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nous le combattrons ; c'est ce qui peut nous arriver de plus heureux (1) . »

En conséquence, le 30 floréal et le 1" prairial, les corps de Saint-Cyret de Sainte-Suzanne passèrent sur la rive droite du Danube, tandis que celui de Lecourbe et les divisions de la réserve appuyaient vers l'est. Le 2 prairial, Lecourbe se porta sur la Kamlach; la réserve entre la Mindel et la Gunz; Saint-Cyr entre la Gunz et la Leibe, avec un corps d'observation devant Ulm; Sainte-Suzanne entre l'Iller et le Danube, étendant sa gauche vers Biberach (2). Molitor, établi à Kempten avec le corps des flanqueurs de droite, surveillait les débouchés du Vorarlberg (3) . Le même jour, l'archiduc Ferdinand, un des lieutenants de Kray, franchit le Danube en amont d'Ulm, avec environ 12,000 hommes, et attaqua Sainte-Suzanne à Dellmensingen, mais fut repoussé, après un long et vigoureux combat (4).

Le 3 prairial (23 mai), l'armée conserva ses positions, sauf une partie du corps de Lecourbe qui marcha sur la Wertach. Du 3 au 5, le temps fut si pluvieux qu'il ne permit aucun mouvement. Le 6, Lecourbe atteignit le Lech et occupa Landsberg; le 8, il entra à Augsbourg (5) .

(1) Moreau à Bonaparte, WiLlin^jen, -30 floréal (A. H. G.).

(2) Rapport de Dessolle du 27 floréal au 2 prairial (A. H. G.).

^31 Rapport sur les opérations du corps des flanqueurs de droite

(4) Rapport de Dessolle du 27 floréal nu 2 prairial (A. II. G.). i5) Rapport de Dessolle du 2 au 12 prairial (A. 11. G.).

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Ace moment, l'armée du Rhin faisant face au nord s'interposait entre l'armée autrichienne et le Tyrol,ct menaçait Munich par sa droite. Si Kray débouchait d'Ulm pour liver bataille, Moreau se proposait de reculer jusqu'à Memmin^en, afin de donner le temps à Lecourbe de le rejoindre. Si au contraire, il se portait sur Augsbourg, Moreau faisait exécuter à Saint-Cvr, à Sainte-Suzanne et à la réserve un mouvement parallèle (1). « Puis nous verrons, mandait-il au Premier Consul, ce qui restera à faire pour vous couvrir et vivre, car la disette se fait déjà sentir. Nous aurions plus d'avantages à guerroyer sur la rive gauche du Danube et faire contribuer le Wurtemberg et la Franconie. mais cela ne vous arrangerait pas, puisque l'ennemi pourrait faire descendre ses détachements en Italie, en nous laissant ravager les provinces d'Empire (2 1. >• Ainsi, la préoccupation constante de Moreau était de combiner ses opérations avec celles de Bonaparte. «Je traîne les mouvements de l'armée, écrivait-il à Lecourbe, pour attendre les événements d'Italie (3) . "

Toujours soucieux de venir en aide au Premier Consul, Moreau lui disait : « Vous pouvez compter sur mon empressement à vous envoyer tout ce qui ne me sera pas strictement nécessaire (4) . »

(1) Moreau à Bonaparte, Babenliausen, 7 prairial (A. 11. G.).

(2) Ibid.

(3) Moreau à Lecourbe, lîabenhauseii, 4 prairial (Fiches de la maison Charavay).

^4) Moreau à Bonaparte, Wiblingen, 30 floréal (A. H. G.).

Les 9 et 10 prairial, Moieau concentra ses forces en prévision d'une attaque que des renseignements annonçaient. Le gros de l'armée s'établit sur la ligne Balzheim, Illeraichheim, Pfaffenhausen ; Lecourbc demeurant à Augsbourg et Landsberg (1).

