce témoignage et relate la stupi'fai-tioii des citoyens de Pavie à l'aspect de ces petits hommes qui avaient battu si allègrement les colosses d'Allemagne bourrés de viande.
3. Ordre à Augereau (13 mai, Arcli. G.I. On trouve dans l'état des réquisitions du payeur général (Arch. N.) 231 onces d'argenterie pi'ovenant de Pavie.
îi. Pietro Talini : Cerlosa dt Pavki, p. 129. Taliiii prétend f|uc ces chefs-d'œuvre ne furent sauvés que par l'intervention de Berthier. La présence de Bertbier aui environs de Pavie est pour le moins douteuse.
Il paraît même, mais ce dut être plus tard, qu'on enleva tout le plomb qui recouvrait la toiture monumentale de la Chartreuse, et qu'on le vendit pour 50,000 livres '.
Pavie vécut d'ailleurs, pendant ces quelques jours, avec l'armée française dans une communion d'idées et de sentiments qui ne laissait guère prévoir le tragique réveil du lendemain. On planta le 17, sur la grande place, un arbre de la Liberté, un peuplier fort grand, déplanté tout exprès, et orné de drapeaux tricolores et du bonnet phrygien. Le 20 mai, la municipalité offrit un dîner de trois cents couverts aux officiers, et une actrice les invita à assister le soir à la représentation. La recette fut maigre sans doute, car l'actrice réclama une indemnité à Augereau qui lui remit de bonne grâce un bon de 70 zocchini, non sans l'avoir « retenue près de lui pendant quelques heures - », « faisant i-ipaille * ».
Qui eût dit que trois jours plus lard cette amitié presque tendre se changerait brusquement en rage homicide?
On jouissait, en attendant, de cette explosion de sympathie, si soudaine, même dans des milieux hostiles tels que Pavie. L'entrée à Milan, centre des idées libérales dans le nord de l'Italie, promettait encore un plus chaleureux accueil, et de toutes les raisons péremptoires qui dictaient à Bonaparte la marche sur Milan, la nécessité d'apparaître au Directoire mécontent dans une sorte d'apothéose était la raison dominante. Milan, gage de l'Italie reconquise ; Milan, initiateur et foyer de la résurrection italienne; Milan allait être le couronnement du jeune capitaine qui, d'un coup de son épée, venait de libérer l'Italie et de déchirer le suaire qui la recouvrait depuis tant de siècles !