Napoléon : Campagy^s d'Italie
2. 11 « avait conservé toutes les formes de la sévérité d'un ancien major d'infanterie; honnête homme, probe, sûr, mais général malheureux » [Mémorial, 6 nov. 1813.) — « Se bat en soldat, ne prend rien sur lui; ferme, n'a pas assez bonne opinion de ses troupes ; est malade. « (Bonaparte au Directoire, 14 août 1790. Arch. G.) « Probe, intègre, estimable sous tous les rapports. » (Notes du g'' Desaix ; Arch. G.)
de son passé. La turbulence frondeuse des troupes mal aguerries qu'il devait guider au feu n'inspirait qu'une m(kliocrc confiance à son esprit judicieux et timide, trop enclin à n'admirer que les alignements géométriques, les mouvements mécaniques et réguliers de l'ancienne tactique *.
Des deux généraux qui, sous la direction de Masséna, commandaient les divisions de lavant-garde, l'un, La Harpe, était un liommo de premier mérite; « un grand et noble caractère- ». La Harpe était un robuste Suisse du pays de Vaud, un érudit, un gentilhomme philosophe, un orateur politique aussi, qui avait entrepris de doter ses concitoyens des bienfaits de la Révolution française. Chassé de sa patrie en punition de sa propagande en 1791 ; condamné à mort ^ ; il se souvint qu'il avait été dix ans auparavant olïicier en Hollande, et il vint offrir à la France son épéc de capitaine de grenadiers. D'un âge mûr, — ilavait près de quarante ans, — son adhésion étaitplus réfléchie qu'enthousiaste. Républicain de naissance bien que gentilhomme, citoyen autant que soldat, il avait adopté sans effort les idées nouvelles et leur prétait un concours sans réserve. « On ne sait rien de lui qui soit petit ou lâche * .» Calme, sérieux, studieux et brave, « droit, généreux et désintéressé * », c'était un chef sévère qui commandait et inspirait le respect et la confiance par son attitude résolue et ses réels talents, « toujours le premier parLont où il y avait des coupsà donner ou à recevoir, bouillant à l'attaque, tenacedanslaretraite"»; «conduisant bien ses troupes, don til était fort aimé, quoique d'un caractère inquiet ' » que peuvent expliquer les agitations de son existence. En somme, La Harpe était « grenadier par la taille et par le cœur » » a dit de lui Ronaparte, usant de la même expression qu'il appliqua aussi à Joubert et à Gardanne; plus juste ainsi, dans cet éloge, que ne le fut Marmont, qui dé-
1. 11 ne faudrait pas croire, on le voit, que les armées de la Révolution n'nient coiniité que de jeunes généraux et des oKieiers noviees. Cela l'ut vrai, en ycande ]iarlie, surt )ut plus tard. Au début de la guerre, les règles du l'avancenieut à l'ancienneté de services amenèrent au genéralat les lieutenants-colonels, majors et capitaines des anciens régiments, ol'Uciers fort capables, puisqu'ils commandaient les corps en l'absence presque continuelle des colonels nobles. Malheureusement, ces bons olliciers étaient vieillis, fatigués; il fallut les éliminer peu à peu. Us rendirent du moins cet immense service do dresser et d'instruire au métier militaire toutes les nouvelles levées.