« 11 n était pas possible d'en faire davantage, sans se compromettre, pour obliger l'ennemi à se déplacer (2). » A s'étendre encore vers l'est, Moreau risquait en effet de ne plus pouvoir réunir ses forces, en temps utile, pour une bataille, et de livrer à l'adversaire sa ligne de communications sur laquelle se portaient déjà les coureurs autrichiens (3). D'autre part, la nécessité d'intercepter constamment les routes directes d'Ulm avec les Grisons empêchait que le mouvement offensif de Lecourbe se poursuivît et prît, aux yeux de l'adversaire, un caractère autre que celui d'une démonstration. Aussi Kray ne s'y trompa-t-il nullement et conserva-t-il sa position d'UIm (4) .

Dans ces conditions, Moreau jugeant le front de l'armée trop étendu, sans qu'il en résultât aucun avantage, rappela Lecourbe vers l'ouest (5). Ce mouvement n'était pas terminé quand, le IG prairial, Kray attaqua avec 40,000 hommes (6), sur la rive gauche

^1) Rapport de DessoUe du 2 au 12 prairial i^A. II. G.). .^2) Ibid.

(3) Moreau à Bonaparte, Babenhausen, 7 praiiial (A. H. G.). ■4) Oesterr. milit. Zeitschrift, 1836, II, 6'" Heft, 307.

5) Rapport de Dessolle du 13 au 15 prairial (A. H. G.).

6) Chiffre donné par Dessolle (Rapport du 16 prairial). Les troupes de Kray se composaient de 43 bataillons et de 02 escadrons.

260 BOiNAPAKTE ET MOREAU

de rilier, le corps des flanqueurs de gauche commandé par Richepance (1). Celui-ci, qui ne disposait que de 10,000 hommes environ, manœuvra avec la plus g^rande habileté et parvint à contenir 1 ennemi jusqu'à l'arrivée de la division Ney. Kray fut alors refoulé sur 13 Im, sans qu'il fût nécessaire de faire intervenir d'autres troupes (2) .

Le 20 prairial (9 juin), Moreau reçut la nouvelle de l'entrée de l'armée de réserve à Milan (3). Bien qu'il fût toujours nécessaire d'empêcher Kray de secourir Mêlas, la bonne tournure que prenaient les événements en Italie et la supériorité du moral des troupes françaises, qui s'était affirmée dans les dernières rencontres, autorisaient Moreau à entreprendre une manœuvre plus hardie que les précédentes (4) . Au reste, le paysan sud d'Ulm s'épuisait et l'on savait, au quartier général français, que Kray allait recevoir des renforts.

Moreau résolut de franchir le Danube en aval d'Ulm, de couper l'armée autrichienne de ses magasins de Donauwôrth et de Ratisbonne, et de la forcer ainsi à abandonner son poste ou à combattre en rase campagne (5). C'était, suivant l'expression du Mi-

(1) Oesterr. milit. Zeitscluift, 1836, II, 309.

(2) Moreau à Bonaparte, Meinmingen, 20 prairial (A. II. G.).

(3) Leclerc à Bonaparte, Bucli, 20 prairial (A. H. G.).

(4) Rapport de DessoUe du 24 au 30 prairial (A. H. G.).

(5) Moreau à Bonaparte, Dillingen, 3 messidor (A. H. G.). jt-'

nistre de la guerre, une opération d'une " savante audace (Ij » .

Lecourbe fit d'abord une démonstration vers l'est, sur le Lech, avec mission de se rabattre ensuite vers le nord et de s'emparer d un pont sur le Danube, entre Dillingen et Donauwôrth (2) . Les 22 et 23 prairial, il réoccupa Landsberg et Augsbourg où il laissa les troupes nécessaires pour assurer ses derrières contre le prince de Reuss. Le 25, il franchit la Zuzam et s'établit à Zusmarshausen, tandis que Grenier, qui avait succédé à Saint-Cyr (3) , se porta sur Burgau où il fut renforcé par une partie de la réserve. Richepance, avec le corps de flanqueurs de gauche, restait au sud-ouest d'Ulm pour observer Kray. Le 27, Grenier s'empara de Gùnzbourg et refoula les Autrichiens sur la rive gauche du Danube. Le 28 fut employé à reconnaître les bords du fleuve et à rassembler les matériaux nécessaires au rétablissement des ponts qui avaient tous été rompus par l'ennemi jusqu'à Donauwôrth. On constata que ceux de Blindheim et de Gremheim étaient les plus faciles à réparer. Cette considération décida Moreau à les choisir comme points de passage (4) .

