‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 96 sur 622 · Michelet, t. l", p · texte numérisé non relu

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mais celui-ci avait eu du flair et fut un des capitalistes qui pressentirent les destinées, crurent en l'étoile du jeune général, et le soutinrent de leurs largesses au 18 Brumaire *.

Thévenin était lui aussi un homme précieux dans son genre. C'est lui qui, par la suite, en avril 1807, fut l'organisateur du corps du train des équipages militaires. Mais il l'avait en réalité créé à l'armée d'Italie et il semble qu'il n'eut plus qu'à militariser, sous l'Empire, le personnel expérimenté qu'il avait su recruter et dresser dès 1796.

Quant au Suisse Haller, c'est la plus étrange et la plus énigmatique figure de « faiseur » qui se soit rencontrée dans cette armée d'Italie, si bigarrée, où l'on coudoie tant de contrastes, où l'on voit tant de fange unie à tant de grandeur. Haller*, démocrate et révolutionnaire fougueux, à ses débuts, agitateur et pamphlétaire violent, devait finir dans les sentiments les plus purs d'attache^ ment à la doctrine monarchique du droit divin. Bourreau du pape et pillard delà papauté, il en devint le plus docile serviteur, le plus fanatique et le plus servile. Dilapidateur féroce, éhonté, en Italie, il se travestit en bourgeois millionnaire, cossu, respectable, plein de morgue et de sévérité pour les humbles et les fripons. Haller a passé par tous les bas-fonds pour arriver, sans s'y croire dépaysé, à tous les sommets -^ Jacobin déterminé, ami de Robespierre, il s'était insinué, grâce à ses relations, comme inspecteur du service des vivres à l'armée d'Italie et s'y était poussé fort avant dans les bonnes grâces des représentants duperq)le,puis des commissaires du Directoire, surprenant tous les seci'ets et s'en armant ensuite pour se défendre. Il alla parfois si loin que, naguère, Saliceti et aussi Bonaparte avaient voulu le faire arrêter pour ses fn[)onneries. Il fit tant et si bien, qu'à la fin il décrocha le titre de ministre des finances de la République Cisalpine, puis celui de commissaire du Gouvernement français à Rome.

D'origine patricienne, on ne l'en avait pas moins vu « pérorer dans les clubs révolutionnaires, du haut d'une table, le bonnet rouge sur la tête * »; on le vit peu après user vis-à-vis du Pape

\. Collot fut directeur <1r la fabrication de I.i Monnaie, où Sliclielct le connut en 182(5. — Collot (Jeau-Pierre) était né à Moutpellicr, le 5 mars 1704. Ajirés avoir l'ti' t'ouinisseur des armées, il devint receveur général du département des Bouclies-du- Rliôue, sous l'Emjiire; et l'ut, par ordonnance du 13 déc. 1821, chargé comme entrepreneur de diriger les 'abricatious de la Monnaie de Paris. Il démissionna, le 25 sept. 1842, et dut mourir peu de temps après.

2. Haller (Cliarlcs-Louis de), né il Berne, le 1«' août 1768, mourut à Solcure, le n mai 18.54. Il était petit-(ils d'Albert de Haller, l'illustre savant.

3. Alexandre Daguet : Histoire de la Confédérnlion Suisse, t. II, p. 275, 321, 336, 359, 378,417, etc. Voir (;gà\ement Biographie Michand; Cantu : Ilistoire des

Italiens, t. XI; August von Conzenbacli : Archive fier Schweizeroeschichte, t. XIX.

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