‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 53 sur 622 · H. laine, t. I", p · texte numérisé non relu

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L'ÉTAT-MAJOK 33

met du calcul dans tout ce qu'il fait '.» C'est au dire de son frère Joseph, un grand macchhiatore. -.

Cliez lui, c'est un travail continuel, permanent, opiniâtre. Il travaille sans trêve et partout. « Je travaille toujours », a-t-ildit lui même''. La journée n'est jamais assez longue; le travail assez avancé ; l'action jamais assez prompte. Il sent, il sait que « ce qu'on appelle une inspiration n'est qu'un calcul rapidement fait ». Aussi emmagasine-t-il sans cesse les éléments de ces calculs. Lorsqu'il se trouvera dès lors en face d'un problème à résoudre, il n'aura qu'à évoquer ses souvenirs, et avec son incomparable rapidité de compréhension, la solution lui apparaîtra avec une netteté sans pareille. S'il se décide vite et bien, c'est plutôt par une réminiscence heureuse, surgissant à propos, que par une de ces inspirations divines auxquelles croient seuls les esprits superficiels et paresseux. Quelle force et quelle maturité une telle méthode de travail incessant, acharné, peut développer daus un cerveau puissant, à la fois assimilateur et généralisateur !

Ces résultats qui surprennent, émeuvent et déconcertent, sont dus « à l'étude intelligente de l'histoire militaire, à l'exacte connaissance de la géographie * ». C'est par cette science universelle (jae Bonaparte est surtout grand et qu'il distance ses rivaux trop servilement et exclusivement conflues dans les soins purement militaires. Loin de se cantonner dans les formules du métier, son cerveau panoramique embrasse toutes les branches des connaissances humaines. Il n'étudie pas seulement, penché sur la carte d'Italie, le terrain en slratégiste, en tacticien, mais en liistorien, en philosophe, en administrateur et en politique ; en homme, voire en poète. Lui seul voit au delà, et s'inspire d'idées générales. Aussi subjugue-l-il ceux qui doutaient de sa supériorité, ceux qui le narguaient, ses soldats, ses lieutenants, le Directoire lui-même, dont, au péril de sa tête, il lui faudra transgresser les ordres. Quand, aux leçons de l'étude et de l'expérience, on joint la clarté suprême de l'intelligence la plus prompte et la plus lucide; la précision des déductions positives ; le sens pratique des difficultés et des moyens de les surmonter, de les vaincre; la divination, la pénétration des projets de l'adversaire, par une analyse psychologique serrée autant que logique, on est bien près du génie, ou plutôt n'est-ce pas là le génie lui-

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