REORGANISATION DE L'ARMEE DU RHIN
sion de 5,000 hommes aurait six pièces d'artillerie, chaque division de 10,000 hommes, douze pièces. Enfin l'artillerie du corps de réserve se composerait de « six pièces de 4 sur affûts de traîneaux et le nombre de traîneaux nécessaires pour charrier le reste de son équipage (1) ».
On ne saurait reprocher au Premier Consul d'entrer dans le détail de l'organisation du corps de réserve qui, dans sa pensée, devait seconder l'armée d'Italie et, de ce fait, différer des trois autres afin d'être plus apte aux opérations en pays de montagne. Mais il semblait logique de laisser à Moreau le soin de donner aux grandes unités de l'armée du Rhin la composition qui lui paraîtrait la plus rationnelle, dès l'instant où il était responsable de leur emploi et où il n'existait pas, comme de nos jours, une organisation type. Aussi, la Note du Premier Consul fut-elle l'objet, de la part de Dessolle, d'observations très justifiées qui décidèrent Bonaparte à laisser à Moreau une certaine latitude, et à l'autoriser à faire les modifications qu'il croirait convenables (2) .
(1) Conesp. de Napoléon, n° 4694.
Observation iiiarf^inale de la main de Dessolle : « Je doute que l'on puisse mettre en campagne une aussi grande quantité d'artillerie que le comporte l'organisation prescrite. Il fallait, selon les calculs du commandant de l'artillerie, 9,000 chevaux pour trainer 120 pièces de canon avec leurs munitions; nous n'en avions que 7,000 au moment où je suis parti. La levée peut avoir fourni quelques chevaux de plus, mais n'arrivera pas au complet de 9,000 chevaux pour le courant de la campagne. »
(2) Une observation marginale dictée ou inspirée par Bonaparte sur
il4 BONAPARTE ET MOREAU
En réalité, Moreau usa de Tinltiative qui lui était laissée et ordonna le 11 germinal (1" avril) une organisation de l'armée quelque peu différente.
L'a?7e droite (Lecourbe) était forte de quatre divisions d'infanterie (Monclioisy, Vandamme, Lorge, Montrichard) , la première occupant le Valais, les trois autres échelonnés le long du Rhin, de Goire à Sâckingen.
La rése7've, aux ordres directs du général en chef, se composait de trois divisions d'infanterie (Delmas, Leclcrc, Richepance) cantonnées entre Lœrrach, Bâle, Gernay, Schlestadt, et d'une division de cavalerie (d'Hautpoul) répartie entre Mirecourt, Épin;il, Saint-Dié, Charmes.
Le centre (Saint-Cyr) comprenait trois divisions d'infanterie (Ney, Baraguay d'Hilliers, Tharreau) et une division de réserve, établies entre Brisach, llolmar, Obernai, Plobslieim, Marckolsheim (1).
h'aile gauche (Sainte-Suzanne) était constituée au moyen de trois divisions d'infanterie (Golaud, Souham, Legrand) stationnées entre Rehl, Strasbourg, Germersheim, Frankentlial ; les deux divisions Delaborde et Levai, affectées à la défense des places de Landau, Mayence et Gassel, lui étaient rattachées.
la Note précitée disait : « iSon seulement on ne voit pas d'inconvénient, mais on croit bon que le {jénéral Moreau fasse telles modifications qu'il jugera convenable à l'organisation des corps de l'armée. " (ij On remarquera que les cantonnements «le certains cléments ile la réserve chevauchent sur ceux du rentre.
réorganisation; de I/ARMÉK bu RHIN 115
Dans cette organisation, par une dérogation aux règles habituelles et à la logique même, Moreau avait cru devoir assumer le commandement direct du corps de réserve, pour des raisons qu il est difficile de discerner. D'après Saint-Cyr, il y fut poussé par l'adjudant général Lahorie, " homme d'esprit et d'intrigue " , dit-il, qui avait pris un grand ascendant sur le général en clief, qui aspirait à être son confident et son conseiller, et qui, dans ce but, ambitionnait le poste de chef d'état-major d'un corps d'armée placé sous les ordres immédiats de Moreau (1).
D'après Dessolle, au contraire. Moreau aurait pris ce parti i pour ne pas choquer l'amour-propre de quelques anciens généraux de division » , Delmas, Leclerc, Richepance et d'IIautpoul, qui auraient pu se trouver froissés d'être subordonnés à Lecourbe, à Saint-Cyr ou à Sainte-Suzanne 2). Quel qu'en soit le motif, cette mesure fut adoptée et, dans les deux hypothèses, elle est un indice d'une certaine faiblesse de caractère de la part de Moreau.
Saint-Cyr lui fit observer avec raison que c'était multiplier, sans utilité, la correspondance du général en chef. Moreau risquait ainsi de ne pouvoir se trouver
(1) GorviON Saist-Cvr, Mémoire.'! pour servir à l'Histoire militaire sous le Directoire, le Consulat et l'Empire, II, 114, note 1.
1^2) Observation marginale, écrite de la main de Dessolle sur une Note dictée par le Premier Consul à Bourrienne et publiée dans la Corresp. de Napoléon sous le n" 4694.
Dessolle .ijoutait : « D'après ce que m'a dit le Consul, il parait approuver cette meaure. »
116 BONAPABTE ET MOREAU
sur tous les points où sa présence serait nécessaire, en restant, à poste fixe, au centre du corps d'armée dont il se réservait la direction, pour en régler les mouvements et les diverses attaques. Il négligerait ainsi, nécessairement, ou les fonctions de commandant de ce corps, ou, ce qui serait plus grave, celles de général en chef. Saint-Cyr déclara qu'en maintenant une telle organisation, « sans exemple dans les armées modernes, il semblerait se faire le rival ou l'émule de ses lieutenants; que ce serait s'abaisser sans qu'il pût en résulter le moindre bien pour l'armée » • Si Moreau, ajoutait-il, croyait qu'en commandant directement des troupes, la réussite des opérations fût plus certaine, rien ne l'empêcherait de le faire à chaque fois qu'il le jugerait utile, mais qu'il ferait naître de graves mécontentements dans toute l'armée en adoptant particulièrement certains corps de troupes qui seraient fatalement privilégiés. « On devait présumer que les affaires les plus brillantes lui seraient réservées, et que l'on ferait servir les autres à les assurer, car comment exposer le corps du général en chef à être battu ou même n'avoir que des succès moins marquants (1)? »
Les inconvénients d'une telle organisation parurent si graves à Saint-Cyr, qu'il manifesta hautement sa résolution de quitter l'armée si elle n'était pas
(1) GouvioN Saist-Cyii, loc. cit., II, 111-112.