‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 44 sur 185 · III · texte numérisé non relu

III

74 BONAPARTB A PARIS.

brigade, rue des Fossés-Montmartre, maison de la liberté *.

i" jour complémentaire an Itl.

« La commission vous transmet ci-joint, citoyen, « ampîiation d'un arrêté du Comité de Salut Public du « 29 du mois dernier, par lequel il a décidé que vous w serez rayé de la liste des officiers généraux employés, « pour avoir refusé de vous rendre au poste qui vous a été « assigné. Vous voudrez bien accuser réception de cette « lettre. »

oc Salut et fraternité. »

La mesure était sévère. Elle n*était que juste. Que deviendrait une armée, en temps de guerre, si chaque officier général invoquait de prétendues raisons de santé pour refuser de se rendre à son poste de conibat afin de conspirer plus à son aise?

1. Mss. Archives nationales. La commission ne connaissait pas encore la nouvelle adresse du général, tout récemment déménagé*

CHAPITl^E TV

BONAPARTE A PARIS ^- (13 Vendémiaire)

D1STITU£, i5 SIPTBMBRB, — 4 OCTOBRI i795.

dilliaâL SE BaiGADB d'iNTAMTKRII, CQIfMAMAAMT IM SBCORD L'ARMIB DI

L'IMTÉRIEDB, 4 OCTOBBK> — 16 OCTOBBB 1795.

GiNiRAIi DV DIVISION FROVISOIBB, 16 OCTOBRB 1795.

G£N<BAL DB DIVISION, COMMANDANT BN CBBf L'ABMÉB DB L'lNTiBIBUB|

20 OCTOBRB 1795.

eâNÉBAL'BN CBBf DB I'aHM^B D'itALIB, 7 MAIS 1796.

Grandeur et décadence. — Erreur des thermidoriens. — Les regrets de Taristo cralie française, ;-- Continuation de ses intrigues à l'étrajiger. — Défaut de jugement du Vatican et de l'épiscopat. «^ Continuation des errements des chefs royalistes.-— Les bourgeois et les gç^nds scélérats. — Sages conseils de lord Granville et du duc d'Harcourt. — Double jeu du comte de Provence fc l'égard de TAngleterre. — Proclamation du comte de Provence. — 11 ne renonce à aucun de ses droits. —Ses illusions. — Ses lettres à la relue.

État de la France. — La constitution de l'an III. — Ses défauU. — Les roya< listes comptaient sur les élections nouvelles. — Débarquement du comte d'Artois. — Attitude des sections royalistes de Paris.

Les thermidoriens inquiets. — Bonaparte chez Barras. ~- Bonaparte redemande à aller à Constantinople, afin de pouvoir re|ter à Paris.

Gravité de la crise intérieure, le 1 1 vendémiaire. — Projets des royalistes. — Précautions prises par la Convention. -~ Elles sont insuffisantes. ^ Attitude de Bonaparte. — Ses tendances, ses intérêts. — Séance de nuit du 12 au 13 vendémiaire. — Barras nommé commandant en chef de l'armée de l'intérieur et Bonaparte commandant en second. -:- Journée du 13 vendémiaire. -:- Félicitations de la Convention au général Bonaparte. — Il est nommé provisoirement général de division, 16 octobre 4795, puis général de division commandant en chef l'armée de l'intérieur, 20 octobre 1795. • Son attitude. " Ses bienfaits pour toute sa famille. — LoUfs, aide de eamp. — Lucien et

Jérôme à Paris. «- Joseph proposé de nouTeau pour coniul. — Situation délicate de Bonaparte. —Jalousies qu'il inspire. — Changement dans ses habitudes. — Nécessité de s'imposera l'opinion par quelque action d'éclat i.

Se trouver en rapports journaliers d'intimité avec les membres dû Comité de Salut public, rêver fortune et mariage, et, le lendemain, se trouver subitement sur le pavé de Paris, sans position, sans ressources, qui plus est, flétri; en vérité, le coup était rude, la chute profonde, irréparable.

Aussi quel amer désenchantement dut éprouver cet inconscient*! Mais, nouveau sphynx, il semblait à chaque désastre renaître de ses cendres mêmes.

Cette fois encore, les événements allaient conspirer en sa faveur. Le 10 août lui avait permis d'être réintégré dans l'armée dont il avait été chassé et d'y rentrer avec un avancement inespéré ; le 13 vendémiaire allait .faire du destitué du 15 septembre le commandant en second de l'armée de l'intérieur, en attendant qu'il le fît le commandant en chef de l'armée d'Italie.

1. Événements principaux, — 5 octobre, journée dite du 13 vendémiaire; 25 octobre, création de l'Institut; 26 octobre, dernière séance de la Convention ; 28 octobre, première séance des deux Conseils; 1«' novembre, installation du Directoire; 23 novembre, bataille de Loano; 26 décembre, échange de Madame contre les Conventionnels prisonniers en Allemagne; 1" janvier 1796, institution d'un ministère de police.

La commission executive de la gueiTe prend fin le 20 octobre 1795. Pille remplit les fonctions de ministre de la guerre jusqu'au 3 novembre 1795. Aubert du Bayet le remplace, du 3 novembre au 8 février 1796, et Petiet, du 8 février 1796 au 23 juillet 1797.

