‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 15 sur 185 · ANIMÉE · texte numérisé non relu

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de celle fausse interprélalion des fails ne furenl pas longues à se produire. Toul s'enchaîne ici-bas. Après le 9 Iherniidor, le 9 aoùlS c'est-à-dire lerenouvellemenl partiel et continu du Comité de Salut public, puis la nomination de seize comités indépendants, destinés à contrôler les opérations du premier. C'en était fait. Cette belle unité de direction qui avait sauvé la France n'existait plus.

Le maintien momentané de Garnot et de Prieur ne fil que démontrer plus clairement cette vérité. C'était une concession à Topinion. Tant qu'ils furent à leur poste, l'armée put en effet croire à la continuation de l'ancien état de choses. Au bas des ordres qui leur arrivaient, les généraux ne voyaient-ils pas les noms de ceux qu'ils avaient tant appris à respecter et à redouter?

Dans les autres services, il est vrai, il n'en était pas de même. La réaction s'y montrait souveraine. Les mesures adoptées étaient déplorables. Dans le nombre, celle relative au rétablissement de la liberté de la presse eut les résultats les plus funestes. Certes, la presse doit être libre, aussi libre que possible en temps ordinaire, mais, en temps de guerre, elle doit être soumise aux lois qui régissent les places fortes assiégées. Le succès final est à ce prix. Or, à cette époque de notre histoire, cette nécessité pénible s'imposait d'autant plus que la guerre était partout àl'intérieur et à l'extérieur, et que les agents de l'émigration n'avaient qu'un but, nous l'avons vu , faire disparaître les hommes énergique^ de la Convention,

1. Tallien, Bréard, Thuriot, Treilhard entrent au Comité. Delmas, Cochon, Merlin de Douai, Fourcroy en font partie, le 1" seiaembre

encore debout. « C'est la Convention même qu'il faut « attaquer, » répétaient-ils avec ensemble. Malheureusement les thermidoriens se firent les complices, inconscients, nous le voulons bien, mais tout au moins actifs, de cette politique néfaste. Dès le 29 août, en effet, Lecbintre, devenu l'interprète des vœux de la réaction, réclamait la mise en accusation de plusieurs de ses collègues ; le 2 octobre, Legendre renouvelait l'attaque; le 8 décembre, enfin, l'Assemblée décrétait le rappel des Girondins. « Aujourd'hui, « disait Merlin de Douai, que vous n'avez plus à re- « douter ni des tyrans, ni des factieux, aujourd'hui « que les portes des Jacobins sont fermées, vous pouvez « dans la plénitude de votre force, combler celle de « votre justice. » Certes la proposition était généreuse et faisait honneur à son auteur; mais, en laissant ainsi rentrer dans l'Assemblée soixante - treize inconsistants du centre, animés de sentiments peu bienveillants pour ceux qui les avaient expulsés, n'était on pas en droit de redouter qu'ils ne déplaçassent la majorité? Tout au moins, eût-il été juste et prudent de faire de cette mesure bienveillante un grand acte d'apaisement, en décrétant l'inviolabilité des membres de l'Assemblée, de manière à fermer l'ère des représailles.

Oubli fâcheux qui a fait du 8 décembre 1794, une date fatale pour la nation et la révolution. Dès le 20, en effet, Clausel demandait le procès des complices de Robespierre ; le 27, la commission chargée de statuer était nommée, et le 2 mars, elle concluait à l'arrestation de Billaud-Varennes, Barère, ColJot d'Herbois et Vadier. « Tout ce que vous avez donc fait est « donc nul, » s'écrient Gambon, Robert Lindet et

Gamot. Paroles vaines adressées à des collègues haineux, intéressés à tout compromettre I

Les événements allaient le prouver. Le 4 mars 1795, le Comité était renouvelé ^ et Gamot remplacé. Le 17, eommençait à Paris et en province cette série de mouvements populaires suscités par l'étranger • et le parti d'action. A la faveur de ces incidents tumultueux, la réaction s'affirmait. Dans la nuit du 2 au 3 avril, Billaud-Varennes, Gollot d'Herbois, Barère et Vadier, étaient condamnés à la déportation ; Duhem, Choudieu, Châles, Léonard Bourdon, Huguet, Amar, Foussedoire et Ruamps, transférés au château de Ham. Le même jour, Thuriot, Levasseur, Grassaud, Maignet, Moyse Bayle étaient décrétés d'accusation, la garde nationale réorganisée et les troupes réunies, avec Pichegru comme général, sous la haute direction des conventionnels Barras, Merlin et Anguis. Le 7 mai, avait lieu l'exécution de quinze des principaux membres du tribunal révolutionnaire. Mais c'était surtout en province que la réaction se montrait triomphante. Partout on signalait des massacres. Dans le Midi les conflits étaient journaliers et sanglants. Toulon seul avait fait exception. Le corps expédi-

1. Le Cîomité fut ainsi composé : Boissy d'Anglas, André Dûment, Marec, Bréard, Merlin de Douai, Fourcroy, ChazaI, Lacombe Saint-Michel, Dubois-Crancé, Laporte, Sieyès et Rewbell.

2. 2 avril. Proclamation de la Convention : a Les émissaires « de l'étranger, distributeurs gagés de nouvelles alarmantes, « interceptent par la terreur les approvisionnements qu*a » obtenus la confiance... Depuis deux jours, des mouvements •« s'annoncent; l'or de la corruption circule partout, et il n'est « pas rare de rencontrer des individus, gorgés de vin et d'as- « signats, diriger leurs pas chancelants vers la Convention et « lui demander des subsistances... «

tionnaire qui s'y trouvait réuni en vue d'une campagne sur les côtes de la Toscane et de Corse, se montrait tout dévoué à la Montagne. Les représentants du peuple^ chargés d'assurer son départ et de l'accompagner étaient d'anciens compagnons de Robespierre le jeune. Ils en partageaient les opinions. Le 9 janvier, Ritter et Salicetti écrivaient au Comité : « Les événe- « ments qui ont eu lieu à Marseille ont manqué « s'étendre jusqu'à Toulon. Des émigrés répandus « dans la campagne ont cherché à corrompre le régi- « ment de la Nièvre. Un capitaine de la 104® demi- « brigade, dans laquelle ce bataillon est amalgamé, « nommé Jacquey et un sergent de sa compagnie ont « excité le peuple... » Mais cette manière de voir n'était plus au goût du jour. Les propositions de Ritter et de Salicetti furent désapprouvées, des ordres contraires expédiés. A la suite de nouvelles scènes provoquées par la présence d'émigrés naufragés , les représentants dupeuple àMarseille, Mariette et Ghambon furent envoyés à Toulon avec pleins pouvoirs, les mutins arrêtés et le commandant delà place, le général Pierre, remplacé par le général Bizannet. Ces mesures furent impuissantes à rétablir l'ordre. L'insuccès de l'escadre de l'amiral Martin, le licenciement du corps expéditionnaire, le tiercement des cadres, le renvoi à l'intérieur de la plus grande partie des officiers d'origine corse, tels que les Bonaparte, les Arena, Ferru, etc., avaient surexcité les esprits au plus haut point. Les Corses surtout se montraient intraitables. Ils refusaient de partir. Ils ne parlaient de rien moins que de rejoindre Paoli ou de marcher

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