(1) Le Ministre de la {juerre à Moreau, Paris, 17 messidor (A. H. G.).

(2) Rapport de Dessolle du 24 au 30 prairial an VIII (A. H. G.).

(3) Ordre de l'année daté de Meminingeti, 16 prairial (A. H. G.).

(4) Moreau à Bonaparte, Dillingen, 3 messidor (A. H. G.); Rapport de Dessolle du 24 au 30 prairial an VIII (Ibid.\

Le 29, Lecoiirbe fit une fausse attaque sur Dillingfen et Lauingen, afin de donner le change à Sztaray qui, avec un corps de 15,000 hommes environ, était chargé de couvrir le bas Danube (1 . De son côté, Grenier fit, sans les dissimuler, des préparatifs pour rétablir le pont de Giinzbourg et attirer l'attention des forces adverses d'Ulm.

Le 30 (19 juin) au matin, les divisions Gudin et Montrichard surprirent le passage à Blindheim et Grcmheim. Lecourbe fit aussitôt occuper Schwenningen pour intercepter toute communication entre les corps ennemis qui occupaient Donauwôrth et Dillingen. Après une série de combats qui durèrent toute la journée dans les plaines d Hochstiidt, les Autrichiens furent refoulés sur Donauwôrth d une part, et au delà de la Brenz, sur Ulm, de l'autre (2 . C'est avec modestie que Moreau annonçait à Bonaparte la réussite de cette manœuvre si hardie et la brillante victoire qui en avait été la conséquence (3 .

« Enfin, citoven Consul, nous forcerons M. de Kray à quitter son appui d'Ulm. Un succès bien prononcé vient de nous donner le double avantage de décider à peu près du sort de l'Allemagne, et de venger l'honneur français d une défaite du commence-

l) Effectif du corps de Sztaïay au 1" avril 1800 : 11.844 fusils, 4,448 chevaux (K. K. ArcU., 1800, Deutschland, IV, 5;.

(2) Rapport de Dessolle du 24 an 30 prairial an VIII (A. H. G.;

(3) 5,000 prisonniers, 5 drapeaux, 20 pièces de canon.

ment du siècle (1). J'espère qu'il aura quelque influence dans les négociations que vos victoires d'Italie vont occasionner (2). »

Le 4 messidor (23 juin), Moreau apprit que Kray, crai,; liant de perdre ses communications avec Vienne, avait laissé une garnison à Ulm et abandonné la place, pour se replier sur Neresheim et Nordlingen. Il se mit aussitôt à sa poursuite, tandis que Richepance investissait Ulm, mais le mauvais temps ne permit pas de rejoindre l'armée autrichienne, même par une marche forcée. Le 5, Kray envoya à Moreau un parlementaire chargé de lui annoncer la conclusion d'un armistice entre les deux armées d'Italie et de lui proposer une suspension d'armes en Allemagne.

Moreau, pressentant que des événements importants s'étaient accomplis en Lombardie, se refusa à toute négociation avant de les connaître et avant d'aAoir occupé de meilleurs cantonnements pour son armée (3). Il résolut, en conséquence, de repasser le Danube, de se porter sur le Lech, d'occuper Augsbourg et Munich, de s'assurer ainsi une partie de la Bavière pour vivre, de s'emparer des ponts de 1 Isar et d'obliger l'armée autrichienne à se rejeter sur rinn(4).

i tSataille d'Hochsfddt du V.i août 1704. ^2^ Moreau à Bonaparte, Dillingen, 3 messidor i^A. H. G.). ^3 Moreau au Ministre de la {guerre, Augsbourg, 10 et 11 messidor (A. II. G.); Moreau à Bonaparte, Augsbourg, 10 messidor (/6/V/.). ['t. Rapport de Dessolle du 1'" au 9 messidor an VIII (A. H. G.);

Le 15 messidor, après un sanglant combat à Neubourg, toutes ces opérations étaient exécutées. Quelques jours après, Lecourbe vint renforcer Molitor et chassa le prince de Reuss de Fussen, Reuti, Immenstadt, Feldkirch, ce qui enleva toute inquiétude à Moreau pour son aile droite (1).