2. Fait curieux I La correspondance de Joseph et de Napoléon qu'on a publiée, jusque-là si abondante, cesse tout à coup pendant cette période. Elle eût été pourtant bien intéressante à connaître, pour se rendre compte des sentiments intimes du jeune Corse.

En devenant les complices de leurs adversaires politiques au 1«' prairial pour satisfaire leurs propres rancunes, les thermidoriens avaient commis une faute dont ils commençaient à reconnaître la gravité. Un instant, néanmoins, ils purent croire à la fin de la guerre civile et à une pacification générale, lorsque le 9 thermidor, leur collègue TalHen vint sur la place de la Révolution, lire la dépêche de Lazare Hoche annonçant la destruction de Tarmée de la contre-révolution renfermée dans la presqu'île de Quiberon, et que le soir de ce grand jour la helle Notre-Dame de thermidor porta un toast « à Toubli des erreurs, au pardon des « injures et à la réconciliation de tous les patriotes. » Ils se trompaient. Les partis ne désarment pas, le parti royaliste et clérical moins que tout autre, car il représente non un principe, mais des intérêts.

On tient plus ici-bas à un privilège qu'à ses droits. Cette tendance est générale. Elle se retrouve à tous les degrés de l'échelle sociale. Elle se reproduit sous une autre forme de nos jours, à propos de la lutte entre l'homme et la femme.

L'âpreté des revendications de l'aristocratie française n'était donc, en réalité, que l'expression souvent exagérée des regrets des situations avantageuses, auxquelles elle était accoutumée par droit de naissance et qu'elle voyait perdues. A l'étranger cette conduite était sévèrement jugée. On l'exploitait, mais on la répudiait.

A l'intérieur, l'erreur d'une partie de la noblesse française était la même. Celle-ci ne se rendait pas compte du bouleversement complet et définitif qu'en deux années la Convention avait apporté dans les institutions et dans les mœurs. Elle ne formait plus

qu'une minorité, qui avait eu sa grandeur et sa nécessité. Un monde nouveau, celui du travail, venait de prendre sa place.

Ce défaut de jugement, Tépîscopat français et le Vatican le partageaient. Dans révolution humaine, la religion catholique avait joué un rôle immense et décisif. En venant promettre à toute la classe innombrable des souffrants et des esclaves Tégalité dans le ciel, elle avait résolu le premier terme de la question sociale. Elle avait changé la face du monde et modifié les rapports des hommes entre eux. En fait, elle avait été révolutionnaire avant la lettre, dans toute Tacception du mot. Mais, en cherchant plus tard à confisquer à son profit les privilèges de ceux qu'elle avait prétendu combattre et remplacer, elle avait pris les germes du mal dont elle devait périr à son tour. Avec la révolution, elle se trouvait en présence d'une autre religion, supérieure à la sienne, celle de l'humanité et du progrès. Ce dogme sublime de l'égalité dans le ciel avait fait place à un autre plus sublime encore et plus en rapport avec l'élévation du niveau moral : l'égalité sur terre de tous les hommes, quelle que soit leur couleur, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur croyance.

La religion eût pu s'approprier ce principe nouveau, qui n'était en réalité que l'application pratique et moderne des préceptes émis par ses initiateurs et par son maître Jésus. Elle ne saisit pas l'instant favorable. C'est le lot des institutions condamnées par le temps et atrophiées par la possession du pouvoir. Entre elle et la société civile le fossé était infranchissable. M. d'Hausson ville l'a dit : « Entre ces deux « maîtres impérieux, le pouvoir civil et le pouvoir

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« religieux, il n'y a point lieu à transaction. Il y a « entre eux toute la distance du ciel et de la terre. « Pour rÉglise romaine, c'est à peine si ce monde « existe, s'il vaut la peine qu'on s'en occupe. Ce qui « s'y passe n'importe qu'en raison de la vie future, « mais cette vie future, c'est elle seule qui en a la t( révélation. De là, suivant son inexorable logique, « le droit strict d'ordonner et de prescrire dès ici-bas « ce qui lui semble indispensable au salut des âmes. » De là, son alliance de plus en plus inéluctable avec les partis réactionnaires.

De cette erreur de point de vue, commune à l'aristocratie et à l'Église de France, se doutait-on dans l'entourage des princes de la maison de France, qui dirigeaient à l'étranger les mouvements de l'émigration et les conspirations de l'intérieur? non.

« Le peuple est sans consistance, écrivait au futur « Louis XVIII, l'un des chefs les plus éminents du « parti royaliste ^ Seuls, les bourgeois sont vraiment « dangereux. Ce sont eux qui constituent la classa « véritablement régnante...

« Toutefois, il faut distinguer. Il y a plusieurs « classes de bourgeois.

« 1® Celle des grands scélératSs,, les auteurs et les « instigateurs du grand crime de la révolution... Ils (( sont douze cents au plus...

« Cette classe est la plus dangereuse de toutes parce « qu'elle est composée en grande partie de gens pleins « d'audace, de ressources, etqui les emploient toutes, « quelqu'atroces qu'elles soient, pour maintenir

« l'ordre actuel et empêcher à quelque prix que ce

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