‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 100 sur 185 · Mss. A. G. Ajaccio, 14 thermidor an V (!•' août · texte numérisé non relu

Mss. A. G. Ajaccio, 14 thermidor an V (!•' août

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tM BONAPARTE A PARIS.

les premiers jours de l'année 1798, Brutus-Lucien était à Paris. Sa femme vint l'y rejoindre plus tard, après son installation au n^ 1125 de la grande rue Verte, dans la maison qui formait le coin de la rue de Miromesnil.

Lucien faisait alors tous ses efforts pour devenir un personnage. Il cumulait ; il faisait des discours et des madrigaux. Au mois de juillet 1799, il était devenu le Roméo d'une belle Juliette parisienne, Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde Récamier^ Il lui adressait des déclarations, et quelles déclarations I «Roméo vous « écrit, Juliette. Si vous refusez de le lire, vous seriez « plus cruelle que nos parents dont les longues quête relies viennent de s'apaiser...

« .... 0 Juliette! la vie sans l'amour n'est qu'un « long sommeil. La plus belle des femmes doit être « sensible. Heureux lé mortel qui deviendra l'ami de « votre cœur I... »

Mais Lucien, paraît-il, en fut pour ses frais de rhétorique. Il s'en consola avec la politique. Il se mêla

1. Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde Bernard est née à Lyon le 4 décembre 1777. Elle était fille d'un notaire, mort en 1828, et de Julie Matton, décédée en 1807. Elle s'était mariée au citoyen Récamier, le 24 avril 1793. En 1799, elle occupait rue du Montblanc l'ancien hôtel de madame de Staël.

Lucien Bonaparte l'avait rencontrée pour la première fois chez le citoyen Sapey, le défenseur intéressé de son élection.

A propos de madame Récamier, Lucien raconte l'anecdote suivante, dans ses Mémoires :

« Le célèbre fournisseur Ouvrard donnait une fête au Raincy. Il y avait une cinquantaine d'invités. Le souper fut très p^ai, les femmes en général jeunes et jolies. Madame Récamier était du nombre, et sa beauté, alors dans tout son éclat, n'y avait que peu ou point de rivales. Lucien occupait une place en face d'elle qui était à côté de l'amphytrion, possédant à sa gauche madame Tallien avec laquelle il était alors fort lié. Nous ne savons plus

activement aux conspirations successives de Barras et de Sieyès, en vue de brumaire. A cette date, il était président du conseil des Cinq-Cents et à la tète d'un groupe politique important, occupé à préparer le coup d'État.

Louis Bonaparte, laissé à Paris pour régler quelques affaires, ne vint rejoindre son frère qu'au moment de l'ouverture des opérations, en qualité de lieutenant aide de camp.

Le 21 août 1796, il fut nommé capitaine. Le décret portait :

« Le Directoire exécutif arrête que le citoyen Bonaparte « lieutenant aide de camp du général en chef de Tarmée « d'Italie est promu au grade de capitaine ^ »

Il était signé : La Réveillère-Lepeaux.

Le ministre de la guerre était chargé de Texécu-

qui fat le premier qui proposa de toaster à la santé de toutes les jolies femmes présentes. Un autre ajouta : à la santé des jolies femmes absentes que chacun pouvait regretter ne pas voir assister à ce banquet.

'( Cette proposition, très gaiement accueillie, donna lieu à une infinité de gracieuses plaisanteries, arrosées du plus fin vin de Champagne, quand tout à coup Lucien, qui ne buvait jamais de vin et qui était connu. pour l'horreur qu'il en avait, se leva de table le verre en main, mais plein d'eau, eh disant : « Un toast (t à la plus belle des femmes l

« Aussitôt les regards se dirigèrent vers madame Récamier, qui baissa modestement les yeux, en rougissant et o tournant plus que jamais sa bouche en cœur.

« Nommons donc cette plus belle des femmes », disaient tous les convives. « Eh bieni messieurs, c'est laPaixl... que nous « désirons tous, n'est-ce pas?

« Ce toast fut accueilli très gaiement et très sincèrement, excepté peut-être par la beauté de laquelle le jeune Roméo croyait avoir le droit, ce jour-là, d'humilier la coquetterie... »

1. Mss. A. G. Paris, 17 fructidor an IV (3 septembre) (Extrait des registres du 4 fructidor an IV (21 août 1796).

tion. Or, cette exécution, paraît-il, rencontra plus d'une difficulté. Sortir de l'école de Ghâlons, au mois d'octobre, après un séjour de trois mois et demi à ladite école, pour passer capitaine neuf mois plus tard à dix-huit ans d'âge, c'était, en vérité, un avancement tant soit peu intempestif.

Au bureau de l'artillerie, on se contenta de mettre en marge de l'ordre directorial :

« Gomme l'arrêté ci-joint n'indique pas l'arme dans « laquelle le citoyen Bonaparte est lieutenant, le bute reau des officiers généraux, qui peut seul le savoir, w est invité à donner copie de cet arrêté au bureau « chargé de l'exécution. »

L'observation était sèche. Quelques jours après, le même bureau ajoutait : « L'organisation particulière « à cette arme ne permet pas d'y attacher le citoyen « Buonaparte. »

En présence de ce refus, Louis demanda à passer avec son grade dans l'arme de la cavalerie. L'opposi- . tion y fut la même :

« Attendu le régime particulier de l'arUllerie, « disait le rapport, l'avancement que cet officier a « obtenu ne peut lui compter dans cette arme, où « lui-même ne compte plus depuis qu'il a été appelé « à des fonctions d'état-major. Pour éviter l'inconvé- « nient de ne tenir à aucun corps, s'il cessait ses « fonctions, il demande d'être attaché avec son grade « au 5° régiment de hussards.

« Sur la communication donnée de sa demande au « bureau de la cavalerie, il a été répondu que les lois « s'opposaient au passage d'une arme dans l'autre.

« L'autorité seule du Directoire exécutif peut donc « opérer le changement demande

AMNÉB 1797. !239

« Il n y aurait, toutefoiâ, aucune difficulté de Tat- « tacher a une demi-brigade d'infanterie. »

Cela ne faisait pas Taffaire de notre jeune Corse. Pas. plus que son frère aîné, il ne tenait à servir dans cette arme, tout au plus bonne pour Joseph. Aussi, il, se démène, il réclame et finalement adresse au Directoire un mémoire et, à Tappui, ses états de service.

Il faut lire ce document d'un jeune homme de dixh^iit ans pour se rendre compte de son aplomb.

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