‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 557 sur 622 · Paul Gaffarel. p · texte numérisé non relu

Paul Gaffarel. p

6. Armistice accordé au duc de Modène; signé Bonaparte, Frédéric d'Esté ; Milan, n mai, 28 floréal (Arch. G.).

vieux thésauriseur, c'est qu'il croyait préserver ainsi ses immenses l'ichcsses de la rapacité républicaine, sans se douter, le pauvre homme, que moins d'un an après, elles tomberaient à Venise dans les griffes de ces voraces Français. Quant au surplus, « comme il n'a ni forteresses, ni fusils, il n'a pas été possible de lui en demander ' ».

Les réformes politiques de Bonaparte ne s'accomplissaient pas sans tiraillements. Les décurions, déçus dans leur espoir de se voir soutenus par les Français ; expulsés un peu rudement du Broletto par Despinoy peu d'heures après que Bonaparte était venu les y complimenter 2 ; les décurions, qu'affolaient d'ailleurs les injures de plus en plus virulentes des Jacobins, ne voulurent pas rester sous le coup de leur brusque disgrâce et tentèrent de se défendre en publiant une brochure, rédigée dit-on par Melzi, sous le titre : Gli canici delVordine, où ils justifiaient leur conduite. Saliceti confisqua les exemplaires du libelle qui ne fut pas }épandu dans le public, mais il fut connu de leurs adversaires et ce fut un motif de haine de plus entre les deux fractions du peuple milanais ^.

C'était donner beau jeu aux démagogues que de les voir ainsi jouir de la confiance et de l'appui de Saliceti. Leur hardiesse s'en accrut et leurs déclamations allèrent croissant. Un certain Ferdinando Porro, que, pour le distinguer du comte Gaelano Porro, son homonyme, on appelait le Porrino, sorte de maniaque, se livra à toutes sortes d'extravagances. A la représentation du 23 mai, à la Scala, on le vit soudain se précipiter avec rage sur l'écusson armorié sculpté au fronton de l'une des loges, excitant ses compagnons à l'imiter. Un officier, assis dans la loge voisine, tira son sabre et l'empêcha d'exécuter son dessein, sans se soucier des murmures et des invectives qui s'élevaient du parterre. Porrino se rattrapa le lendemain en hurlant, dans la rue Santa-Margherita: « Mort aux nobles, aux prêtres, aux moines et aux rois ! » Il aurait continué, si, devant le café Cambiaso, près du théâtre, un

1. Bonaparte, au Directoire, 22 mai (Arch. G.). Cependant le duc donna plus tard 9.000 fusils avec baïonnettes et quarante-neuf pièces de canon de diveis calibres (Bonaparte au Directoire, 13 juin; Arch. G.).

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