‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 14 sur 185 · floréal, an IJI (30 avril · texte numérisé non relu

floréal, an IJI (30 avril

« c'est la loi violée qu'il doit venger. Eh bien, de « toutes les frontières, des hommes déportés pour « n'avoir pas voulu se soumettre aux décrets rendus « par TAssemblée constituante, pour avoir refusé de « faire partie du corps social, rentrent aujourd'hui « sur le territoire français, ils se répandent dans les « villes, surtout dans les campagnes, où la faiblesse « crédule est sans défense contre la séduction; ils « abusent de leur influence sur les âmes faibles; ils « jettent la terreur dans les consciences et, par un « moyen d'autant plus puissant qu'il est secret, ils « soulèvent contre la Convention nationale tous les « préjugés, toutes les passions, tous les méconten- « tements, qulls prennent soin d'irriter. Ce ne sont « plus des hommes ordinaires, ce sont des apôtres « persécutés, ce sont des martyrs de la religion de « nos pères. Cependant, eux-mêmes persécutent ceux « d'entre eux, les prêtres catholiques qui ont lié leur « sort aux destinées de la Révolution ; et, en même « temps, ils prêchent la révolte, ils provoquent « ouvertement à la royauté.»

C'était vrai. La Convention le comprit, vota tout ce qu'on voulut, mais en réalité n'intimida personne. Le gouvernement subissait alors une crise des plus graves. L'unité de direction faisait défaut. Le grand Comité n'était plus là pour imprimer sa redoutable énergie. En aidant à le renverser. Barras, Fréron, Tallien et tant d'autres avaient commis une faute politique. « Si les membres des Comités sont coupa- « blés, disait Cambon, la Convention l'est aussi et « toute la nation avec elle.» Cambon avait raison. La solidarité était entière.

Au lendemain du 9 thermidor, les causes qui

avaient nécessité cette terrible centralisation des pouvoirs publics subsistaient toujours. La guerre était partout, à l'intérieur et à l'extérieur. Le moment n'était donc pas venu de désarmer et de se priver du concours d'hommes énergiques. Les explications mêmes qu'essayaient de donner les thermidoriens, témoignaient de leur manque de logique. «La victoire, « disait Barère, vient de marquer une époque où la « patrie doit être indulgente sans danger.» Mais, cette victoire, qui l'avait amenée? Ce danger, qui l'avait éloigné? Tallien disait également: « La Gonven- « tion ne doit pas souffrir que la République soit plus « longtemps divisée en deux classes, les persécuteurs <« et les persécutés, ceux qui font peur et ceux qui « ont peur.» Le sentiment était louable, la phrase ■ sonore; mais les persécutés, n'étaient-ils pas les persécuteurs de la veille et ne seraient-ils pas ceux du lendemain. Tallien ajoutait. : « Quoi! pour « garantir la souveraineté d'un peuple, il faudrait la « lui ravir! Quoi! on ne pourrait rassurer la propriété « que par la spoliation! l'égalité, que par la pro- « scription d'origine ou de profession ! l'humanité, « que par l'effusion du sang! la fraternité, que par « l'excitation d'une partie de la nation ! Si c'est ainsi « que se fonde la République, Néron en aurait pu « être le fondateur. La Convention ne prendra pas la « succession de Robespierre et la continuation de ses « crimes.» Paroles brillantes, qui avaient un tort, celui d'être inexplicables. En les prononçant, Tallien était-il un inconscient ou un inconsistant conscient? Un peu des deux, croyons-nous. Cette dictature I il oubliait que lui et ses amis avaient été les premiers à la réclamer et à l'affirmer. Aussi, les conséquences

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