Kray s'était porté derrière Tlnn, occupant, sur la rive gauche de cette rivière, le camp d'Ampfing et les têtes de pont de Wasserbourg et de Miihldorf. Il renouvela le 23 messidor ses propositions d'armistice.

Le Ministre de la guerre avait fait observer à Moreau, sur ces entrefaites, qu'il ne pourrait désormais continuer sa marche en avant sans s'affaiblir, sans compromettre ses communications et sans étendre ses ailes. L'Helvétie était dégarnie et ouverte à l'ennemi; les Autrichiens, restant sur la défensive en Italie, avec peu de troupes appuyées aux places du Mincio et de l'Adige, étaient en mesure de se porter en forces sur l'aile droite de l'armée du Rhin et de l'écraser. A son avis, il suffisait, pour le moment, de se maintenir dans les positions actuelles (2). Telle

Moreau au Ministre de la {jueire, Augsbourg, Il messidor (76iV/.\ 1) Rapports de Dessolle du 1"^' au 9 messidor et du 10 au 18 messidor an VIII (A. H. G ).

(2^ Le Ministre de la guerre à Moreau. Paris, 6 messidor (A. H. G.}; Kapport au Premier Consul par le Ministre de la guerre, Paris, 29 messidor (/6irf.).

était également, pensait-il, l'opinion du Premier Consul (I).

Moreau partageait d'ailleurs cette manière de voir, avant même de connaitre les arguments deCarnot(2). En outre, l'armée était » excédée de fatigues " et le pays épuisé (3) . Aussi accueillit-il favorablement les ouvertures que lui fit Kray et consentit-il, le 26 messidor (15 juillet), à signer, à Parsdorf, une suspension d'armes (4).

Les deux armées devaient se retirer chacune derrière une ligne de démarcation qui, partant de Balzers, dans les Grisons, gagnait l'Engadine et la vallée de l'Inn, puis les sources du Lech, courait ensuite entre l'Isar et l'Inn, à égale distance de ces deux rivières, atteignait le Danube à Wilshofen, remontait ce fleuve jusqu'au confluent de l'Altmiihl, suivait l'Altmûhl, la Rednitz, le Mein jusqu'à Mayence. Les places de Philippsbourg, Ulm, Ingolstadt, restaient bloquées et pouvaient s'approvisionner tous les dix jours. La reprise des hostilités devait être annoncée douze jours d'avance. Telles étaient les clauses de la convention conclue par les généraux Lahorie et Die-

(1) Le Ministre de la guerre au Premier Consul, Paris, 6 messidor (A. H. G.).

(2) Moreau au Ministre de la {guerre, Augsbourg, 10 et 11 messidor (A. H. G).

(3) Moreau au Ministre de la guerre, Miinich 23 messidor (A. H. G.); au Premier Consul, Miinidi, 29 messidor Çlhicl.').

(4^ Moreau au Ministre de la guerre, Miinich, 26 me8sidor(A. H. G.).

trichstein, munis de pouvoirs spéciaux de leurs chefs (l). Lahorie était chargé d'en porter le texte à Paris (2).

La connaissance des opérations de Moreau autour d'CIm permet actuellement d'apprécier le jugement que Napoléon a émis à Sainte-Hélène.

Tout d'abord, l'exposé sommaire qu'il en a fait n'est pas conforme à la réalité. Pour déposter Kray d'Ulm, dit-il, " Moreau résolut de marcher en avant la droite en tête (3) » ; il ordonna » la marche sur le Lech (4) " . Or, il ressort de la correspondance de Moreau avec Bonaparte, que ce ne fut nullement la première manœuvre exécutée, ni même conçue par le général en chef de l'armée du Rhin. Au contraire, dès qu'il eut acquis le 2G floréal la certitude que Kray avait réuni toutes ses forces à Ulm, il fit appuyer l'armée vers l'ouest (5). On peut lui reprocher toutefois, avec Napoléon, d'avoir laissé le corps de Sainte-

^1) Copie de la convention entre les ffénéraux des armées françaises et impériales en Allemagne roncprnnnt un armistice entre ces deux armées (A. H. G.).

