‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 132 sur 185 · OFFICIERS QUI SB SONT PRÉSENTÉS ET ONT OFFERT LEURS SERVICES · texte numérisé non relu

OFFICIERS QUI SB SONT PRÉSENTÉS ET ONT OFFERT LEURS SERVICES

Les généraux de division, Pully, Canclaux, Harvîlle, Monibrun, Debelle, Picault, Bazet, Gantheaume (contreamiral) ;

Les généraux de brigade, Gaspard, Thierry, Solignac» Pinon, Ferrand, Desperrières , Dessautiers, Schwartz, Dali ne, Marmont, Fios, Gospartier, Kemserwierl, Perron, Pouchain, Chatrier;

Les adjudants généraux, Desroches, Duboul, Lamarre, Lomet, Efartier, Mellinet, Soupe ;

Les commissaires des guerres, Daru, Dupont, D'Albon, Ferrés (o-rdonnateur) ;

Les chefs d'escadrons et de bataillon, majors, capitaines, Dejean, Delangle, Culliot, Homell, SchaJzitz (major de la légion polonaise), Lonti,Lavit, Menier,Deslosses,Paynon, Laborie, Pelletier, Prévost.

Ce qui s'en suivit, on ne le sait que trop. Gomme au coup d'État de décembre 1851, les guides de Bessières portèrent au dernier moment les billets cachetés, contenant ces mots laconiques : oui ou non. Le rendez-vous, au lieu de se faire à l'Elysée, était donné cette fois dans la cour du numéro 6 de la rue de la Victoire. Il était nuit encore, lorsque les généraux commencèrent à arriver. Joseph Bonaparte vint m. 28

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seulement à sept heures. 11 était accompagné de son beau-frère Bernadotte. Ce dernier n'avait pas revêtu son uniforme*

Enfermé dans son cabinet avec Berthier etLefebvre, Bonaparte marchait fiévreusement, les mains derrière le dos, dans cette attitude que la légende lui a consacrée. Sa pâleur était extrême; par instants des mouvements saccadés dénotaient le monde de pensées qui traversaient le cerveau en délire de Tex-conspirateur d'Ajaccio. Fréquemment il regardait la pendule, comme plus tard, Bismarck, à Versailles, considérait le singe grimaçant dont le doigt fixé sur le cadran de l'horloge de son salon de travail, lui marquait l'heure du destin.

Bonaparte attendait, et l'objet de cette attente, c'était le décret arraché par Gornudet aux membres du Conseil des Anciens, faisant partie du complot. Enfin, Cornet parut, Cornet, le futur comte Cornet de l'Empire, comte de Cornet de Louis XVIII. Il avait à la main le bienheureux papier. Aussitôt les proclama- Lions furent lancées, l'ordre de monter à cheval, donné. Quelques minutes plus tard, l'homme fatal suivi de ses cavaliers d'Egypte, sabre au poing, s'éloignait sombre, dans la rue pleine d'une foule silencieuse.

La comédie était finie ; la tragédie allait commencer.

Le surlendemain, la suppression du Directoire était votée, l'expulsion de soixante représentants décidée, un gouvernement provisoire composé de trois consuls formé, l'ajoui^nement du Corps législatif à trois mois prononcé.

Et le soir, sur les murs de U capitale surprise, od pouvait lire:

A^NNÉE 1799. BTi

Bonaparte, les généraux et les troupes ont bien mérité de la patrie.

Le coup était fait. Avait-il réussi aussi facilement que la légende Ta affirmé? Non. Voici ce qu'en écrit Bernadotte à Lucien, au mois de juin 1804 :

« Je sais bien que vous n'avez été que bourgeoisement bon frère, quand vous deviez héroïquement mettre aux voix, en votre qualité de président du Conseil, la mise hors la loi de ce frère qui violait à main armée l'enceinte de Ja représentation nationale, au risque d'ailleurs de vous faire échapper tout le premier. Oui vous avez forfait à votre devoir, à votre conscience républicaine; car vous le saviez mieux que qui ce soit, la mise hors la loi était juste. Aussi, malgré votre éloquence vous n'avez pu alléguer que votre fraternité.

«... Mais est-ce bien à moi de vous reprocher de n'avoir pas imité les grands modèles de patriotisme dont l'histoire nous offrp les modèles, quand moî-fnême j'ai pu faillir aussi aux prières de Joseph? Pourquoi? je le demande, parce que Joseph est le mari de Julie, sœur de Désirée, ma femme. Voilà pourtant à quoi tiennent les destinées d'un grand empire !

