ADRESSE DU 8« RÉGIMENT DS DRAGONS AUX CONSULS
f Citoyens Consuls, la joie que le 8* de Dragons éprouva <( à l'arrivée de son général, eût été difficile à peindre ; « chacun sentait déjà que près du génie de la France, il a lui était réservé quelque chose et que peut-être, il allait « être à même d'être utile à son pays, en secondant un ic homme qui, tant de fois, nous a conduits au champ « d'honneur, lorsque peu après, éveillés par le son d*à « chevaly nous apprenons^que Bonaparte est aux Anciens c< où, conjointement avec eux« il doit trouver les moyens « de sauver la République, en la tirant des serres des vau- « tours qui depuis longtemps la dévoraient.
(c C'est alors que cette joie sentie s'explique ; ^eai alors (c que chacun se croit propre à concourir aux destinées de « son pays en faisant exécuter avec calme, sang-froid et « intrépidité, ce qu'un général, aussi estimé qu'estimable « va lui ordonner.
u 0 mémorable journée! 0 dix-huit Brumaire I que loin « d'être comparée aux autres, tu vas causer de bien l
c République française ! c'est aujourd'hui que tes plaies u vont commencer à se cicatriser... C'est de ce jour seulece ment que des lois salutaires vont diminuer la masse de « tes maux, en attendant une paix honorable désirée par « tous les amis de leur pays et de l'humanité. C'est à toi, « Bonaparte... C'est à vous, Consuls, qu'est réservé ce « grand œuvre... C'est toi que toutes les troupes suivront « avec joie, convaincues que toutes tes vues et tes désirs « tendent au bien public.
u Le régiment assez heureux pour s'être trouvé au pre- « mier rang, le 19, vous prie de compter toujours sur son « dévouement et de le croire tout entier à la RépU* w blique. »
iir. 87
434 APPBNDIOB.
PIÈCE No XXXIL
ARTICLE FAIT DANS LE GABirCKT DES CONSULS, LB SOIB MÊME DU COUP D*ÉTAT.
« Le cercle des révolutions diverses, dont se compose «c Tensemble de notre Révolution, présente une telle suct< cession d'événements, presque toujours accompagnés «de réactions, qu'il semble désormais établi que toute « action suppose réaction, et que déjà même, on se hasarde c( à prononcer ce mot funeste.
<c On conçoit bien mal alors la journée du 18 brumaire; « on en dénature le caractère ; on méconnaît Tempire des « temps auxquels enfin nous sommes arrivés.
« Que durant la tourmente révolutionnaire, on ait agi « et réagi aussitôt, c'est ce qu'il est facile d'expliquer ; il « n'existait "^oint d'accord entre les idées et les institu- « tions; et tout, dans ce monrlc politique, comme dans le « monde physique, est soumis à cette loi de la nature, qui « veut que les événements se balancent et s'équilibrent « mutuellement. Cet équilibre une fois rompu, il n'y a plus « que choc, déchirement et chaos, jusqu'à ce que les deux « bassins de la balance, se pondérant également, repren- « nent leur assiette. Ainsi, depuis 89 jusqu'en 92, les idées « et les institutions ne se balançant plus, n'étant plus de a niveau, nous avons vu l'action et la réaction const^mte « de la liberté contre le despotisme, et du despotisme a contre la liberté, de l'égalité contre le privilège, et du « privilège contre l'égalité.
« La déclaration royale du 23 juin fut la réaction de la « réunion des trois ordres ; la nuit du 4 août fut la réact( tion du 23 juin. Le triomphe des nouvelles idées sur les « vieilles institutions fut enfin décidé parle 10 août^ mais « les vieilles idées luttèrent à leur tour contre les institu- « tions nouvelles. Si des âmes généreuses s'étaient élevées «jusqu'à la pensée de la République, elles laissaient tou-
« tefoîs, bien loin derrière elles, des esprits tardifs ou « indociles ; et des souvenirs, des sentiments, des préjugés « monarchiques se réinterposèreot entre le gouvernement « nouveau et le gouvernement passé. On agit et on réagit « donc encore ; et Faction, comme la réaction, prenant un « caractère d'autant plus violent que les passions étaient ce plus exaspérées, toutes deux exercèrent à la fois leur force « contre les idées et contre les personnes. Contre les perce sonnes plus de garantie pour la sûreté individuelle ; on « vit la vengeance punie par la vengeance, le crime par «le crime. Contre l'idée, plus de principe sans atteinte... »