REORGANISATION DE L'ARMEE DU RHIN
en campagne avec une centaine de bataillons à 700 hommes chacun, environ 12 à 13,000 chevaux et 120 bouches à feu environ, dont moitié artillerie légère il).
Moreau ne manifesta, dans sa correspondance avec le Premier Consul, aucune humeur de ces instructions étroites dont bien des détails eussent dû être laissés à son initiative. Il n'y fit même aucune allusion, opposant ainsi une sorte de force d'inertie, et chargea, le 6 ventôse (2), son chef d'état-major de faire connaître au Ministre de la guerre l'organisation de I armée qu'il venait « de prononcer définitivement (3) 1) , et qui différait sensiblement de celle qu'avait ordonnée le Premier Consul.
Elle était fractionnée en quatre corps : Vaile droite, aux ordres de Lecourbe, forte de 28,000 hommes d'infanterie et de 2,000 chevaux; le centre, dont Moreau se réservait le commandement direct, comprenait 28,000 fusils et 7,000 sabres; l'aile gauche^ commandée par Saint-Gyr, avait 26,000 hommes d'infanterie et 4-, 000 chevaux; enfin le corps du bas Rhin, confié à Sainte-Suzanne, dont l'effectif ne s'élevait qu'à 18,000 fantassins et 2,000 cavaliers (4).
(1) Moreau à Bonaparte, Bàle, 27 pluviôse (A. H. G.).
(2) La leUre du Premier Consul du 26 pluviôse lui était déjà parvenue.
(3) Dessolle au Ministre de l.i jjuerre, Baie, 6 ventôse (A. H. G.V
(4) Le corps du Las Rhin avait été constitué par Moreau le iO pluviôse, par prélèvement sur l'aile {jauclie. — « Les chances diverses des
110 RONAPAllTE ET MOllEAU
40 bouches à feu étaient affectées à chacun des trois premiers corps ; 20 seulement à celui du bas Rhin.
Le 10 ventôse, le Premier Consul chargea le Ministre de la guerre d'envoyer à Moreau, pour l'organisation de l'armée, des instructions complémentaires qui modifiaient celles du 26 pluviôse et eurent pour effet d'approuver implicitement les mesures dont Dessolle avait fait connaître l'exécution. L'infanterie sera partagée en dix divisions, chacune de 10,000 hommes. Elles seront groupées en quatre corps d'armée comprenant : le I" et le 3*, deux divisions; le 2* et le 4% quatre divisions. Le 4" corps portera le nom de corps de réserve : " Il est, en effet, écrit Bonaparte, destiné à servir de corps de réserve aux trois autres corps, à garder la Suisse et à combiner ses opérations avec ceux d Italie [l). »
Aussi désigna-t-il nominativement son chef : ce sera Lecourbe qui, dans la campagne précédente, s'était illustré en Helvétie, et qui connaissait parfaitement la région où le corps de réserve devait être appelé à intervenir.
opérations luilitaiies qui peuvent avoir lieu sur ce point rendent cette disposition nécessaire » , écrivait Moreau, à cette date, à Baraguav d'Ililliers. — Sainte-Suzanne, désigné [)our commander le corps du Las Rhin, était arrivé à Maycnce le 19 pluviùse. >• La grande distance à laijuclle Mayence se trouve de la masse de l'armée, lui avait écrit Moreau, le 10 de ce mois, ne me permet pas de m'en reposer, pour ce commandement, sur un autre que sur vous qui le connaissez parfaitement. 1» (A. H. G.)
(1) Coiresp. (le JSapolf'oii, n" V02n.
REORGAMISATION DE L'ARMEE DU RHIN lli
Moreau eut toute latitude pour distribuer sa cavalerie comme il le jugerait convenable, en affectant toutefois au 4^ corps trois mille sabres, dont la plus jjrande partie se composerait de cavalerie légère, chasseurs ou hussards, plus aptes à rendre des services en pays de montagnes.
Toute Farmée devait être » le plus concentrée que faire se pourra, avant le 1" germinal, entre Bâle et Constance, la gauche pouvant s'étendre jusqu'à Strasbourg, pour la facilité des subsistances. » Elle sera pourvue de tout le matériel nécessaire « pour pouvoir jeter trois ponts, dont l'étendue sera calculée sur la largeur du Rhin, entre Schaffouse et Constance (1) ».
Bien que Moreau désapprouvât, en principe, la concentration préalable des forces, et fût opposé d'ailleurs, à ce qu'elle s'effectuât en Helvétie, il obéit et donna immédiatement des instructions à cet effet. Le fractionnement de l'armée devait se poursuivre simultanément. Mais le 24 ventôse (15 mars), tout fut ajourné, marches de rassemblement et organisation, en raison des difficultés que suscitait l'alimentation des troupes. Provisoirement, l'armée fut divisée en trois corps: aile droite (Lecourbe) , centre (Saint-Gyr) , ^awcAe (Sainte-Suzanne) .
A la suite de conférences qui eurent lieu à Paris
(1) Corresp. de Napoléon, n" 4626.
du 22 au 26 ventôse, entre le général Dessolle, chef d'état-major de Moreau, et le Premier Consul (l), celui-ci dicta à Bourrienne le 1" germinal, une Noie destinée à servir de base à l'organisation définitive de l'armée du Rhin (2) . L'infanterie serait divisée « en quatre grands corps d'armée " : le premier et le troisième, composés de trois divisions, Tune de 10,000 hommes, les deux autres de 5,000 ; le second et le quatrième de quatre divisions, deux d'entre elles de 10,000 hommes, les deux autres de 5,000. Les trois premiers corps porteraient le nom de » corps d'armée du Rhin, le quatrième, de corps de réserve» . La cavalerie serait partagée en divisions fortes de 2 à 3,000 chevaux (3); celle du corps d'armée de réserve serait de 3,000 chevaux, les deux tiers composés de chasseurs ou hussards, le troisième tiers de dragons et cavalerie proprement dite. Chaque divi-
(1) Voir iiifru, p. 170 et suiv.
(2) Cette Kote existe aux Archives de la Guerre. (Année du Rhin, Correspondance, mars 1800^, corrigée de la main du Premier Consul et annotée en marge par Dessolle. Elle a été publiée dans la Correxp. lie Napoléon, sous le n" 469'f, avec la date du 1'' germinal an Vlli, et le titre : " Plan de campagne pour l'armée du Rhin. " Cette date ne parait pas exacte, car Dessolle qui a écrit plusieurs observations marginales n'a séjourné à Paris que du 22 au 26 ventôse. Le titre qui lui conviendrait mieux serait d'ailleurs : « Plan de campagne pour Its armées du Rhin et de réserve. »
(3) Oijservation marginale de la main de Dessolle : « Ces corps, à l'exception de la réserve, ne peuvent être commandés que par des généraux de brigade, par le manque d'ofticiers généraux de cette arme; il faudrait encore deux ou trois généraux de cavalerie pour avoir des remplacements et pour surveiller les dépots de cavalerie de l'armée. »