« Vous le savez, le faubourg Antoine était à moi; nous avions des armes et des hommes qui n'auraient pas été des jobards pour s'en servir sans mes ordres. Mais, tout à été de travers ce jour^là, La faiblesse seule a triomphé grâce à vous dans l'Orangerie et grâce à moi, en me laissant enjôler par ^e belles paroles, quand je pouvais tout empêcher, peut-être,., »

Le récit de Lucien Bonaparte est également instructif.

« Je sais fort bien, lui disait l'empereur en 4807, que vous m'avez été utile au 18 brumaire. Il ne m'est pas éga-

lemeat démontré que vous m'avez sauvé. Et ce que je sais très bien et dont j'ai dû me souvenir Vest que vous m'avez disputé l'unité du pouvoir qui m'était nécessaire pour sauver la France et que la moitié de la nuit se passa avec Joseph à solliciter et enfin obtenir de vous que vous vous tairiez au Conseil, quand la question se discuterait. »

«Cela était vrai, ajoute Lucien, et j'ai à me reprocher la faiblesse que j'eus de donner cette parole de me taire; car, mon silence dut passer pour une adhésion en apparence intéressée de ma part, à cause des liens qui m'unissaient au premier Consul. Mais j'atteste le ciel que je faisais des vœux pour être désiré, car j'étais persuadé qu'il serait très dangereux, une fois maître absolu. Son : «j'ai (' manqué ma fortune à Saint-Jean d'Acre » m'avait révélé le conquérant.

« En définitive, m'avait ajouté Napoléon, outre qu'après « la victoire que vous n'avez fait que m'aider à remporter, « vous vous êtes montré disposé à combattre mon éléva- « tion personnelle, ce qui était bien fait pour m'affran- « chir de toute reconnaissance avec vous, ne m'en deviez- « vous pas vous-même? S'il est vrai que vous m'ayez « sauvé à Saint-Cloud, ne vous ai-je pas tiré du plus « grand péril en envoyant mes grenadiers vous enlever « des mains de nos assassins? Et d'ailleurs, si, mauvais « citoyen, frère dénaturé, aveugle sur vos propres inté- « rets, vous n'eussiez eu l'horreur démettre aux voix cette « proposition de ma mise'hors la loi, et que le décret fût « passé, croyez-vous que j'eusse été assez sot pour m'y « soumettre tranquillement? Ne me restait-il pas assez de « partisans pour m'aider à défendre avec l'aide de Dieu « cette tête destinée à tant de diadèmes? »

« J'étais tout à fait sur ce point de l'avis de Napoléon, et sans vouloir en imposer à moi-même, ainsi qu'aux autres, sur la juste défense qu'il aurait pu opposer à sa mise hors ta loi, si nouveau Timoléon j'avais pu l'y laisser condara-

ANNICK 1799. 329

ner, il est fort à parieç qu'il y aurait eu alors du danger pour moi, comme pour lui. Là, il avait raison ; mais où il n'était pas de bonne foi, c'est en bornant le service, que je lui avais rendu, à ma résistance à sa mise hors la loi. J'ose dire, et, ceux de mes contemporains pourraient le témoigner, ce fut surtout hors de l'Orangerie que je lui fus utile, car peu habitué qu'il était aux orages des assemblées civiles; je le vis pâlir et trembler.

« Dans le trouble de la position dont je venais de le tirer, en ralliant à lui et à moi, en qualité de président du Corps législatif, la garde encore justement indécise, il fallait absolument avoir perdu la tête pour ajouter à mon petit discours qui avait eu cet heureux résultat, ces paroles aussi imprudentes que cruelles et inutiles, car il n'y avait plus de résistance : « Et si l'on résiste, tuez ! tuez! » ce qui me fit horreur et fut bientôt suivi de cette autre ridicule injonction ajoutée à toutes les autres billevesées qu'il fit ce jour-là :

« Oui! suivez-moi^ suivez-moi. Je suis le Dieu du jour, » Frégeville, Gardanne, Sébastiani et plusieurs autres généraux l'entendirent comme moi et, comme il me semblait qu'il voulait continuer à pérorer sur le môme ton, je lui soufflai tout bas du haut du cheval que j'avais enfourché et qui marchait de pair avec le sien : « Mais, taisez-vous « donc, vous (yroyez parler à vos mamelucKs, »

« ... Il me parla encore queques instants de nos fameuses journées, me répéta plusieurs fois que le général • Sébastiani était l'officier, sur lequel il avait le plus compté avant l'action. Comme moi j'étais aussi d'avis que Sébastiani avait été un de nos plus puissants coopérateurs avec son régiment, en général le mieux disposé pour nous. Je lui fis observer que j'avais été étonné de ne l'avoir pas vu aussi avant dans sa faveur que bien d'autres, à quoi il me répondit : « Les Corses sont des gens qu'il faut tenir « à disfence, sans cela ils viennent vous manger dans la » main. Il faut se fâcher et vous savez ce que c'est que de

« fâcher un Corse!... Sébastiani .d'ailleurs no me plaît « pas personnellement. Il est froid et pédant. »

Le rapport de Tun des membres du Conseil royal de Paris au prétendant, sur cette triste aventure, confirme en tous points les récits de Bernadotte et de Lucien Bonaparte. Il a le mérite d'être bref. Il est également inédit. Le voici :

« ... Aucune des coteries n'aimait Bonaparte.

