CHAPITRE Y
RÉORGANISATION DE l'aRMKK ni' RIFIN (V
L'armée du Illiin rciuiieà celle du Danube sous les ordres de Moreau. — Répartition des forces. — Désertion des conscrits. — Bonaparte arrête la composition des divisions. — L'armée divisée en quatre corps. — Instructions complémentaires du Premier Consul. — Or^janisation définitive de l'année. — Le corps de réserve sous les ordres directs de Moreau — Emplacements et composition de l'armée le 1" floréal (21 avril 1800).
Depuis sa création jusqu'à son entrée en campagne, l'armée du Rhin passa par plusieurs réorganisations qui furent 1 œuvre combinée de Bonaparte et de Moreau.
Un Arrêté du Directoire exécutif du 17 messidor an VII, groupait sous le nom d'armée du Rhin toutes les forces échelonnées sur ce fleuve, depuis Neuf-Brisach jusqu'à Diisseldorf, et en confiait le commandement à Moreau (2). Les Consuls décidaient le 3 frimaire an VIII, que l'armée du Danube, comprenant les troupes stationnées en Helvétic et entre Bàle et Neuf-Brisach, serait également placée sous ses ordres, et que la masse unique ainsi constituée continuerait
\^i) Voir le croquis \.
(2} Minute de l'Arrêté, Arcli. nat., A F'", 613
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à S appeler armée du Rhin dont « la lig^ne s'étendra depuis Genève jusqu'à Oppenheim (1) ». En réalité, elle resta répartie sur un espace bien plus considérable depuis le Saint-Gothard, par Coire, Constance, Bàle, Mayence, jusqu ii Diisseldorf, et fractionnée en deux ailes.
h' aile droite, sous le commandement de Lecourbe, comprenait 7 divisions d'infanterie (Montcboisy, Turreau, Loison, Lorge, Mortier, Bastoul, Miiller) de force variable (:2 : deux divisions de cavalerie (Nansouty, Boyer) (3j : un parc d'artillerie (Lemaire) ; les troupes et dépôts stationnés sur le territoire de la (3^ division militaire (4; . Son effectif s'élevait à ()G,110 fusils, 10,54^ sabres, 4,809 canonniers et sapeurs (5). Elle occupait l'Helvétie, sauf les 4^ et 5'' divisions cantonnées le long du Rhin, entre Huningue et Coblentz f() . L'r/î'/e gauche, sous le commandement de Baraguay d'Hilliers, se composait de 5 divisions d'infanterie ^Leval, Tharreau, Golaud, Ney,
(1) AuLARb, Registre des délibe'rations du Consulat provisoire, 37.
(2) La division la plus forte était la 5'^ (Mortier) : 16,996 hommes; la plus faible était la 7' (Muller) : 2,027 hommes.
(3) Cantonnées : la division de dragons Nansouty à Remiremont, Épinal,Rambervillers, Saint-Dié; la division de cavalerie légère Boyer, entre Luxcuil et l'Isle-sur-le-Doubs, pour la facilité des subsistances.
(4) Départements de l'Ain, du Jura, du Doubs, du Mont-Terrible, de la Haute-Saône.
(5) A. H. G., Bulletin historique du 1" au 30 nivôse. — Dans ces chiffres sont compris les troupes de la 6'' division militaire.
(6) Ibid.
Hardy) d'effectifs également variables (I); d'une division de cavalerie (d'Hautpoul) (2); d'un parc d'artillerie (Lacombe Saint-Michel); des 3% 4% 5' et 26" divisions militaires (3j . Elle comptait 52,476 fusils, 10,240 sabres, 6,966 canonniers et sapeurs (4).
L'effectif total de l'armée du Rhin était donc de »
151,143 soldats, dont 108,000 hommes environ de ?
troupes aptes à faire campagne ou à constituer les garnisons des places fortes de première ligne.
Le 13 frimaire, Bonaparte avait donné au Ministre de la guerre l'ordre de la renforcer des 4% 15% 42% 51% 54" demi-brigades de ligne, de deux demi-brigades françaises, de deux demi-brigades bataves, et de trois régiments de cavalerie de l'armée de Batavie; de tous les régiments de cavalerie que Berthicr pourrait distraire de l'intérieur; enfin, de tous les bataillons de conscrits qu'il serait possible d'y envoyer et qu'on incorporerait au momentde leur arrivée (5) dans
(1) La division la plus forte était la 2° (Tharreau) : 11,095 hommes ; la plus faible était la 4' (Ney) : 3,512 hommes.
(2) Cantonnée, comme celles de l'aile droite et pour la même raison, sur les derrières de l'armée, entre la Sarre et la Blies.
(3) 3*^ division militaire : départements des Forets et de la Moselle. 4° — — Vosjjes et Meurthe.
5" — — Haut et Bas-Rhin.
