AVANT-PROPOS
Les deux sommités les plus brillantes du dix-neuvième siècle, sont Bonaparte et les Grecs. Le règne de l'un , sorti toutà-coup du chaos , étonna le monde , subjugua les esprits , arrêta l'essor de la pensée , et la tourna dans une seule direction et vers un but unique : il fut ètincelant , mais court et stérile. La renaissance des Grecs est lente, douloureuse; leur carrière est semée d'épines : partout des écueils, partout des obstacles ; et cependant ils grandissent , ils avancent , et nous pouvons prévoir leur gloire immortelle, quelles que soient les chances de cette guerre désastreuse : car il faut bien se garder de confondre le succès avec la justice : Dieu permet rarement qu'ils s'allient, comme pour montrer que tout sur cette terre doit rester
AVAINT-PROPOS.
incomplet. Les hommes peuveni succomber, miais la cause ne peut mourir. (( Le ciel et la terre passeront , mais la justice et la vérité' ne passeront point. ))
Le rapprochement de ces deux phénomènes de notre époque, fonde aussi sur des faits particuliers , et sur quelques rapports curieux présentes à Napole'on, en 1797 , est fécond en grandes pensées.
Je suis bien loin de les avoir aperçues et développées toutes j je n'ai pu en indiquer que quelques-unes , car ce que j'ai surtout voulu peindre, ce sont les Grecs si long-temps malheureux, abattus, avilis même, et pourtant encore dignes de la liberté, s'élevant avec elle et par elle aux actions les plus sublimes, prodiguant leur sang pour assurer à leurs enfans un noble avenir, et faisant dans leurs désastres comme dans leurs triomphes l'éternelle censure de notre Europe abâtardie. J'ai tâché de représenter les Grecs tels qu'ils sont , avec leurs vertus et leurs vices , car l'esclavage leur a laissé sa Iriste empreinte.
AV>f^T-PROPOS.
Mélange de souplesse, d'audace, de bassesse et de grandeur, je les ai montres tels que je les ai compris, tels que je les ai vus à travers leurs actions, leurs écrits et leurs chants. Une amie est venue à mon aide, et en conservant toute l'énergie de ces chants dans une poésie neuve et hardie, elle leur a donne une forme populaire, et propre à les graver dans la mémoire.
Ce que je désire ardemment, c'est que ce faible tribut de ma vive admiration pour les Grecs et pour leur cause, leur ramène des cœurs refroidis par d'indignes calomnies, et enflamme d'un nouveau zèle les grandes âmes qui les ont adoptés pour amis et pour frères.
ET