‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 123 sur 185 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

BONAPARTE A PARIS (La 18 bnuttaire)

16 OCTOBRI 1799—9 NOVIKBRI 1799*

Bonaparte quitte l'Egypte dans la nuit du 22 au 23 août 1799. — Bonaparte à Paris, le 16 octobre. — Rencontre de Viltallis à Aii. — Lettre de Bonaparte aux Directeurs, 10 octobre. — Situation vraie de la France, au 16 octobre 1799.

— Dépêche de Sandoz-Roliia au roi de Prnsse, 17 octobre 1799. Les trois conspirations.

La restauration monarchique. — Ses chances de succès. ^ Le Conseil royal de Paris. — Son organisation. — Ses pleins pontoirs. — Plan des royalistes. — Leur connivence aven les généraux, avec Barras.— Crainte d'une restauration orléaniste. — Instructions secrètes de Louii XYIII. •>- Entrevue de Dumouriex avec la Cour.

Complot monarchique. — Les trois partis. — Émoi causé par les premiers insuccès. — Propositions du parti des patriotes ou du Manège. — Le spectre rouge. ~Les patriotes n'ont pas la majorité dans les Conseils. — Omnipotence des centres. — On adopte des demi-mesures. — Mauvaises élections.

— Crainte des Directeurs.— Li% idées do Barrss.— Premier projet de rappeler Bonaparte, pour faire un nouveau fructidor, 26 mai 1799. — Déroute des Directeurs. — Leur remplacement.

Sieyès. — Son caractère. — Ses vues. — Son arrivée à Paris. — Changement

dans le Directoire. — Projets de Sieyès. — Choix de Joubert. — Sa mort. —

Habileté de Talleyrand. — Proposition de rappeler Bonaparte. — Son rappel.

— Rapport de Talleyrand. — Renvoi de Bemadotte. — Mesures de rigueur prises par Sieyès — Craintes des Conseils. — Omnipotence du parti Sieyès.

Victoires des armées françaises. — Cause de ces victoires. " Dubois de Crancé au ministère. — Ses projets. — Sa mort. — Arrivée de Bonaparte. — Sa perplexité. — Son habileté. — Naïveté de Gohier. — Bonaparte au Direc-

. toirc. — Il se décide à faire le coup avec Sieyès. — Bonaparte et les Bourbons. —Bonaparte était-il en pourparlers avec le mince de la Paix?— Lettre

800 BONAPARTIi A PARIS.

dé Louii XYIII au ducd'Harcourt. — Organisation du complot. — Le proaunciamento. — Le 18 brumaire. — Anxiété de Bonaparte. — Succès déènitif des deux journées. — Le rapport à Louis XYIII sur le 18 brumaire»— Le mot de la fin : i C'est du fumier retourné ^. »

Parti dans la nuit du 22 au 23 août 1799, Bonaparte se trouvait le l*'' octobre à Ajaccio. Il y restait jusqu'au 7, débarquait le 9 à Fréjus, et le 16 arrivait à Paris.

Il était accompagné d'un certain nombre d'officiers et d'un détachement de guides, commandé par Bessières.

A Aix, il avait rencontré le messager du Directoire, Vittallis, porteur de la fameuse lettre que l'on sait. Il répondait tout aussitôt : « Citoyens Directeurs, « depuis mon départ de France, je n'ai reçu qu'une « seule fois de vos dépêches ; elles me sont arrivées le « 5 germinal (25 mars 1799) devant Acre; elles « étaient datées du 14 brumaire (24 novembre « 1798), et du 5 nivôse (25 décembre 1798.)

