‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 62 sur 185 · Mss. A. £. Mémoires inédits de- Lucien Bonaparte · texte numérisé non relu

Mss. A. £. Mémoires inédits de- Lucien Bonaparte

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Celui-ci d^ailleurs a toujours éprouvé un sentiment instinctif de répulsion pour les femmes-hommes. Or, cette créole, qui le regarde avec ses yeux voilés, comme la colombe fixe le serpent qui veut Tatteindre, luiplait. Il est heureux du trouble qu*il occasionne; en un mot, il aime dominer jusque dans son amour même.

Il alla donc rue Ghantereine, et y alla souvent. Après Vendémiaire, leurs rapports étaient ceux de gens du monde qui aiment à se rencontrer. Le 28 octobre, il écrivait à Joséphine : «Je ne conçois pas ce « qui a pu donner lieu à votre lettre. Je vous prie de « me faire le plaisir de croire que personne ne désire (( autant votre amitié que moi et n'est plus prêt que <( moi à faire quelque chose qui puisse le prouver. « Si mes occupations me l'avaient permis, je serais « venu moi-même porter ma lettre. » Depuis lors, les visites prirent un caractère d'assiduité qui n'échappa à personne. Quelques semaines avant le mariage, Bonaparte était passionnément épris, et quelle passion I « Je me réveille plein de toi, lui écrivait-il. Ton por- Ki trait et l'enivrante soirée d'hier n'ont point laissé « de repos à mes sens. Douce et incomparable José- « phine, quel effet bizarre faites-vous sur mon cœur; « vous fâchez-vous; vous vois-je triste, êtes-vous

« inquiète; mon âme est brisée de douleur et il

« n'est point de repos pour votre ami, mais en est-il « donc davantage pour moi, lorsque me livrant au « sentiment profond qui me maîtrise, je puise sur « vos lèvres, sur votre cœur, une flamme qui me « brûle ? Ah ! c'est cette nuit que je me suis bien « aperçu que votre portrait n'est pas vous. Tu pars à « midi, je te verrai dans trois heures. En attendant,

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t< mio dolce amor, un millier de baisers, maïs ne m'en « donne pas, car ils brûlent mon sang. » Certes, voilà du feu, de l'amour. Il est sincère, quoi qu'on en dise. Était-il clairvoyant? Il n'est pas permis de ne pas le supposer. Le bien-être dont est entourée Joséphine, bien-être qui dénote la fenjme élégante et coquette, n'a pas dû passer inaperçu devant lui. L'argent, pas plus que les hôtels et les maisons de campagne, ne tombent du ciel ici-bas. Et puis, Joséphine est dépensière, excessivement dépensière; le vainqueur d'Arcole et de Marengo ne s'en apercevra que trop, plus tard. Bonaparte d'ailleurs n'est pas un naïf. Ce qu'il a fait, il l'a fait en parfaite connaissance de cause. Joséphine lui a plu; il a voulu en faire sa femme, il l'a aimée avec la puissance et l'ardeur qu'il mettait à toute chose. Le reste lui importait peu. La femme qu'il honorait de son affection ne devait dater que de lui. En cela, il avait raison; Joséphine, par sa grâce, par son élégance, par sa science mondaine, était susceptible d'éveiller son affection. Du moment qu'il la faisait sienne, il n'avait qu'à se préoccuper du présent. L'avenir, il comptait le faire tel qu'elle n'aurait pas le temps de regretter le passé.

Le 9 février 1796 les bans furent publiés. Le 2 mars, le Directoire arrêtait que le général Bonaparte serait nommé général en chef de l'armée d'Italie^ Le 7,

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