‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 57 sur 185 · Née en · texte numérisé non relu

Née en

Pagerie et madame Renaudin, sa tante et marraine. C'était en effet celle-ci qui avait songé à elle pour son filleul, le vicomte de Beauharnais (Alexandre). Ce jeune homme, à peine âgé de dix-huit ans, était le fils cadet d'un ami des deux familles, le marquis de Beauharnais ^ l'ancien gouverneur de la Martinique et des îles du Vent.

Ces Beauharnais étaient originaires de l'Orléanais. Le marquis avait deux fils', et une belle-sœur, fort connue du monde littéraire de Paris, la comtesse Fanny*.

Le marquis se montra tout d'abord peu disposé à accueillir les ouvertures de madame Renaudin. « J'au* (( rais fort désiré, disait-il, que l'ainée eût quelques « années de moins, elle aurait eu certainement la « préférence... Mais je vous avoue que mon fils, qui « n'a que dix-sept ans et demi trouve qu'une demoi- « selle de quinze ans est d'un âge trop rapproché du « sien. Ce sont des occasions où des parents sensés « sont forcés de céder aux circonstances... » M. de la Pagerie partagea cette manière de voir. On se décida pour la cadette. « L'ainée, répondit-il, sera « un peu affectée de la préférence... » Sur ces entrefaites, la troisième mourut et quand le père voulut

1. Sa femme était une dame Marie-Anne-Henriette Pivard du Chastelet.

2. Beauharnais (François, marquis de), né à la Rochelle en 1756, mort en 1846. Député de la noblesse aux États généraux, il émigra, servit sous Condé, devint son major général, revint en France sous l'Empire, refusa de se prêter aux vues de l'Empereur en Espagne, fut exilé en Sologne, mourut a;veugle.

Sa fille épousa M. de Lavalette, directeur général des postes.

3. Fanny (comtesse de Beauharnais), née à Paris en 1788, morte en 1813, fille d'un receveur des finances, mariée au comte de Beauharnais en 1753, séparée de son mari.

emmener la seconde, la mère se refusa à son départ. « ...On lui a si bien fait la leçon, dit M. de la Pagerie, « que je ne puis vaincre sa résistance à ce voyage... « ma fille cadette est une enfant qui ne répète que ce « qui lui est dicté par une mère qu'un attachement a aveugle conduit. Quant à Taînée, je n'ai osé lui « donner jusqu'à présent la préférence. » Celle-ci pourtant finit par l'emporter. Le 20 octobre 1779, elle débarquait à Bordeaux et six semaines après, le 13 décembre, elle devenait la femme du vicomte de Beauharnais, tout récemment gratifié d'une compagnie dans le régiment de la Sarre*.

A cette date, Bonaparte, âgé de dix ans, ne songeait encore qu'à élever des murailles de neige en compagnie de ses jeunes camarades de l'école de Brienne.

Aussitôt après le mariage, les jeunes époux allèrent habiter Paris, rue Thévenot, où vint au monde avant terme, Eugène-Rose, le futur vice-roi d'Italie*. L'entente ne fut pas longue dans le ménage, car deux ans plus tard, le vicomte s'embarquait pour l'Amérique, en qualité de volontaire sous les ordres du marquis de Bouille. Il laissait sa femme enceinte. LelO avrill783', en effet, celle-ci accouchait d'une fille, de celle qui, dans l'histoire, devait s'appeler la reine Hortense.

Quant au mari, il ne revint en France que pour plaider en séparation. Avait-il à se plaindre de Joséphine? Les torts des deux époux étaient-ils récipro-

l. Uacte de naissance de Joséphine est aux pièces à Tappui du tome I" de Bonaparte et son temps (p. 311). '

. 2. 2 septembre 1780 (voir t. !•').

8. 10 avril 1783 (voir tome !•'). Joséphine demeurait alors rue de la Pépinière.

ques? 11 est inutile de s'attarder à ces débats intimes» Le fait est que, pendant le procès, Joséphine alla résider à Tabbaye dePanthémont et que le parlement condamna M. de Beauharnais à payer à sa femme une pension de dix mille livres, avec facilité de ne pas cohabiter.

 la suite de ce jugement, Joséphine se retira à Fontainebleau, puis à la Martinique dans sa famille, en juin 1788. Elle yresta jusqu'àîamortdeson père, survenue en 1790 ^ L'année suivante, elle retournait à Paris, sur les instances de la tante Fanny *. Bien des événements s'étaient passés. Élu député de la noblesse aux États généraux, le vicomte de Beauharnais y avait joué un rôle important. Dans la nuit du 4 août, il s'était montré l'un des plus ardents promoteurs de la proclamation des droits. Nommé plusieurs fois président de l'Assemblée nationale, il avait fait de son hôtel de la rue de l'Université, un centre de réunion pour les députés libéraux. Dans cette situation, il eut souvent à regretter l'absence de sa femme. Celle-ci avait en effet tout ce qu'il fallait pour tenir un salon et son rang. Fut-ce cette perspective qui la décida? C'est probable; mais quand elle arriva, la

1. M. de Tascher mourut le 6 novembre 1790, comme le déclare « frère Marc, capucin, missionnaire apostolique, curé de la « paroisse de Notre-Dame de la Purification des Trois-Ilets. » L'acte mortuaire, rédigé le 7 novembre, qualifie Joseph-Gaspard Tascher de la Pagerie, « écuyer, ancien capitaine de dragons, « chevalier de la Croix de Saint-Louis... » (Archives de la Martinique, Rég. Martinique, 1773-1790, cahier 1790). Dictionnaire de Jal.

2. Madame de Beauharnais s'embarqua en 1791 sur le vaisseau que commandait le marquis de Bray. « Elle y était, écrit d'Aniraigues à Louis XVIII, avec un officier de marine de ses « amis, M. Scipion du Roure. » Mss. A. E.

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Constituante n'existait plus. Son mari venait de se retirer dans ses propriétés, à la Ferté-Imbault, en Sologne. Elle Ty suivit, jusqu'au jour où il fut nommé adjudant général à l'armée du Nord, puis appelé au commandement du camp de Soissons.

Devenu général en chef de Tarmée du Rhin, le citoyen Beauharnais fit tout le siège de Mayence , donna sa démission et revint dans ses terres. Dénoncé comme traître à la patrie et comme frère du major général de l'armée de Condé, il fut arrêté dans les premiers jours de l'année 1794. Pendant ce temps, Joséphine était retournée à Paris, toujours incertaine, toujours inquiète, ballottée entre le désir de fuir à l'étranger et celui de rester à proximité de ses affections. En 1793, elle eut l'idée d'envoyer ses enfants en Angleterre. Elle les fit même conduire dans ce but à Saint-Martin, près de Saint-Pol en Artois, chez une de ses amies, la princesse de Salm ; mais sur les conseils de son mari, elle les fit revenir et demeura cachée à Paris, jusqu'au jour où elle fut arrêtée et enfermée aux Carmes ^

Ses deux enfants avaient trouvé un refuge auprès de la belle Eglé, sa tante. Celle-ci, grâce à ses relations avec Gubières*, l'ex-ecclésiastique, l'ex-écuyer de la comtesse d'Artois, devenu membre de la Commune après le 10 août, n'avait pas été inquiétée.

On sait la fin de ce drame de la terreur. Le

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