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CHAPITRE XII

ULM d)

L'armée autrichienne à Ulin. — Les opérations de Moreau subordonnées à celles de Bonaparte. — L'armée du Rhin franchit le Danube en amont d'Uim. — Elle revient sur la rive droite. — Lecourbe occupe Auj'jSbourfj. — Moreau le rappelle vers l'ouest. — Les succès de l'armée de rései-ve décident Moreau à manœuvrer en aval d'Ulm. — Victoire d'ilochsladt. — Reti-aite de Kray. — Armistice de Parsdcjrf. — Discussion des juf;e'ments portés par Napoléon à Sainte-Hélène.

Les Opérations de Moreau clans la région d Uhn ayant été critiquées par Napoléon à Sainte-Hélène, il est nécessaire de les examiner avec quelque détail, afin de pouvoir apprécier la valeur de ce jugement.

Après les échecs répétés qu'elle avaitsubisà Engen, à Stockach, à Messklrch et à Biberach, l'armée autrichienne, à part le corps du prince de Reuss maintenu dans le Vorarlberg, avait cherché un refuge dans le camp retranché d Ulm (2). Cette place avait été notablement améliorée depuis la paix de Campo-

(i) Voir le croquis n" 2.

(2) Kray à iNauendorf, Memminfjen, iO mai (K. K. Arch., 1800, Dcutschland, V, 218); Kray à Mêlas, Ulm, 12 mai illnd., V, 23V 1/2).

Formio (1) ; constituant une double tète de ponts, elle permettait de manœuvrer à la fois sur les deux rives du Danube. Kray se proposait d'y rallier le corps de Sztaray (2), de donner en même temps quelque repos à ses troupes épuisées de fatig^ue, de les réorganiser, de les ravitailler, de combler enfin les vides produits par le feu et les maladies (3).

Affaibli par le détachement qu il avait envoyé à Tarmée de réserve, manquant de bouches à feu de gros calibre et d'équipage de pont, Moreau ne pouvait espérer emporter de vive force les positions fortifiées qu'occupait l'adversaire. L effectif insuffisant de l'armée du Rhin faisait écarter d'ailleurs l'idée d'un investissement (4).

Moreau entreprit alors, autour d'Ulm, une série de

(1; Rapport de Des^olli! du 27 floréal an 2 prairial an VIII (A. H. G.); Rapport sur les trois places d'ingoldstadt, Ulinet Fhilippsbourjr, fait à Moreau par l'adjudant-général Laniarque et le chef du bataillon du pcnie de Canx (//h"(/.\

2) Sztaray à Sclunidt, (juartier-niailre {jénéral de l'armée, Urrach, 10 mai (K. K. Arcli., 1800, Deutschland, V, 212

(3 Kray au comte Ti{;e, Sij;inaringen, 6 mai (K. K. Arcli., Hofkriegsralli, V, 3(5) ; Kray à Sztaray, Uhu, 11 mai (^K. K. Arch., 1800, Df'utscliland, V, 232\

(4~, Effectif de l'année du Rliin au 30 floréal an VIII : 103 officiers généraux, 2,021 officiers, 90,469 sous-officiers et soldats, présents sous les armes et prêts à combattre (A. H. G.). Une autre situation trouvée aux Archives nationales (AF'^ 1224) n'indique même que 84,856 howimes, à la ilate du l^'"' prairial.

L'effectif de l'armée autrichienne, à la tin de mai, est de 146,774. Si l'on en déduit 30,000 hommes du prince de Reuss, il reste à Ulm et environs 140,000 comijattants. [K. K. Arcli., 1800, Deutschland, V, 262).

mouvements destinés à obligfer Kray à abandonner la place. L exécution en était particulièrement délicate. Les instructions des Consuls en date du l" germinal recommandaient, en effet, à Moreau « de pousser l'ennemi en Bavière, de manière à lui intercepter la communication directe avec Milan par le lac de Constance et les Grisous (1). » Il fallait donc satisfaire constamment à cette condition, tout en manœuvrant afin d'amener Kray, soit à livrer bataille en rase campagne, soit à se replier en Bohème ou sur llnn. En d'autres termes, les opérations de l'armée du Rhin étaient subordonnées à celles de l'armée de réserve. Moreau en était à peu près réduit à ne plus agir que pour favoriser Bonaparte. Rôle ingrat, qu'il remplit avec la plus grande abnégation, et sans jamais perdre de vue que tous ses mouvements devaient être régis par le principe de maintenir la séparation entre Kray et Mêlas, jusqu'à ce que les événements eussent pris en Italie une tournure décisive (2). « Nous ne devons rien tenter de sérieux, écrivait-il, tant que l'armée d'Italie pourra avoir besoin de nous (3) . » Le 2G Horéal flG mai) (4), Moreau résolut de fran-

(1) Correxp. de Napolcoh, w" 4695. — Le Ministre de la {guerre renouvela plusieurs lois celle recoiiiri);incliiti<ju on d'autrc-î leruies. A.Q Ministre de la guerre à Moreau, 15 prairial et 1" messidor, A. H. G.).

