Mss. A. G., A. £. (Voir aux pièces à l'appui
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« on lui fît donner une autorisation pour rester a « Paris et y toucher ses appointements. » Dubois de Grancése contenta de faire répondre « qu'il n'y avait « rien à faire, puisque le pétitionnaire devait avoir « des nouvelles du général Bonaparte et de son « armée par son frère Joseph. »
Le 9, en effet, Bonaparte débarquait àFréjus; le 16, il était à Paris. Dès le lendemain, Louis reprenait ses fonctions d'aide de camp.
Pendant tout ce temps, si bien employé par ses frères, le jeune Jérôme continuait au collège *e Juilly le cours de ses études.
Du côté des femmes, la fortune s'était montrée également complaisante.
Madame Bonaparte la mère, restée à Marseille k cause du mariage de sa fille aînée Élisa, était partie pour l'Italie au mois de mai 1797. A Monbello elle rencontra sa belle-fille. Elle ne demeura pas auprès d'elle, retourna à Milan, suivit à Rome Joseph et sa femme, puis, après la catastrophe de Duphot, vint pour quelque temps s'installer à Ajaccio. Sa plus jeune fille, Caroline^ l'accompagnait.
Mademoiselle de Samt-Cyry Élisa^ aussitôt après son mariage civil ^ avec « le bonace et violoniste», PaschalBacciochi, était allée rejoindre sa belle-sœur. Elle avait hâte de participer aux grandeurs de son frère, le général en chef.
Pauline se trouvait près de Joséphine, dès les premiers jours de l'année 1797. Bonaparte avait tenu à la
1. Le mariage eut lieu à Marseille, le 1*' mai 1797. Le mariage religieux se fit en Italie, au château de Monbello.
ANKÉE 1707, «33
dépayser, afin de couper court à son roman avec le malheureux Fréron.
Aussitôt après Lodi, il écrivait à Joseph : « Je te K prie d'arranger Taffaire de Pauiette. Mon intention « n'est pas que Fréron l'épouse. Dis-le Met fais-le lui « dire. »
Pauvre Pauiette I qui prétendait rester fidèle et résister aux injonctions de sa famille : « Mon ami, « écrivait-elle encore à Fréron, le 10 juillet 1796, « tout le monde s'entend pour nous contrarier. Je « vois par ta lettre que tes amis sont des ingrats, « jusqu'à la femme de Napoléon que tu croyais pour a toi. Elle écrit à son mari que je serais déshonorée si « je me mariais avec toi, ainsi qu'elle espérait l'em- « pêcher. Que lui avons-nous fait? Est-il possible, « tout est contre nous! Que nous sommes malheu- « reux!,..
« Je te conseille d'écrire à Napoléon; je voudrais « lui écrire, qu'en dis-tu?... Tu peux adresser tes « lettres sous l'adresse de maman.
« Adieu, mon ami, pour la vie, ta fidèle amante.
«... Amamtsemprey anima mia, miobene^ miotenero « amicOy non respirasse non peré tt amo. »
Et le 15, elle ajoutait : «... Tu connais ma sensibî- « lité et tu n'ignores pas que je t'idolâtre. Non! il « n'est pas possible à Pauiette de vivre éloignée de <( son tendre ami Stanislas.
« Autrefois, j'avais la douce consolation de pou- « voir parler de toi et de m'épancher avec Élisa, « mais je ne l'ai plus. Lucien m'a montré ta lettre : « je vois que ta situation est toujours la même. Ah I « comme je l'ai baisée cette lettre, comme je l'ai « pressée contre mon sein, contre mon cœur.
S3i BONAPARTE A PARIS.
«... Enfin, nous partons de cette maison, demain « je t'écrirai l'adresse.
« Adieu, mon bon ami, écris-moi souvent et épan- « che ton cœur dans celui de ta tendre et constante « amante.
«... Ti amo sempre, e passionattisstmamente^ per « semp7'e ti amo^ sbelVidol mîo, sat cuore mio^ tenero « amico, ti amo, amo, amo, amo, siamatisstmo amante,»
Puis, en désespoir de cause, la pauvre enfant s'adressait à son grand frère :
« J'ai reçu votre lettre, elle m'a fait la plus grande « peine; je ne m'attendais pas à ce changement de « votre part. Vous aviez consenti à m'unir à Fréron. « D'après les promesses que vous m'aviez faites « d'aplanir tous les obstacles, mon cœur s'était livré « à cette douce espérance et je le regardais comme « celui qui devait remplir ma destinée. Je vous envoie « sa dernière lettre; vous verrez que toutes les ca- « lomnies qu'on a débitées contre lui ne sont pas « vraies.