26' — Les quatre départements réunis de la rive
gauche du Rhin.
(4) A. H. G. Bulletin historique du \." au 30 nivôse. — Dans ces chiffres sont compris ceux des 4 divisions militaires.
(5) Corresp. de Napoléon, n" 4413.
Le recrutement de l'armée était assuré par la loi du 19 fructidor
an VI qui avait établi la circonscription. La loi du 23 fructidor an VII avait créé 100 demi-brigades d'infanterie de bataille, 26 demi-brigades
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les trois bataillons de guerre des demi-brigades (1). Mais on éprouva de ce chef, et dans toutes les armées de la République, de graves mécomptes. Les bataillons auxiliaires arrivèrent très réduits, à la fois parles désertions dont le nombre était considérable (2) et
(l'infanterie Iéf;cre, 6 denii-Ijiijjades d'IIelvétiens à la solde de la Ré|)ublique. Elles se composaient toutes, en vertu d'un Arrêté du Directoire du 14 prairial an VII, de trois bataillons de guerre et d'un dépôt destiné à les alimenter.
La loi du 10 messidor an VII avait mis en activité de service les conscrits de toutes les classes; celle du 14messidor an VII avait organise des bataillons auxiliaires en bataillons de conscrits qui portaient le nom de leurs départements respectifs ou de celui qui avait fourni le plus grand nomijre de recrues. Ces lois avaient été complétées par des Arrêtés du Directoire du 12 et du 14 fructidor an VII. Un Arrêté du 3 brumaire an VII attachait un bataillon auxiliaire à chaque demibrigade, mais il fut rapporté par les Consuls.
Le 6 frimaire an VIII, une commission d'officiers généraux émit le vœu que les bataillons de conscrits fussent incorporés dans les demibrigades de bataille ou d'infanterie légère jusqu'à épuisement total. Un Arrêté des Consuls fut pris à cet effet le 4 pluviôse an VIII. Il ne devait plus en exi.-iter au 1"^ ventôse. (Corresp. de Napoléon, n<" 4540, 4583.). — Cf. Berthier à Macdonald, 8 pluviôse, A. H. G. (Corresp. générale, 15 au 30 janvier 1800.)
Les inspecteurs généraux de l'infanterie, attachés à l'armée du Rhin, Schauenbourg pour l'aile di'oite, Dupont-Chaumont pour l'aile gauche, furent chargés des détails de l'incorporation des bataillons auxiliaires dans les demi-brigades, l/opéralion fut terminée le 29 pluviôse (Dessolle au Ministre de la guerre, 6 ventôse, A. H. G.).
(1) Le Ministre de la guerre au général Dupont-Chaumont, inspecteur général de l'infanterie, Paris, 28 frimaire (A. H. G.}.
(2) DessoUe au Ministre de la guerre, Bàle, 18 nivôse (A. H. G.); Moreau à Bonaparte, Strasbourg, 2 pluviôse (/izW.); Moreau au Ministre de la guerre, 4 pluviôse (iiîV/.); Chateauneuf-Randon commandant la 3^ division militaire au Ministre de la guerre, 4 pluviôse. (^Ihid.)
Ce dernier mande que " les conscrits et réquisitionnaires déserteurs se réfugient dans les communes d'idiome allemand " où ils trouvent la protection des agents de l'administration municipale « ennemis du nouvel ordre de choses » . La situation est tellement grave, qu'il réclame le pouvoir de mettre en état de siège les communes incrimi-
par l'abus des certificats d'exemption trop facilement délivrés aux conscrits (1) . Le gouvernement, déclarait Moreau, « ne saurait prendre des mesures trop promptes et trop sévères pour faire cesser cet état de choses déplorable et renvoyer les conscrits à l'armée (2) » . Les Consuls rendirent, le 14 pluviôse f3 février), un Arrêté dans ce sens (3).
nées et même la ville de Metz, qui, iiiaïKjuant d'une police convenal)lement or^janisée, offre aux déserteurs un abri sûr.
Le 2" bataillon de la Gôte-d'Or qui comptait, le 19 nivôse, 22 officiers et 780 sous-officiers et soldats n'avait plus, lors de son incorporation dans la 23° demi-brigade, que 9 officiers et 547 sous-officiers et soldats (DessoUe à l'adjudant-général Coussaud, chef de l'état- major de la 5" division, 25 nivôse).
Le bataillon auxiliaire du Mont-Terrible, qui étaitfort de 1,100 hommes, se réduisit à 150 (Dessolle au Ministre de la guerre, Bàle, io pluviôse, A. H. G.).
