Lallement à Bonaparte, 14 mai (Arch. Afl'. Etrang
l'Espagne, car « il est juste, avait dit Carnot, qu'il paie son cntêtementànepassedétaclierdelacoalition' ». Lesmèraesraisonsn'existaient point pour le pacifique autant que ladre Hercule III-, malgré son étroite parenté avec la maison d'Autriche, ses liens avec l'archiduc Ferdinand, son gendre. Néanmoins, Bonaparte ne voulut point entendre parler de concessions. En vain Saliceti, gagné par l'ambassadeur de Modône, flt-il reluire à Bonaparte l'appât de 4 millions en or, contenus dans quatre caisses, que le duc le priait d'accepter; Bonaparte, méprisant, répondit : « Je n'irai pas pour cette somme me mettre à la discrétion du duc de Modène*.» Frédéi-ic d'Esté, surpi'isd'un tel désintéressement, insista; il eut l'idée malencontreuse, dans l'espoir d'amadouer Bonaparte, de faire allusion à son origine italienne : « Rappelez-vous que vous êtes des nôtres. » Il ne s'attira qu'une rehuiïade: « Je suis Français », lui (lit sèchement le héros corse ^. Il fallut que le duc de Modène en passât par où voulait le terrible général, d'autant que, dès le mois de décembre 1795, certains germes de fermentation démocratique s'étaient développés dans sa capitale ; on avait, en sa pi'ésence, fait entendre le chant du coq en guise de manifestation française et des pièces patriotiques avaient été couvertes d'applaudissements 5. En échange d'un armistice, et après promesse d'ent]-er immédiatement en pourparlers à Paris en vue de la paix définitive, le commandeur d'Esté se soumit à des conditions plus dures encore que celles octroyées à Parme. Le duc de Modène devait verser à la France 7,500,000 livres, dont 3 millions « sur-lechamp », 2 millions quinze jours après, et les 2,500,000 livres restantes dans le fort court délai d'un mois, entre les mains de Balbi. Le duc promeKait, en outre, vingt tableaux, au choix des commissaires fi-anoais, du Guide, du Guerchin, de Caravage, des Gari-ache, à prélever dans sa galerie ou dans ses États. Modène enfin s'engageait à fournir, jusqu'à concurrence de 2,500,000 livres, tout ce que l'armée exigerait en denrées ou munitions de guerre. Moyennant ces sacrifices, le duché était exempt de toutes réquisitions de vivres ou autres, lesquelles en cas de besoin seraient « payées de gré à gré ^». Ge qui importait surtout à ce
1. Le Directoiie à Bonaparte, 7 mai; lettre signée de Carnot (Joniini, t. VIII, p. oH).
2. Cantù, t. XIII. p. 30, note 1, défend la mémoire de ce prince «bon lionime » rpii aurait introduit dans le duché de nonibieuses améliorations. Il cite à l'appui l'éloi;e d'Hercule III, contenu dans l'ouvrage de Giambattista Venturi sur la vie du marquis Gherardo Hangone qui fut ministre de ce duc.