‹ Bonaparte et le dogeChapitre 21 sur 21 · LT U-: DOGE · texte numérisé non relu

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et alors c'était une confusion décris discordans, de gémissemens sans pareils; là, on croyait entendre le râle des mourans ; ici rup;issait le lion, ou le taureau beuglait; ailleurs, l'aquilon, à la fois, hurlait comme le loup, glapissait avec l'hyène, poussait les soupirs déchirans de la chouette , les sifflements des reptiles, ou tonnait en grondant dans la conque éclatante des vieux tritons de l'Adriatique. Puis une nouvelle cataracte de l'air était subitement lâchée, et des rivières, des torrens, des lacs, s'éparpillaient en cascades superposées, suivies, maintenues et si abondantes, qu'on s'étonnait qu'épanchées dans la mer, elles ne la fissent pas envahir victorieusement, ce que, depuis tant de temps, le Lido défend contre elle.

Ce soir, les plaisirs extérieurs furent interrompus ; la terreur qu'un tel orage imprimait à ce peuple joyeux glaça son frivole caractère; chacun rentra chez soi pour souper, causeret prier Dieu en famille, avant que d'aller se coucher, ce que trop malheureusement encore

35o BONAPARTE

VU l'usage vénitien, on avait le grand tort de faire en famille'.

Précédé d'Eblo Pulpi, porteur d'un fanal de toile, et dont le chapiteau était en tôle, donna ou signora Gargagna regagnait sa maison , appuyée sur sa canne d'or si remarquable; elle cheminait d'un pas ferme et délibéré. Déjà elle approchait de la chiesa Saii-Grovolo ^ que sa demeure limiiait presque, lorsqu'un masque sans parapluie, se mettant en travers de son passage, lui cria gaîmenl :

— ■ « Bourse uu vie, avola !

— « Que Dieu te bénisse, mon cher Paolo Monazone! n'as- tu pas de honte d'attaquer les pauvres gens [)ar une telle nuit , où le plus hardi voleur tremble, prie et s'amende... Mais tu as eu néanmoins bonne idée de battre l'es-

(i) Les familles pauvres, celles peu aisées, eu Italie , comhent presque pêle-mêle, sans chemise, sans chambres séparées pour le sexe. La même réunit trois ou quatre générations , et la nuit est livrée à l'hymen. Il en resuite que, parfois, l'amour s'initie.

ET LE DOGK. 35 I

tiade; car ce que lu obtiendras de moi vaudra mieux que ce que tu m'aurais enlevé.

— ; « Je vous ai reconnue de loin , répondit le jeune homme, et je n'ai pas voulu effectuer ma retraite sans vous avoir demandé votre bénédiction.

— « Tu l'auras, et avec elleje veux... Éblo, voici les clés : cours et ouvre; ton oncle me ramènera lentement.»

Le jeune Vénitien partit comme un trait-, et, dès qu'il se fut éloigné:

— « Paolo, dit la vieille fée, je veux te donner, dans Venise, un rang où le doge ne te pourrait faire monter ; tu vas devenir, grâce à moi, le gardien de Saint-Marc.

— «Moi! avola, moi!

— « Oui , toi; cela t'étonne ; tu sais que le grand secret de sagrotte m'est confié. Je peux désigner mon remplaçant; c'est toi que je choisis. Viens, je te donnerai mes instructions.»

Paolo, se retournant :

— ce O Veni.seî dit-il, je serai veiigé et le patriciat ant-anti !»

352 CONAPARÏE ET LE DOGt.

Il partit du ciel un tel coup de tonnerre, qu'Elpha et ses deux descendans se crurent anéantis ou du moins aveuglés, tant de temps ils durent passer avant de pouvoir faire sortir de leurs yeux les flots pressés qui les remplissaient de cette lumière si incompréhensiblement éblouissante.

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