La désertion sévissait, dans des proportions non moins fortes, à larmée d'Italie. (Le Ministre de la police générale au Ministre de la guerre, 11 frimaire, A. M. G., Coiresp. (jénérale, 1" au 15 décembre 1799.) En janvier 1809, huit bataillons auxiliaires ne présentaient plus, au total, au moment du passage du Var, que 310 hommes sur un effectif initial de 10,25!). (Masséna à Bonaparte, 28 pluviôse, A. H. G., année d'Italie.)
La déscrtiiin des conscrits avait commencé à sévir, dans de grandes proportions, sous le Directoire. (Sciout, Le Directoire, IV, 540-541, d'aj)rès les Archives nationales, F7, 7685; P7, 7685; Fie 9.)
(1) Dans une lettre adressée à Bonaparte le 25 nivôse an VIII, Lccourbe évaluait à 60,000 le nombre de ceux qui avalent été abusivement congédiés par ce qu'il appelait « de honteux trafics » . 11 importe, ajoutait-il, « non seulement de compléter nos cadres, mais encore de nationaliser l'armée, ce que vous n'obtiendrez pas tant que l'homme riche, le citadin surtout, seront toujours sûrs de s'exempter du service pour de l'argent. » Il citait le cas du département du Bas- Rhin où, sur 2,300 congés présentés à la revision, 1,800 avaient été annulés, et leurs détenteurs renvoyés à l'armée (A. H. G.). — Cf. Carnot à Bonaparte, 23 prairial an VIII. (Arch. nat., A F'^' 1372.)
(2) Moreau au Ministre de la guerre, 4 pluviôse (A. H. G.).
(3) D'après cet Arrêté , un tableau nominatif des conscrits, fourni
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Afin de ne laisser en première ligne que des éléments capables de combattre vigoureusement, Bonaparte prescrivit au Ministre de la guerre de placer des demi-brigades dans les principales places de l'arrondissement de larméc du Rhin, en choisissant les corps qui avaient le plus souffert ( l . Ces dispositions, écrivait-il à Moreau, a vous mettront à même de précipiter sur rennenii lélite des troupes qui vous obéissent (2; ...»
Le 26 pluviôse, le Premier Consul donna à Moreau des instructions sur la composition en infanterie, cavalerie, artillerie, des divisions de l'armée du Rhin.
par cliaque département, et établi par leg soins du commissaire du {gouvernement près de chaque administration centrale, devait être adressé au {«énéral commandant la division militaire dans laquelle était compris le département. Les cliefs des demi-bri{;adc8 ayant incorporé ou devant incorporer les Ijatailions de conscrits, étaient chargés de faire parvenir aux {jénéraux commandant les divisions militaires intéressées, les noms, signalements et douiicilcs des conscrits déserteurs ou réfractaires. Les généraux commandant ces divisions devaient alors ilonner des ordres aux gendarmeries pour faire conduire au chef-lieu de la division les conscrits absents irrégidièrement de leurs corps et les diriger sur leurs demi-brigades respectives.
(1) Corresp. de Napoléon, n" 4531.
(2) Tbid.
C'est ainsi que :
la 5'' de bataille, arrivant d'Itali e et stat. à Bàle fut envoyée à Luxembourg.
1%" — — Strasbourg.
17° — — Mayence.
27= légère — — Mayence.
8'^ de bataille, cantonnée à Frankenthal, — à Landau.
29^ — V Spire, — DUsseldorf.
76" — Râle, — Ehrenbreitstein.
(Le Ministre de la "uerre au général Dupont-Chaumont, Paris, 22 nivôse, A. H. G).
Les plus fortes devaient être composées de quatre demi-brigades de bataille et d'une légère; les plus faibles de quatre demi-brigades au total. Les premières auraient, au plus, trois généraux de brigade et un adjudant général ; les autres, au plus, deux généraux de brigade et un adjudant général. On adjoindrait à chaque division douze pièces d'artillerie au maxi- ^
mum, et « le moins de cavalerie possible... tout au plus un régiment de hussards ou de chasseurs » . Tout le reste de la cavalerie de l'armée serait formé en divisions « composées de quatre, ou au plus de six régiments et quelques bataillons d'infanterie légère " , commandées par un général de division assisté de deux généraux de brigade et d'un adjudant général. Bonaparte recommanda à Moreau de ne laisser dans toutes les places du Rhin et la 6" division militaire (1) que 11 les compagnies auxiliaires et les dépôts » ; de constituer les garnisons de Ivehl, de Mayence et d'Elirenbreitstein au moyen des corps « les plus fatigués » et de réunir, en dix ou quatorze divisions actives, 120 ou 130,000 hommes (2).
A cette époque, Moreau ne pensait pas pouvoir réunir des forces aussi considérables. Abstraction faite de ce qu'il croyait devoir laisser à Mayence, en Helvétie et dans quelques places, il comptait entrer
(1) Départements de l'Ain, du Jura, du Doubs, du Mont-Tcrriblc, de la Haute-Saône.
(2) Corresp. de Napoléon, n" 4596,