« Quant à moi, je préfère plutôt le malheur de ma « vie que de me marier sans votre consentement et (( de m'attirer votre malédiction. Vous, mon cher « Napoléon, pour lequel j'ai toujours eu l'amitié la « plus tendre, si vous étiez témoin des larmes que « votre lettre m'a fait répandre, vous en seriez tou- « ché, j'en suis sûre. Vous, de qui j'attendais mon « bonheur, vous voulez me faire renoncer à la seule « personne que je puisse aimer. Quoique jeune, j'ai « un caractère ferme : je sens qu'il m'est impossible « de renoncer à Fréron après toutes les promesses
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« que je lui ai faites de n*aimer que lui; oui, je les « tiendrai; personne au inonde ne pourra m'empê- « cher de lui conserver mon cœur et de recevoir ses « lettres, de lui répondre, de répéter que je n'aimerai « que lui. Je connais trop mes devoirs pour m'en n écarter; mais je sais que je ne sais pas changer sut- « vant les circonstances.
« Adieu, voilà ce que j'ai à vous dire: soyez heu- « reux, et, au milieu de ces brillantes victoires, de « tout ce bonheur, rappelez-vous quelque fois de « la vie pleine d'amertumes et des larmes que je réa pandstous les jours. »
Ce fut l'épilogue. Bonaparte n'entendait pas céder. . Le 4 janvier 1797, Lucien écrivit à Fréron : «... Mo c< femme t'embrasse. Maman me charge de te deman- « der à qui tu veux qu'elle remette ta correspon-- M dance,.. Mon ami, cet article me pèse, finissons-le.
« Adieu, mon cher Fréron, le torrent peut nous a rapprocher. Quels que soient Jes caprices de l'aveu- « gle déesse, il est doux de compter sur un vrai ami. « Compte sans réserve sur ton frère. »
Quinze jours plus tard, Pauline, l'amoureuse Pauline, était à Milan; Au mois de septembre suivant elle épousait le général Leclerc^ . Pour Joséphine, les douceurs de la lune de miel n'avaient pas été de longue durée. Mariée le 9 mars,
1. Leclerc (Victor-Emmanuel), fils de Jean-Paul et de Marie- Jeanne-Louise Masquinet, né le 17 mars 1773, à Pontoise. Élu lieutenant au 2" bataillon de yolontaires, le 19 octobre 1791 ; démissionnaire, le 23 septembre 1792; aide de camp du général Lapoype, 3 octobre 1792; sous-lieutenant au 2* régiment de cavalerie, !•' décembre 1792; adjoint aux adjudants généraux de 4'armée dltaîie, le 6 février 1793 ; chef d'étal-major de la division de*r£8t à Toulon; adjudant général, le 17 décembre 1793; adju-
839 BONAPAUTE A PARIS.
80D extraordinaire mariravait quittée lé H. Le 14, il lui écrivait :
« Chaque instant m*éloigne de toi, adorable José- « phine, et à chaque instant je trouve moins de force « pour supporter d'être éloigné de toi. Tu es Tobjet w perpétuel de ma pensée ; mon imagination s'épuise « à chercher ce que tu fais. Si je te vois triste, mon « cœur se déchire et ma douleur s'accroît; situ es « gaie, folâtre avec tes amis, je te reproche d'avoir « bientôt oublié la douloureuse séparation de trois « jours ; tu es alors légère, et dès lors tu n'es affectée « par aucun sentiment profond. Gomme tu vois, je « ne suis pas facile à contenter; mais, ma bonne « amie, c'est bien autre chose si je crains que ta « santé soit altérée ou que tu aies des raisons d'être « chagrine, que je ne puis deviner; alors, je regrette « la vitesse avec laquelle je m'éloigne de mon cœur. « Je sens vraiment que ta bdhté naturelle n'existe « plus pour moi, et que ce n'est que tout assuré qu'il « ne t'arrive rien de fâcheux, que je puis être content. « Si Ton me fait la question si j'ai bien dormi, je sens a qu'avant de répondre j'aurai besoin de recevoir un « courrier qui m'assurât que tu as bien reposé. Les (c maladies, la fureur des hommes ne m'affectent que « par l'idée qu'ils peuvent te frapper, ma bonne amie. <( Que mon génie, qui m'a toujours garanti au milieu
dant général chef de brigade, le 19 avril 1794 ; réformé, le 13 juin 1795; remis en activité, le 19 avril 1796; employé à Tarmée de l'intérieur, le 27 avril 1796; employé à l'armée d'Italie, le 3 mai 1796 ; général de brigade, le 6 mai 1797 ; chef de l'état-major de l'armée dltalie, 1798; chef d'état-major de l'armée d'Angleterre; général de division, le 26 août 1799; à l'armée du Rhin, 3 décembre 1799 ; généra! en chef de l'armée de Saint-Domingue, lu 25 octobre 1801 ; mort dans cette colonie, le 2 novembre 1802.