(2) Moreau au Ministre de laguerre, Munich, 29 messidor (A. H. G. . — Moreau écrivait, à cette occasion, à Lahorie : « En remettant votre armistice, il vous sera facile de voir comment on l'aura pris; quelle <|ue soit l'opinion, les bonnes raisons que vous aurez à donner en sa faveur ne doivent point éprouver de réplique. » Munich, 29 messidor (A. H. G).

(3^ Mémoires de Napoléon GorRCAUD), I, 172.

(4) Ibid., 174.

5' Moreau à Bonaparte, Wiblinfjen, -30 floréal (A H. G.^; Rapport de DessoUe du 20 au 26 floréal 'Ibid.).

Suzanne isolé sur la rive gauche du Danube et de Tavoir exposé ainsi à se faire écraser, si Kray l'avait attaqué avec toutes ses forces (1).

Napoléon déclare que Moreau fut surpris par la nouvelle du combat d Erbach livré le 26 floréal par Sainte-Suzanne (2). Moreau affirme qu'il s'y attendait et Dessolle dit qu' « on ne pouvait pas mieux pénétrer le projet du général Kray (3) » . Mais on ne saurait admettre leur sincérité comme absolue, en raison (le la nécessité de justifier la faute commise. Par contre, ce ne fut pas, contrairement à l'assertion de Napoléon, cet événement qui décida Moreau à contremander sa marche sur le Lech (4), car il ne lavait point encore entamée.

Napoléon passe sous silence les raisons qui décidèrent Moreau à ne pas attaquer Kray dans ses positions au nord-est d'Ulm et à repasser sur la rive droite du Danube, raisons dont il eut connaissance d'ailleurs (5). Moreau, assure-t-il, suspendit le mouvement de Lecourbe sur le Lech, à la nouvelle du combat de Dellmensingen livré par Sainte-Suzanne le 2 prairial (6) . Or, ce fut le 14 seulement que Moreau, trouvant sa

.1^ Mémoires de Napoléon (Godrgaid), I, 194. (2; Ibid., 174.

(3' Moreau à Bonaparte, Wiblingen,30 floréal (A. H. G.) ; Rapport (le Dessolle du 20 au 26 floréal (Ibid.].

(4 Mémoires de Napoléon TGouno-tuD^ I, 174.

(5} Voir supià, p. 256.

'6^ Mémoires de Napoléon (Godi\GAUD^, I, 175.

ligne trop étendue, prescrivit à Lecourbe de se rapprocher du gros de l'armée (1;.

Il n'est pas exact enfin que Moreau, « après avoir séjourné plusieurs jours dans cette position..., reprit, pour la troisième fois, son projet d'attaque sur la Bavière (2) » . Lecourbe devait, il est vrai, se porter sur le Lech, mais c'était une feinte, et sa véritable mission consistait à « se rabattre sur le bas Danube pour se saisir d'un ou deux ponts sur ce fleuve (3) » .

Napoléon avait oublié, à Sainte-Hélène, que Moreau lui avait écrit le 20 prairial : « Je vais marcher par ma droite, vers le bas Danube, entre Donauworth et Lauingen; si je puis surprendre un pont, il faudra bien que l'ennemi quitte Ulm (4). »

Ainsi, les opérations de l'armée du Rhin ont été inexactement relatées par Napoléon qui a dénaturé les faits en disant : " Moreau a trois fois, en quarante jours, réitéré les mêmes démonstrations; mais, toutes les trois fois, sans leur donner un caractère de vérité... (5) » . Pourtant, il est vrai que Moreau offrit à Kray « des occasions de battre ses divisions isolées i> ; l'armée du Rhin se dissémina trop, vers le 11 prairial, au moment où Lecourbe occupait Augs-

(1) Rapport de Dessolle du 13 au 15 prairial (A. H. G.).

