LUCIANO BUONAPARTE
Chiappe n'y pouvait rien. Mais, heureusement pour Lucien, Bonaparte était alors, par ses relations, en mesure de le tirer d'affaire. Cette fois encore, il se multiplie, court chez l'un, chez l'autre et finalement, grâce à Fréron, obtient de Barras l'ordre d'élargissement. « Un courrier qui part demain, dit-il à « Joseph, le 30 juillet, porte l'ordre du Comité de « sûreté générale de le mettre en liberté. Je vais « écrire à madame Isoard, qu'elle lui donne de « l'argent. Je le placerai à Paris, avant de partir. »
En somme, le ton des lettres de Bonaparte indique de sa part une certaine confiance dans l'avenir. Or, pour un officier général, qui aurait dû rejoindre son poste de combat dès les premiers jours d'avril, la prétention est étrange. Bonaparte, du reste, a si peu conscience de sa situation fausse qu'il écrit naïvement à son frère, le 9 août : « Il ne me manque que de pou-
« voir me trouver à quelque combat. Il faut que le « guerrier arrache des lauriers ou meure au lit de « gloire..» Ehî mais! ces lauriers, pourquoi n'allait-il pas les cueillir à côté de son chef, du glorieux vainqueur de Quiberon, le brave Hoche? En vérité, c'est déjà l'homme qui plus tard avouera cyniquement à sa femme que les règles du monde et ses convenances ne sont pas faites pour lui.
. Tous ces délais d'ailleurs n'avaient qu'un but, lui permettre d'atteindre le 4 août, ce fameux 4 août, c'est-à-dire l'époque du renouvellement du tiers du Comité et par suite, le départ d'Aubry, son collègue d'artillerie qu'il rend responsable de tous ses déboires. Ce qu'il veut, c'est rentrer dans son apcienne arme et retourner à Nice, de manière à se rapprocher de la famille et de la Corse. C'est dans cette intention qu'il a remis au Comité son mémoire sur la campagne prochaine.
« L'on fait passer des forces à l'armée d'Italie, « écrit-il à Joseph, le 25 juillet; désirerais-tu que j'y a allasse... Je t'envoie des lettres de Mariette, Fréron, « Barras... Si je vais à Nice, nous nous verrons. »
Le 1" août, il ajoute : « Demain , l'on renouvelle « quatre membres du Comité de Salut public; je « t'apprendrai leurs noms.
« La paix est faite avec l'Espagne, Naples et Parme. « Quarante mille hommes sont en marche de l'armée « des Pyrénées pour se rendre à Nice. Lon adopte « mes plans offensifs,,. L'on est généralement très « satisfait de la nouvelle Constitution, qui promet « bonheur, tranquillité et long avenir à la France... « Nul doute que peu à peu tout se rétablisse. Il faut « à ce pays-ci bien peu d'années pour cela, m. ' 5
« Ton ami James est à Paris. Que faîs-lu à Gênes? <( Qu'y dit-on ? Gomment s'amuse-t-on ? Je crois qu'il « y a une grande différence avec ce pays-ci, le centre « des sciences, des plaisirs, des arts et de la liberté « civile... Je voudrais faire venir Jérôme à Paris. 11 « n'en coûterait que douze cents francs par an. »
En résumé, Bonaparte est satisfait. Les quatre membres sortants du Comité, Treilhard, Gambacérès, Au* bry, et Tallien viennent d'être remplacés par Letourneur (de la Manche), Merlin (de Douai), Rewbell et Sieyès^. Dès le lendemain, Bonaparte adresse sa réclamation. Et quelle réclamation I
Paris, le 18 thermidor an Ht.