LA CONVENTION DE BALE
Bcrthier envoyé à Bàle pour combiner les opérations des armées du Rhin et de réserve. — Moreau tient à conserver Lecourbe. — Il consent à envoyer vingt mille hommes environ à Bonaparte après avoir remporté un succès décisif. — Bonaparte persiste dans la voie des concessions, malgré les sollicitations de Berlhier.
Les instructions adressées par les Consuls à Moreau le 1" germinal (1), contenaient « les bases du plan général des opérations (2) " pour les trois armées d'Italie, du Rhin et de réserve. Celle-ci, placée sous le commandement nominal de Berthier, mais dont Bonaparte se réservait la direction effective (3j , devait ' établir entre elles le concert d'opérations... et former le centre de la grande ligne dont la droite était à Gènes et la gauche au Danube (4) » . Aussi, le Premier Consul invita-t-il Berthier, le 19 germinal, à se rendre au quartier général de Moreau pour se concerter avec lui « sur la série des opérations combinées,
(1) Coiresp. de Napoléon, n"' 4694, 4695. — Voir p. 185 et suiv.
(2) /6ic/.,n"47i0.
(3) Voir p. 149, note 4.
(4) Coiresp. de Napoléon, n" 4710.
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le plus parfait ensemble étant indispensable {!) « .
En même temps, Bonaparte lui énumérait les trois missions qu'il aurait à remplir : appuyer le mouvement que l'armée du Rhin devait faire en Souabe pour ouvrir la campagne et lui prêter secours au besoin : pénétrer en Italie avec la majeure partie de l'armée de réserve, renforcée du corps de Lecourbe ; laisser en Suisse des forces suffisantes pour la garantir de toute invasion, par Rheineck et Feldkirch. Berthier devait s entendre avec Moreausur ces divers points et adresser au Premier Consul un Mémoire revêtu de la signature des deux généraux en chef.
Prévenant Moreau le 21 germinal de l'arrivée prochaine de Berthier à Bàle, Bonaparte lui faisait observer que l'armée d'Italie était faible et qu'on ne pouvait (I être rassuré sur sa position que par les mouvements vigoureux de l'armée du Rhin et de l'armée de réserve (i) » . C'était, en d'autres termes, appeler une fois de plus 1 attention de Moreau sur la nécessité d'une offensive prompte et énergique.
Accompagné de son chef d'état-major, le général Dupont, Berthier partit de Paris le 21 germinal, arriva à Bàle le 25, et entra dès le lendemain en conférence avec Moreau assisté de Dessolle (3) . Le
^1) Correspondance de Napoléon, n" 4710. — Cf. n"4711. 2) Ibid., n»4713.
(3) Son arrivée à Bàle fut retardée par " les mauvais chemins » et sa " voiture brisée plusieurs fois » . (Berthier au Premier Consul, 24 [jerminal, A. H. G., Armée de réserve.
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plan de campagne établi par Moreau n'était plus en cause ; mais il s agissait, dans cette entrevue, dairiver à une entente complète sur les forces de l'armée de réserve destinées à garder la Suisse et sur l'effectif des troupes de l'armée du Khin qui seraient détachées en Italie.
D'après les instructions du Premier Consul, Berthier insista vivement afin d'obtenir que cette colonne fut placée sous les ordres de Lecourbe, « qu'une grande énergie et son talent pour la guerre de montagnes, si bien éprouvés pendant la campagne précédente, devaient rendre fort utiles sur un terrain où des connaissances locales et son expérience ne pouvaient être suppléées (1) ». Moreau n'ignorait pas que Berthier fût, à ce sujet, l'interprète fidèle des désirs de Bonaparte {2j . Mais, appréciant lui aussi la haute valeur de son lieutenant, il déclara qu'il voulait « absolument avoir avec lui le général Lecourbe (3) " , du moins pour les premières opérations de la campagne. Satisfaction lui fut donnée sur ce point.
D'autre part, Moreau manifesta son intention de ne laisser à la garde de l'Helvétie, que les forces strictement nécessaires pour la garantir contre les entreprises de l'ennemi. Il jugeait que onze bataillons aux
(1) Mathieu Dlmas, loc. cit., III, 89.
^2) Corresp. de Napoléon, n" 4626.
'3) Berthier à Bonaparte, Bàle, 26 germinal. ^l'ian d'opérations arrêté entre les deux généraux en chef Moreau et Berthier, d'après les instructions du Premier Consul. A. U.C.).
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ordres de Moncey, sur les quarante dont se composait son aile droite, suffiraient à cette tâche. On ne peut qu'approuver cette décision. Ne s'agissait-il pas, en effet, d obtenir sur Kray des succès décisifs que Bonaparte avait reconnus lui-même être la condition préalable et indispensable des opérations en Italie de l'armée de réserve (I)? Il ne fallait dès lors distraire de l'armée du Rhin, pour une mission d'ordre secondaire, que le minimum de troupes compatible avec la sécurité de la Suisse, pendant la période qui s'écoulerait entre l'ouverture de la campagne et la première grande bataille.
Moreau s'engageait d ailleurs à agir n de manière à écarter l'armée ennemie du Tyrol, afin de faciliter les opérations du général Berthier (2) " . Il consentait, après avoir « obtenu sur Kray un avantage assez considérable pour lui donner la supériorité (3) » , à détacher en Italie, sous les ordres de Lecourbe, un corps composé du quart de l'infanterie et du cinquièuïe de la cavalerie de l'armée du Rhin. De son côté, Berthier deva'it porter une partie de ses troupes à Genève, dans le but d'appuyer les onze bataillons chargés de garder la Suisse.
Il fut décidé enfin que, si Kray ne répondait pas dans les vingt-quatre heures, à la proposition d'ar-
.1) Voir p. 152 etsuiv.
(2) Berthier à Bona|.arte, Bâle, 26 germinal (A. H. G.)-
(3) Ibid.