« des plus grands dangers, t'environne, te couvre, et « je me livre découvert. Ah! ne sois pas gaie, mais « un peu mélancolique et surtout que ton âme soit <* exempte de chagrin, comme ton corps de maladie: « tu sais ce que dit là-dessus notre bon Ossian.
« Écris-moi, ma tendre amie, et bien longuement « et reçois les mille et un baisers de l'amour le plus « tendre et le plus dévoué... »
Le 29 avril, il ajoutait : « Je ne sais pourquoi de- « puis ce matin, je suis plus content. J'ai un pressen- « timent que tu es partie pour ici. Cette idée me « comble de joie.
« Ne va pas surtout être malade. Non, ma bonne « amie, tu viendras ici; tu te porteras très bien; tu « feras un petit enfant, joli comme sa mère, qui t'ai- « mera comme son père et quand tu seras bien vieille, « bien vieille, que tu juras cent ans, il fera ta conso- « lation et ton bonheur. »
A cette exaltation, cette mariée de trois jours ne savait que répondre. Trop créole, trop Nonchalante, trop habituée aux mille riens de la vie parisienne et aux douceurs de son petit nid de la rue Ghantereine, pour se résoudre à prendre une décision, Joséphine se contentait d'entasser ces épîtres brûlantes dans son chiffonnier et de remettre au lendemain une solution tant souhaitée. Et puis, il faut l'avouer, toute cette ardeur l'effrayait plus qu'elle ne l'attirait.
De son côté, furieux d'une passivité dont il ne pouvait saisir les nuances, Bonaparte envoyait lettre sur sur lettre, aide de camp sur aide de camp, et en arrivait, son imagination aidant, à écrire à Garnot : « Je « suis au désespoir, ma femme ne vient pas ; elle a « quelque amant qui la retient à Paris. Je maudis
« toutes les femmes ; mais j'embrasse de cœur mes « bons amis ^ »
Il fallut pourtant se résoudre au départ. Tout le , monde s'en mêlait, le Directoire, Joseph, Junot. Le 24 juin, les passeports arrivèrent.
Le 25, la jeune femme se mettait en route, en compagnie de son beau-frère et du capitaine Hippolyte Charles, de Tétat-major du général Leclerc.Le prince Serbelloni et Murât suivaient, dans une deuxième voiture.
Son voyage en Piémont ne fut qu'une longue ovation. Lorsqu'elle arriva à Milan, son ardent époux n'y était déjà plus. « J'ai battu l'ennemi, lui écrit-il, le « 6 juillet... Je te prie de partir tout de suite pour te « rendre a Vérone ; j'ai besoin de toi, car je crois que « je vais être bien malade. Je te donne mille baisers. « Je suis au lit*. » Etle surlendemain, au moment de se rendre à Vérone, il faisait prier le général Despinoy de lui expédier un courrier, aussitôt après l'arrivée de sa femmR
L'entrevue ne fut pas longue ; tout au moins elle fut tendre, car, le 17, l'infatigable général lui écrivait : « Depuis que je t'ai quittée, j'ai toujours été « triste. Mon bonheur est d'être près de toi. Sans « cesse je repasse dans ma mémoire tes baisers, tes « larmes. Ton aimable jalousie et les charmes de « l'incomparable Joséphine allument sans cesse une « flamme vive et brûlante dans mon cœur et dans (( mes sens... »
Cette fois, Joséphine se montra disposée à suivre