(2) Mémoires de Napoléon (Gourcaid), I, 175-176.

(3} llnpport de Dessolle du 2V au 30 prairial (A. H. G.).

(4) Moreau à Bonaparte, Meniiuin^jen, 20 prairial (A. H. G .

^5^ Mémoire'! (Ir Napoléon Goihoaud', I, 190.

bourg et Landsberg ; c'était, en effet, n défier l'armée ennemie et la fortune (l) ».

Napoléon a indiqué, à Sainte-Hélène, la manœuvre qui, à son avis, s'imposait à Moreau, après le combat de Memmingen.

« Que devait faire le général français pour déposter le feld-maréchal Kray de son camp retranché ? Une seule chose, avoir une volonté, suivre un plan; car l'initiative était à lui : il était vainqueur, plus nombreux, et avait une meilleure armée. Le 14 mai, il eût dû passer l'Iller, se mettre en marche sur trois colonnes, ne pas occuper plus de six lieues de terrain, passer le Lech et arriver, en deux ou trois jours au plus, à Augsbourg. Le général autrichien eût aussitôt suivi le mouvement par la rive gauche du Danube, se fût porté, par Neubourg, derrière le Lech, pour couvrir la Bavière et les états héréditaires ; il ne se fût pas exposé à suivre 1 armée française sur la rive droite, puisqu'il aurait fallu qu'il s'avançât sous les murs d'Augsbourg pour l'attendre et que, faisant volte-face, elle l'aurait battu, coupé d'Ulm, et rejeté dans les montagnes Noires... Les Français devaient être le 18 mai à Munich et maîtres de la Bavière. Kray se serait estimé fort heureux de regagner l'Inn à temps... (2) . »

Si téméraire qu'il soit de s'élever contre un jugeai) Mémoires de Napoléon (Gourgaud), I, 190-191.

2) Ibid. (GorncAro), I, 191, 192.

270 BONAPAUTE ET MOKEAU

ment de Napoléon, dans le domaine de la stratégie, il semble qu'on puisse faire à celui-ci une objection fondée. Le mouvement de Moreau sur Augsbourg, exécuté dans ces conditions, eût présenté, en effet, le grave inconvénient de découvrir la ligne de communication de l'armée du Rhin, sans qu'il lui fût possible d'en prendre une autre. Rien n'obligeait Kray à manœuvrer comme l'indique Napoléon. Le général autrichien pouvaitdéboucher au sudd'Ulm, se joindre au prince de Reuss, arrêter net la marche de l'armée française sur Augsbourg, l'obliger à faire face à l'ouest et à livrer bataille, sans ligne de retraite assurée, tandis que Kray aurait»eu, en cas d'échec, la ressource de se replier sur Ulm.

Dans ses Mémoires, Napoléon a critiqué les manœuvres de Moreauqui aboutirent àla bataille d'Hochstadt.

il Si Kray et le prince de Reuss réunis eussent manœuvré la gauche au Danube, la droite au Tyrol, l'armée française pouvait être prise en flagrant délit et fort compromise. Mais, puisque le général français était résolu à cette opération inutile et téméraire, il fallait que, le passage ayant été surpris le 19 juin, le 20 toute l'armée se trouvât sur la rive gauche, laissant seulement quelques colonnes mobiles en observation sur la rive droite... De cette manière, le général Moreau n'avait rien à redouter ; son armée, supérieure comme elle l'était en forces et en moral, si elle j)erdait la rive droite, s'établissait sur la rive gauche...

