Giornale degli amici délia Uberta e dslV eguaglianza
peuvent que désirer et favoriser le retour de l'Autriclie ». Le tumulte fut extrême et les propositions les plus extravagantes développées par les énergumènes qui pérorèrent alors. L'un, agitant un bâton noueux, voulait assaillir à lui seul le Castello et le pulvériser. L'autre parlait de mettre le feu aux maisons des plus riches banquiers, propriétaires et négociants. Des Piémontais s'écriaient qu'il fallait détruire toutes les religions, niveler toutes les fortunes, renverser tous les trônes et venger ainsi les souffrances des classes pauvres.
Salvador célébra les Français qui venaient libérer les peuples; Râsori répéta les promesses de briser les chaînes du peuple lombard que lui avait faites Saliceti. A ces « balivernes », Porro voulut ajouter quelques « bagatelles », mais l'assistance l'interrompit violemment, lui reprochant d'être noble. Il abjura séance tenante ses titres nobiliaires, protesta de son dévouement à la cause populaire et promit, au milieu de bravos mêlés de sifflets, qu'il mettrait ses vêtements et son genre de vie en harmonie avec ses opinions. Serbelloni, en dépit de ses sentiments bien connus, ne fut pas mieux accueilli à cause de son titre de duc et de sa richesse. On refusa de l'admettre dans la société; il fallut l'intervention de Bonaparte pour qu'il y entrât. Sommariva,avec l'appui de Visconti et de Lattuada, fit alors approuver le texte de l'appel qui devait être affiché le lendemain par la ville; il fit applaudir sa déclaration qu'il fallait arracher aux oligarques municipaux les pouA'oirs qu'ils tenaient des Autrichiens, et fonder à Milan un gouvernement démocratique basé sur les principes de liberté et d'égalité, qui apprît aux quatre coins de l'Europe que la Lombardie désormais entendait créer une patrie '.
Le lendemain, la Société Populaire voulut planter un arbre de la Liberté sur la place du Dôme, où il y en avait déjà deux, érigés lors de l'entrée de Masséna*. Le club tenait à ce que la cérémonie eût lieu en face de ce palais où avait vécu le tyran ; il voulait aussi se faire voir en cortège au peuple, comme corps légalement constitué. Aussi, le 18, le chirurgien Cattaneo, président en fonctions, à la tête des membres du club, se rendit-il l'après-midi, du palais KhevenhùUcr sur la place de Dôme, où, au centre, flottait un grand étendard noir sur lequel se lisait en lettres blanches l'inscription : « Les droits de l'homme. » Dans un triangle tracé sur la place, — emblème maçonnique qui révélait l'origine réelle des Jacobins milanais, — une estrade et une
1. Becca'ini, 1. 1", p. 23, cité par Cusani, t. IV, p. 352 à 3.'58.
2. Le second, plus petit, avait été élevé par un prêtre corse, près du café dit « del Veronese » (Cusani, t. IV, p. 358, d'après 11 Termomelro).
tribune étaient dispos('!es auprôs de l'arbre de la Liberté, coifTé du bonnet rouge. Caltaneo salua l'érection de ce nouvel arbre par une '< virulente diatribe » contre les Autricbiens et leurs satellites salariés, qu'il termina pai le cri traditionnel : Vivre libres ou mourir I Après quelques autres allocations assez écourtées, comme la nuit tombait, on suspendit à l'arbre une guirlande de ballons, et quelques fanatiques ivi'os, ([uelques courtisanes, se mirent à tourner en dansant et en criant autour de l'arbre, sans que cette « mascarade » excitât le moindre entbousiasme, non plus que les poésies qu'on distribuait dans la foule et le manifeste qu'on afficha sur les murs'. C-et arbre de la Liberté ne fut pas le dernier. On en érigea un en chaque quartier, sur toutes les places de Milan, jusque dans la cour du séminaire archiépiscopal, ou un élève, Torti, composa une cantate « à l'union éternelle des deux nations sœurs- ». A chacune de ces cérémonies succédaient des chants, des danses, des libations, des festins, pour lesquels Gerolamo Costa rimait, en fort médiocre italien, des couplets de circonslgnce qui ne respectaient guère plus le bon goût que la prosodie *.
On répandait un nouveau credo patriotique qui commençait ainsi : « Je crois en la République Française et en Bonaparte, son fils, etc. * » Quelques patriotes composaient des écrits en vue d'exciter le sentiment national, en s'appuyant sur la propagande des sociétés secrètes *.
Malgré ces fêtes, ces discours, ces brochures, ces journaux, ces adulations, une partie de Milan restait réfractaire et n'éprouvait qu'à l'épiderme cet enthousiasme démocratique que Salvador, triste « ornement •= », et quelques nobles peu goûtés dans leur caste, tels que Porro, étalaient si bruyamment.
Le bon Milanais ne savait trop s'il devait aspirer à l'état de liberté ou regretter l'ancien maître ' ; il se disait prudemment que le sort de la guerre pouvait ramener à bref délai la domination autrichienne, et d'aillciu'S « les Milanais de 1796 ne savaient rien désirer avec force ^ ».
1. Cusani, t. IV, p. 3a8 à 36U. — Le maniffiste avait {lour titre « Le iremier cri de la Société populaire à l'arrivée dos armées françaises en Lomhardie » ; il était d une « adulation abjecte » pour les Français. Les poésies étaient au-dessous du médiocre ; on en trouvera des écliantilious dans Cusani et dans de Castro.
2. Miscllanea, t. LX. ; d'après de Castro, p. 94. Torti l'ut par la suite l'ami de Manzoni.