‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 52 sur 622 · II. Taiiio, p · texte numérisé non relu

II. Taiiio, p

chologue autant que stratégiste accompli' ». Il sait bien « qu'il n'y a point de bête qui ne soit propre à rien, qu'il n'y a point d'esprit qui soit propre à tout* ». « D'ailleurs, personne n'a jamais eu, à un plus haut degi'é que lui, le talent stratégique, et ses marches offensives. . . . ont toutes élé habilement conçues * ».

Il a accumulé dans son cerveau, mettant à profit ses longues heures de pauvreté et de solitude, ses loisirs de garnison, et aussi de captivité, tous les éléments que lui fournissent d'innombrables et sagaces lectures, faites un peu au hasard, à la diable, dans tous les genres, mais avec altention, avec zèle. Rien ne reste étranger à sa curiosité inassouvie : histoire, géographie, sciences, philosophie, économie politique même, bien que le mot n'ait pas encore été inventé. Nourri de Plutarque, épris de Corneille pour les grands sentiments de ses tragédies, il ne l'est pas moins de l'abbé Raynal qui laisse sur son esprit une forte empreinte, et surtout de Jean-Jacques Rousseau, qu'il adore, quoiqu'il s'en défendît plus tard, et dont il est l'élève involontaire, pour les idées humanitaires de ses débuts comme pour le style*, il dévore tout, il absorbe tout. A l'exemple de son maître et modèle Paoli, il lit et relit Machiavel ; il est tout imbu des maximes du Prince. Sa mémoire prodigieuse enregistre et s'assimile tout; son esprit, net et précis, dégage, coordonne ces enseignements de rencontre, se les identifie. Il se crée ainsi, de faits pillés (;à et là, un arsenal inépuisable de connaissances variées et profondes sur toutes les questions. Il n'aura plus qu'à choisir, le moment venu, car, à son appel, comme ces soldats disciplinés qui viennent, sans trouble, à l'heure dite, s'aligner, en tenue parfaite, à leur place de bataille, sa mémoire heureuse, toujours fidèle et présente, lui fournira à point nommé les éléments qui faciliteront l'élaboration de ses plans. Il discernera sans effort les moyens les mieux adaptés aux fins qu'il se propose et avec son « imagination et son invention débordantes dans ses desseins ^, » il les fera docilement concourir à son but. « Il aperçoit d'un seul coup toutes les pièces, chacune à sa place et dans son office, le générateur de la force, les organes de la transmission, les engrenages superposés, les mouvements composants, la vitesse résultante, l'effet final et total, le rendement net. Jamais son regard ne demeure superficiel et vulgaire... Il conçoit tous les plans, puis il choisit avant d'agir après examen, comparaison et préférence. .. Il

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