‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 29 sur 185 · BUONAPARTE · texte numérisé non relu

BUONAPARTE

J ai une parfaite connaissance de tous les faits avancés dans le mémoire. Je doute que Ton puisse trouver une personne animée par des principes d'un patriotisme plus pur et avec des dispositions plus propres à servir la république, d'une manière distinguée ^.

Paris, le 22 thermidor Tan III.

Luge Gasabiânga, Représentant du peuple.

Mais ce document a une autre importance. Il nous fournit la preuve de la variété des aptitudes dont les Bonaparte savent se parer, suivant la carrière à laquelle ils prétendent. Pour bien s'en rendre compte, il suffit de mettre en regard les états de service autographes du citoyen Joseph Bonaparte, à trois époques différentes. .

i. Mss. Arcbives étrangères.

Septembre 1793.

Aoftt 1795.

Joseph Bonaparte sol-

Joseph sollicite une

Joseph est proposé

licite un emploi

place de consul.

pour le grade de

colonel au 4' ré-

guerres •

État de tei services.

giment.

État de Hs servicet.

OfÛeier manielpal de sa commune.

État de ses services.

Lieutenant - colonel

Président de district.

élève d'arUUerie en

d'infanterie.

Juge au tribunal du

Nommé commissaire

district.

Officier d'état-major

des guerres de pre-

Membre du Direc-

en 1792.

mière classé (septem-

toire du département.

Adjudant chef de

bre 1793).

Procureur général

bataillon en 1793.

syndic.

Membre du Corps

Commissaire des

législatif en l'an Y.

guerres*.

Membre du Sénat conseryateur.

Grand-officier delà Légion d'honneur.

A fait les campagne s de 1793 et 1794.

Blessé légèrement au siège de Toulon.

Le tableau est complet. Il est pris sur le fait et peut s'appliquer aussi bien à Louis qu'à Napoléon.

Lucien, lui, est plus malheureux. Ce pauvre garçon înoffensif « mal fait, ayant des jambes et des bras « comme des pattes de faucheux, une petite taille, « la vue très basse, toujours souriant, » s'était cru à l'abri des effets de la réaction thermidorienne, parce qu'il habitait Saint-Ghamans où il exerçait les modestes fonctions d'inspecteur aux charrois. Mais

1. Pour être nommé commissaire des guerres de !'• classe, il fallait avoir rang de lieutenant-colonel dans l'armée active.

2. Joseph ne disait pas qu il avait été révoqué de ses fonctions en mai 1705.

Bruius-Lucîen était connu. Dénonciateur lui-même, il avait été dénoncé à son tour, puis arrêté et conduit aux prisons d'Aix. Or, à un moment où le massacre des patriotes s'y faisait avec une ponctualité désespérante, il y avait de quoi éprouver quelque émotion. Lucien la ressentit et fortement.

Atterré, il écrit partout, à sa mère, à ses frères. Il est comme affolé. Aussi, quel style de la part du frère du futur César I

Diê pHfOfif d^Àix I thermidor an UI (11 juillet 1795).

Au REPRÉSENTANT DU PEUPLE GhIAPPE.

Citoyen représentant,

« Du fondd'une prison où j*ai été traîné hier, je me « jette à vos pieds.

« J'ai été emprisonné par mesure de sûreté d'après « l'arrêté des représentants Chambon et Guérin, sur « l'ordre de la municipalité de Saint-Maximin, où je fus « membre du Comité. Mais je donnais ma démission trois « mois avant le 9 thermidor; mais dans le pays il ne se « commit jamais d'homicide légal, et on ne fit pas payer tt de contributions forcées; seulement, d'après la loi « tyrannique de ce temps, il y eut comme vous savez, « huit personnes incarcérées, qui sont aujourd'hui à la « municipalité. Donc, non le délit, mais des circonstances « malheureuses sont causes de mon emprisonnement.

« Cependant, citoyen représentant, à chaque instant « nous craignons de voir renouveler le massacre des pri- « sons. Je repose sur le matelas, sur la paille teinte du « sang des victimes assassinées il y a trois mois. Sans (< argent, je vois ma femme et ma fille malheureuses, « dépourvues de tout et affligées... Mes frères étant

« éloignés, je me trouve abandonné... Vous me restez seul « dans cette disgrâce. Ah! sauvez-moi de la mort. Con- « servez un concitoyen, père, époux, fils infortuné et « non coupable!!! Puisse dans le silence de la nuit mon « ombre pâle errer autour de vous et vous attendrir!... « Ecrivez à Isoard ou sauvez-moi vous-même.

« Je suis inspecteur de charrois; je ne pourrai être « légalement arrêté, mon service en souffre. Si vous me tt faisiez délivrer, je courrai avec ma femme à l'armée « d'Italie, embrasser vos pieds et vous offrir à jamais la « vie que vous m'auriez conservée.

« Je languis... j'attends... ma mère vous fera passer a cette lettre ; elle me fera passer votre réponse. Oh i (c sauvez-moi! »

a Votre malheureux concitoyen »

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