« Les raisons qui le faisaient rechercher furent :

« 1° Plus de trente millions qu'on lui savait de for- « tune, volés en Italie et déposés tous chez divers « banquiers de Paris, tels que Perrégaux , et tout cela « sous des noms empruntés.

« 2"* L'espèce d'engouement qu'une certaine classe « du peuple avait conservé pour lui.

« 3" La consistance qu'il avait prise parmi les fai- « seurs et surtout parmi les troupes.

« Il y a des particularités bien essentielles dont on « se donne bien garde de parler.

« Dès le 18, les faiseurs des Anciens, craignant de « rencontrer de l'opposition, prirent le parti tout (( simple de ne pas convoquer les hommes qu'ils redou- « talent ; la translation à Saint-Gloud se trouva donc « arrêtée avant que ceux-ci fussent arrivés à l'Assem- « blée; quand ils se présentèrent et qu'ils voulurent « avoir des explications, on leur ferma la bouche par « le décret qui venait d'être rendu et en levant promp- « ment la séance. Le lendemain à Saint-Gloud les :( Jacobins et les autres députés qui n'étaient point (( dans le mystère, se promettaient de se faire^rendre « compte de la conjuration dont on parlait de toutes

ANNISE 1799. 331

« parts, et dont aucune notion précise n'avait été « donnée. On commença aux Cinq-Cents par renou- « vêler les serments à la Constitution,

« Bonaparte entre dans la salle. Son orgueil le por- « tait à croire que personne n'oserait lui résister. Mois « quand il eût entendu les mots hors la loi, tue! tue! « le héros perdit la tête. Il crut que c'en était fait de « lui comme de Robespierre. On l'entraîna hors de la « salle avec une pâleur mortelle sur le front. Il fallut « le soutenir quelques minutes. On crut qu'il allait « entièrement se trouver mal. Revenu à lui, il aperçut « tout le danger de sa position. On avait bien donné « douze francs à chaque soldat (en 1851, on en donna « dix). La plupart étaient habillés à neuf; on avait « eu soin de les faire boire; la garde du Direc- « toire était gagnée, celle des deux Conseils l'était « également. Mais s'ils avaient trahi ceux-ci, ils « pouvaient bien abandonner ceux-là. Cependant « Bonaparte les pérore. Beaucoup répondent favo- « rablement à sa voix. Il se rend aux Anciens; il y « débite la phrase qu'on a vue, revient à sa troupe « et la fait marcher sur les Cinq-Cents. Soit peur, « soit réflexion, une infinité de soldats commen- « cent à vaciller; elle se rassemble néanmoins en « voyant sortir par la porte, infiniment plus par les « croisées, les députés de toutes couleurs. Elle a dit « hautement depuis, que si les députés étaient restés à « leur poste, elle n'aurait osé les en chasser, Bonaparte « mis hors la loi par un parti courageux aurait infail- « liblement été fusillé à Saint-Cloud, »

Ceci terminé, Bonaparte se rend auprès de Sieyès.

f' Sieyès lui dit avec humeur : « Ce n'est pas cela que

"f< je vous avais dit de faire. Vous avez tout gâté. Sans

« eux, nous ne pouvons rien faire ; il faut les rassem- « bler. » Bonaparte demeura interdit, comme un éco- « lier qui a oublié sa leçon. On parle ; on se concerte « mieux. Bonaparte voit son frère (Lucien), lesprin- « cipaux faiseurs. Il fait prendre séance aux Anciens, « et parvient enfin à rassembler cinquante-neuf dé- « pûtes des Ginq-Gents. Alors les lois sont pro- « posées...

« Bonaparte fit en partie les frais de cette expédi- « tion, qui coûta un million cinq cent mille francs. « Perrégaux a été chargé de cette opération...

« L'exaltation n'a pas duré huit jours. Après quoi « chacun revint de lui-même à sa première opi- « nion. Le bon peuple disait : « C'est du fumier re^ « tourné, yi

Le mot était joli. Ge sera celui de la fin.

€ Le peuple ^ en son bon scns^ avait su le trouver.

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