Qu eut pu faire le général Richepance qui était le plus près d'Ulm, si Kray et le prince de Reuss l'eussent attaqué avec 60,000 hommes; et que fût devenue l armée, si le corps de Richepance eût été défait, qu'elle eut perdu sa ligne d'opération sur la rive droite, en v éprouvant un si grand échec, lorsqu'elle n'avait pas encore pris pied sur la rive gauche (1) ? »

Ces reproches sont empreints peut-être d'une certaine partialité. En manœuvrant ainsi, Moreau eût ouvert en effet, à Kray, la route d'Augsbourg et ses communications avec leTyrol, ce qui était en opposition avec les instructions générales qu'il avait reçues. Il est permis de s'étonner que Napoléon les ait oubliées, quand Moreau y revenait sans cesse dans sa correspondance avec lui. On doit dire d'ailleurs à la justification de Moreau, qu'il serra sa gauche assez près du gros de l'armée pour pouvoir réunir en vingtquatre heures toutes ses forces sur la rive droite du Danube, et empêcher Richepance d'être écrasé. Dernière remarque enfin, la jonction de Kray avec le prince de Reuss n'aurait pu s'effectuer sans cjue Moreau en fût averti (2) .

(1) Mémoires de Napoléon Gourgaud), 191-192. 2) Voici comment Jomini apprécie la manœuvre de Moreau : «C'eut été, dans le fait, une entreprise voisine de !a témérité, d'abandonner entièrement sa ligne de communication pour se jeter à toui hasard sur les derrières d'une armée ennemie, ayant un fleuve comme le Danul>c à franchir et pas le moindre équipage de pont ou embarcation propie a assurer le passage. Moreau préféra exposer le corps de Richepance à une marche hasardée, et laisser Grenier dans une position inlermé-

Par contre, on ne peut qu'approuver Napoléon critiquant Moreau d'avoir fait rétrograder Lecourbe sur le Vorarlberg, au lieu de le diriger sur Innsbruck où II il serait arrivé dix jours plus tôt, avec moins de difficultés, et en perdant moins de monde qu'il en a perdu à tous ces débouchés du Tyrol... (1)». Il est probable en effet, que la prise d'Innsbruck eût déterminé le prince de Reuss à se jeter sur Sterzing ou Meran, pour sauver sa communication avec les États héréditaires. Ses positions de Reuti et de Feldkirch fussent ainsi tombées d'elles-mêmes.

En somme, d'une manière générale. Napoléon n'a fait, à Sainte-Hélène, aucune allusion à la nécessité où se trouvait Moreau de barrer constamment à Kray les routes des Alpes, afin de le séparer de l'armée autrichienne d'Italie. Cette obligation, dontMoreau nes'est jamais départi, subordonnait ses opérations à celles de 1 armée de réserve et permet, seule, de les expliquer. Sans doute, on peut reprocher à Moreau une certaine lenteur dans ses mouvements, bien qu'il faille tenir

diaire, parce qu'il regardait ces mesures comme un inconvénient momentané, et balancé d'ailleurs, par l'avantaj^e de pouvoir regagner sa base primitive dans le cas où le passage ne réussirait pas. C'était de la prudence et non de la pusillanimité; et, s'il est vrai que Kray, en jetant 60,000 hommes sur Ricliepance ou Grenier, eût pu mettre cette précaution en défaut, on ne saurait contester qu'il était sage de la prendre et qu'il aurait fallu une précision bien rare dans les contremanœuvres des Autrichiens pour qu'elle eût de fâcheux résultats. » (Histoire des guéries de la Révolution, XIII, SW.) (1) Mémoires de Napoléon (Gourgaud), 193.

compte du mauvais temps et de la difficulté des approvisionnements (1^. Il est probable d'autre part, que Bonaparte, placé à la tête de l'armée du Rhin, eût manœuvré avec une décision et une rapidité plus grandes et trouvé plus tôt la solution qui consistait, pour déposter Kray, ù franchir le Danube en aval d Ulm. Mais les critiques qu'a formulées Napoléon sur les opérations de Moreau autour de cette place, sans faire intervenir des circonstances importantes qui lui étaient d'ailleurs bien connues, n'en paraissent pas moins en partie injustifiées.

(1) Moreau à Bonaparte, Babenhausen. 7 prairial, et Memmingen, 20 prairial ^A. H. G.); Leclerc à Bonaparte, Memmingen, 20 prairial Jbiil.y, Moreau au Ministre de la guerre, Memmingen, 21 prairial Ihiil.)\ Rapport de DessoUe du 1*"^ au 9 messidor an VIII [Ibid \

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