(2) Rapport de DessoUe du 27 Huréal au 2 prairial (A. 11. G.); l'rorlainatiou du 9 prairial 'Tlnd}.

(3) Moreau au Ministre de la jpierre, Meuirninf[en, 21 prairial (A. II. G.).

(4) Eujplaceinents de larniép du Rliin io 26 floréal au soir :

chir le Danube en amont d'Ulm, avec la majeure partie de ses forces, et de chercher ensuite à déborder l'armée autrichienne par le nord (1). Lecourbe devait rester au sud d'Ulm pour empêcher Kray d'en déboucher et de se porter sur le Tyrol, par Memming^en, Les divisions de la réserve établies sur la rive droite, dans une position intermédiaire entre les deux fractions de l'armée, avaient pour mission de les renforcer lune ou l'autre, suivant les événements. Le même jour, Sainte-Suzanne isolé sur la rive gauche, fut assailli à Erbach par des forces supérieures et ne dut son salut qu'à ses manœuvres habiles et surtout à l'intervention de Saint-Cyr (2) .

Le 29, les mouvements ordonnés par Moreau avaient reçu leur exécution. Les corps de Saint-Cyr et de Sainte-Suzanne se trouvaient sur la Blau, tandis

I. Aile (Iroile. — 1" Division V^andainiiie ; une brigade à Keinpten, le» lieux aulies le long de l'Ostl. Gunz, entre Ercklieim et Sontlieim; 2" division Montrioliard, aux environs d'Egg ; 3" division iSansouty, aux environs de Meniniingeu.

II. Corps (le reserve. — 1" Division Delinas, aux enviions de Babenba'.iscn ; 2° division Leclerc, à Keltersliausen ; 3" division Richepance, échelonnée sur la route de Weissenhorn à Ulni ; 4" division de cavalerie d'Mautpoul, à Donaustetten.

III. Centre. — 1" Division Ney, environs d'Unterkirchbcrg; 2" division Baraguay d'Hilliers, à Gbgglingen; 3° division Tharreau, entre Donaustetten et Erbach.

IV. Aile (jauche. — 1" Division Souhani. sur In Blan ; 2" division Legraiid, entre Erbach et Pappelau ; 3" division (lolaud, à l'est d'Ehingen.

Quartier général de l'armée à Illertrssen.

(1; Bapportde Dessolle du 27 floréal au 2 prairial an V III A. Il , G.).

(2) Ibid., du 20 au 26 floréal an VIII (A. H. G.).

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que l'armée autrichienne pivotant autour de sa gauche appuvée à Ulm et refusant sa droite, prenait position, vers Lanjjenau et Elchingen, » suivant des hauteurs couvertes d'une formidable artillerie (l) ». Kray paraissait décidé à accepter la bataille dans ces conditions si avantageuses pour lui. Mais son centre et sa gauche étant presque inattaquables, on ne pouvait guère diriger un effort que sur sa droite. Un mouvement d'une telle amplitude exigeait deux jours de marche au moins (2), pendant lesquels la distance entre les deux fractions de l'armée croissant constamment, Kray eût pu écraser Lecourbe et s'ouvrir la route du Tyrol (3). Après mûr examen, Moreau prit le parti de renoncer à cette manœuvre (4) .

« Votre position me détermine à changer de système, écrivait-il au Premier Consul. En m'élevant trop sur ma gauche, j avais à craindre que l'ennemi forme sa garnison d'Ulm, passe le Danube à Giinzbourg et gagne le pied des montagnes avant moi, ce qui lui donnait la facilité de communiquer promptement avec le Tyrol et les Grisons. . . Je me décide donc à m'élever par ma droite vers le haut Lech; si l'ennemi veut s'y opposer, il quittera son camp d'Ulm et

(1) Rapport de Dessollc Jii 27 floréal au 2 prairial (A. H. G.). (2} Moreau à Bonaparte, Wijjlinjeii, 30 tloréal (A. II. G.). — CF. Rapport de Larnartjue et de Caux Çlbid.).

(3) Moreau à Bonaparte, Diilinjjen, 3 messidor (A. H. G.).

(4) Rapport de Desselle du 27 lloréal au 2 prairial an VIII (A. M. G.).

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