Alexandre Daguet, p
L'ÉTâT-MâJOR D9
Pie VI de procédés tyranniques véritablement odieux. Son entliousiasnie pour la France et pour la Révolution ne commença àrfléchir qu'après qu'il eût tiré des sentiments dont il faisait si bruyamment parade, tous les avantages matériels qu'il convoitait sous l'apparence du civisme le plus ardent. Après le sac de Rome, en 1799, où ce futur ullramontain arrêta le Pape et « fit pour l'expédition d'Egypte, le grand encan des richesses de Rome * », on vit, non sans surprise, cet ancien administrateur de Bonaparte, ce complice et rival de Saliceti, ce vautour, fils indigne du cygne harmonieux^, devenir secrétaire de l'Archiduc Charles, dont il narra les campagnes en Suisse. La paix venue, ce converti sans scrupules se mit à jouir paisiblement, dans sa propriété de Beau- Séjour, près de Lausanne, du fruit de ses spoliations, de ses rapines et de ses trahisons'. Quelque temps après, en 1800, on put même y contempler le spectacle, aussi suggestif qu'édifiant, du richissime banquier offrant au Premier Consul, en route pour Marengo, l'hospitalité fastueuse de ce même fournisseur engraissé: par la fraude et le vol, que le général Bonaparte avait traité si cavalièrement de fripon, quatre années auparavant ■*.
Treize années n'étaient pas écoulées que l'hôte de Beau-Séjour s'acharnait sur le génie qui lui avait ouvert la route de la fortune, luttait contre César La Harpe et Jomini, vrais patriotes helvétiques, pour amener en Suisse les armées de la coalition traquant Napoléon vaincu. Il allait môme, en 1815, jusqu'à chercher à .détruire l'indépendance de sa petite patrie, moins par caprice du fanatisme que par cette « intelligence froide et pénétrante, éprise de la théocratie et des jésuites, comme de la meilleure sauvegarde contre la Révolution qu'il abhorrait après l'avoir acclamée et servie '^ ».
C'est donc à cet homme avide et sans scrupules, « habile fripon " )), sans doute, mais par trop taré, « peu aimé '' » que fut confiée la gestion des finances de l'armée, de compte à demi avec Saliceti, avec la bénévole cécité du naïf Garrau. On peut ima-