« Je me procurai, à l'issue de plusieurs con-

« férences diplomatiques, les gazettes d'Angleterre, « jusqu'au 6 juin, par lesquelles je fus instruit de& « défaites de Jourdan, en Allemagne, et de Schérer, « en Italie. Je partis sur le champ, à l'heure même, « avec les frégates la Muiron et la Carrh^e, quoique

1. Événements principaux.— 16 octobre 1799, arrivée de Bonaparte à Paris-; 18 octobre, capitulation d'Alkmaer; 9 novembre (18 brumaire), abolition du Directoire, création du Consulat; 11 novembre, déportation de trente-six députés républicains; 24 décembre, proclamation de la Constitution de l'an VIII, Bonaparte premier consul.

Ministres de la guei^re, — Dubois de Crancé, du 24 septembre 1799 au 10 novembre 1799 ; Berthier, du 10 novembre 1799 au 2 avril 1800.

« mauvaises marcheuses. Je n'ai pas cru devoir cal- « culer le danger ; je devais me trouver où ma pré- « sence pouvait être le plus utile. Animé de ces sen- « timents,ye me serais enveloppé dans mon manteau et « serais parti sur une barque^ si je n'eusse pas eu des « frégates...

« L'Egypte, à l'abri de toute invasion, est entière- « ment à nous.

« ... Je serai à Paris presque en même temps que « ce courrier, mais l'air sec et froid qu'il fait ici me « saisit et me fatigue extrêmement, ce qui m'occa- « sionne un retard de trente ou quarante heures. »

Telle était cette curieuse missive, dont nous n'avons pas à faire ressortir les exagérations et les invraisemblances. Mais, cette France, était-elle donc dans une situation aussi critique que le prétendait le général en chef de l'armée d'Orient ? Non. Mise un instant en péril, par suite des fautes intentionnelles de Bonaparte en Italie et des complots persistants des ^adversaires de la République, elle venait de se relever de façon éclatante, grâce aux succès des armées, grâce à la conscription, au sentiment national ainsi qu'aux brillantes qualités des deux derniers ministres de la guerre, Bernadotte et Dubois de Crancé.

Partout victorieuse, elle avait seulement besoin d'un peu de tranquillité intérieure, pour reprendre sûrement le cours de ses destinées libérales. Ce fait est indéniable. Le jour même de l'arrivée de Bonaparte à ' son petit hôtel de la rue de la Victoire, Sandoz-tlollin, l'ambassadeur de Prusse, le fin observateur de toutes nos discordes, écrivait à son roi : « Jamais calme ne fut plus parfait que celui qui « continue de régner ici ; on ignore même s'il a existé

« des factions et des troubles intérieurs. Les victoires « semblent avoir réuni Jacobins y Républicains, Roya-* « listes, et n'en faire qu*un seul et même corps. Les vic^ « toires ont fait plus encore ; elles ont relevé le crédit « public et disposé les citoyens à prêter leur argent au « gouvernement. On se dit aujourd'hui ce qu'on n'au- « rait-pas dit il y a deux mois *. »

Et c'était ce moment que les hommes du centre et les politiques allaient choisir pour tenter un nouveau 18 fructidor, mais celui-là, sans Barras, pour le compte de son protégé de vendémiaire et de son complice de 1797.

Ce calme, il est vrai, était trompeur. La France venait, grâce à la gloire de ses armes, d'échapper à la plus terrible des crises. Depuis six mois, elle se trouvait sous le coup de trois conspirations. Tune royaliste et les deux autres, constitutionnelles. Elle avait esquivé les deux premières ; il était dit qu'elle ne pourrait éviter la troisième.

Jamais, en effet, depuis l'entrée des Prussiens à Verdun, en 1792, jamais la restauration monarchique n'avait été aussi près de passer à l'état de fait accom-

pli.

Assaillie à la fois par la Russie, par l'Angleterre, et par l'Autriche, la France avait vu ses anciens succès compromis et ses armées battues. Au mois d'août, tout semblait perdu. Souvarow s'apprêtait à passer les Alpes pour en finir avec Masséna,les Anglais débarquaient sur les côtes delà Hollande.

Le prétendant était radieux. Les dépêches succédaient aux dépêches. L'invasion semblait prochaine

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