‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 20 sur 185 · Aubry et Gillet, anciens officiers d'artillerie, Delmas · texte numérisé non relu

Aubry et Gillet, anciens officiers d'artillerie, Delmas

Le décret portait : « Ils sont autorisés à appeler près d'eux et u à mettre en fonctions tous les officiers qu'ils jugeront néces* « saires au succès des mesures qu'ils auront arrêtées. »

Le général de division Daboi» commandait toute la cavalerie.

ANNÉB ndd. 25

Charbonnier, étaient accusés d'avoir pris part à la rébellion et décrétés d'arrestation en même temps que Panis, Laignelot et Thirion (de la Moselle). Le 9, et les jours suivants les anciens membres du Comité de Salut public subissaient à leur tour les rigueurs du sort ; Carnot seul échappa. Le beau titre d'organisateur de la victoire que lui donna un de ses collègues indigné Tavait sauvé du décret de proscription. Le 17 juin, le drame finissait avec la vie de cinq des montagnards arrêtés ^ Tous les autres avaient réussi à se sauver.

A Paris, ce fut la péroraison. En province, celle-ci fut plus sanglante. Dans le Midi particulièrement, racharnement contre les patriotes devint excessif. Dans rOuest, on s'apprêtait à reprendre les armes.

En fait, y avait-il eu entente préalable des chefs du mouvement à Toulon et à Paris? Doulcet dans son discours du 27 mai, dit parfaitement : « Citoyens, « je dois vous faire remarquer que le 30 floréal, « les terroristes méditaient à Paris l'assassinat des « représentants du peuple qu'ils devaient exécuter « le lendemain et que c'est le 30 floréal , que les « terroristes ont levé dans Toulon l'étendard de la « révolte, que la constitution de 1793, qui était ici, « le cri de ralliement des révolutionnaires, l'était « aussi à Toulon, que le sang de l'un de nos collègues « a coulé à Paris et qu'un de nos collègues a perdu « la vie à Toulon. » De son côté, Fréron ajoutait: « Deux mille Provençaux étaient répandus dans « Paris, lors de la révolte, et mêlés aux séditieux. Us

1. Rorame, Goujon, Duquesnoy, Soubrany et Bourbotte furent exécutés le 17 juin. Uuhl s'était tué le 29 mai.

« étaient appelés par Escudier et Charbonnier. On « leur a entendu dire après la défaite des factieux : « nous n.'avons plus rien à faire ici, notre coup est « manqué; retournons dans le département duYar; à « la tète de ces brigands étaient les nommés Perferi et «Ferru^ » Évidemment, il y a de la passion politique dans ces récriminations de Doulcet et de Préron ; mais il est certain que s'il n*a pas existé de complot dans le sens absolu du mot, tout au moins il y a ea concordance dans le but à atteindre. La présence successive de Salicetti, de Ricord et de Charbonnier, à Toulon, à Marseille puis à Paris, en est la preuve convaincante. Quant à la participation au moins morale de Bonaparte, elle est tout aussi indéniable. Celui-ci avait quitté Marseille avec Tidée bien arrêtée de la réussite dii mouvement à Paris. « Je te prie, disait 41 à Gassendi^ au moment du «départ, de m'écrire comme à ton commission- « naire et de spécifier ce que tu préfères et ce que tu « désires que je fasse pour toi. » Triste commissionnaire en vérité que celui-là! Installé en permanence chez madame Permon, il attendait fiévreusement une solution favorable à ses désirs secrets.

On sait ce qulladvint. Le 3 prairial, ses amis étaient arrêtés ou en fuite. Salicetti restait caché chez leur amie commune, madame Permon, et ce fut seulement après la mort de ses collègues Romme et Duquesnoy, qu'il parvint à sortir de Paris*. Déguisé en domestique

1. Ce FerrUf ancien commissaire des guerres à Tarmée d'Italie, était à la tèt3 du rassemblement de la section de Montreuil, le 12 germinal (!•' avril 1795). Il fut décrété d'arrestation.

2. 18 juin 1"95 (80 prairial an III). Le décret d'amnistie est du ^6 octobre l'"/03 (4 brumaire).

• ANNIÎE 1795. Î7

il accompagna sa belle hôtesse et sa fille manies d'un passeport pour Bordeaux. De cette yille il gagna Toulouse, puis Cette où il s'embarqua sur la Convention,

En route madame Permon reçut la lettre suivante :

« Je n'ai jamais \oulu être pris pour dupe, je le serais à « Yos yeux s! je ne vous disais que je sais, depuis plus « de vingt jours, que Salicetli est caché chei vous, tt Rappelez-vous mes paroles, madame Permon, le jour « même du <<* prairial, j'en avais presque la certitude « morale. Maintenant je le sais positivement. Salicetti, tu « le vois: j'aurais pu te rendre le mal que tu m'as fait, « et^ en agissant ainsi, je me serais vengé, tandis que toi ff tu m'as fait du mal, sans que je t'eusse offensé. Quel est « le plus beau rôle en ce moment, du mien ou du tien? « Oui j'ai pu me venger et je ne l'ai pas fait. Peut-être « diras-tu que ta bienfaitrice te sert de sauvegarde. Il est « vrai que cette considération est puissante. Mais seul, « désarmé et proscrit, ta tête eût été sacrée pour moi. Va, « cherche en paix un asile où tu puisses revenir à de « meilleurs sentiments pour ta patrie. Ma bouche sera « fermée sur ton nom et ne s'ouvrira jamais. Repens-toi, « et surtout apprécie mes motifs. Je le mérite, car ils sont K nobles et généreux,

« Madame Permon, mes vœux vous suivent, ainsi que « votre enfant. Vous êtes deux êtres faibles, sans nulle « défense. Que la providence et les prières d'un ami « soient avec vous. Soyez surtout prudente et ne vous « arrêtez jamais dans les grandes villes.

« Adieu, recevez mes amitiés. »

Cette étrange missive, est-elle destinée à servir d'alibi? Est-elle la conséquence d'un dépit amoureux? 11 est assez difficile de le deviner. En tout cas, elle

forme une digne suite à celles adressées dans des mo ments aussi critiques, à propos de ses anciens bienfaiteurs Paoli et Robespierre.

« Tu auras appris, écrivait-il le 7 août précédent à « Tilly, la conspiration et la mort de Robespierre, « Gouthon, Saint-Just... J*ai été un peu affecté de la « catastrophe de Robespierre le jeune que j'aimais et « que je croyais pur ; mais fût-il mon père, je Teusse « poignardé moi-môme s'il aspirait à la tyrannie. »

Le caractère de Thomme parvient à se modifier avec le temps; ses instincts, jamais.

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