Mss. Archives municipales de Sairit-Maximin
I Quinze floréal ao second DeTant moi J. S. Garnier, membre do
Conseil général de la commune de Marathoo, sont comparas pour contracter mariage :
D'nne part : Brutus Bonaparte^ âgé de 26 ans, patriote Corse, rérugié dans le continent, domicilié dans cette commune....
Lecture est faite : le de l'acte de naissance de Brntus Bonaparte en date du Si niai 1768, portant qu'il est né la reille dans la commune d' Ajaccio {sic).,
guillotiné! Quelle ironie du sort! Et, dans cette salle froide de mairie, quelles durent être les réflexions des assistants, en présence de cette jeune femme, dans tout l'éclat de sa maturité, venue elle aussi d'une île éloignée, pour unir sa destinée à celle de ce petit Corse aux cheveux plats, au regard d'acier, général en chef le 7, époux le 9, déjà prêt à partir le 10, bâclant en somme un mariage comme on fait un contrat de vente!
De famille, il n'en est question d'aucune part. Les parents de Joséphine sont absents. La mère de la mariée est toujours à laMartinique, et, par parenthèse, elle ne verra jamais sa fille, même quand celle-ci sera au faite des grandeurs ^
Du côté des Bonaparte, il en est de même. Aucun des frères n'assista à la cérémonie. « Notre mère, di* « Lucien, n'avait pas été contente du mariage de son « fils le général avec l'ex-marquise de Beauharnais. « La principale raison et même la seule, dont elle « convint avec nous, était qu'elle était trop âgée poui « son fils et qu'elle ne lui donnerait pas d'enfants. » Il fallut toute la volonté de Bonaparte pour obtenir des siens qu'ils se montrassent simplement polis à l'égard de la jeune femme.
Le 2 avril seulement, madame Letizîa se décida à lui adresser un^ lettre, dont les termes lui furent évi demment dicté», car la brave femme ne savait pas écrire en français : « J'ai reçu votre lettre, madame, « elle n'a pu qu'ajouter à l'idée que je m'étais formée « de vous. Mon fils m'avait appris son heureuse
1. Rose-Claire des Vergers de Sannois, veuve Tascher de la Pagerie^ décédée à la Martinique, le ^juin 1807^
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t< union , et dès ce moment vous eûtes avec mon « estime, mon approbation. Il ne manque à mon « bonheur que la satisfaction de vous voir. Soyez « assurée que j'ai pour vous toute la tendresse d'une « mère et que je vous chéris autant que mon fils...
« Mes filles se joignent à moi pour précipiter « l'heureuse époque de votre voyage... * »
Le 8 avril, ce fut au tour de Joseph de s'exécuter : « Madame, j'ai appris avec le plus vif intérêt votre « mariage avec mon frère. L'amitié qui m'unit à lui « ne me permettait pas d'être insensible au bonheur « qu'il trouvera avec vous. J'en suis aussi convaincu « que lui d'après l'idée que je me suis formé de « vous.
« Agréez, je vous prie, l'assurance des sentiments « fraternels avec lesquels je suis... votre beau frère*. »
Les convenances étaient sauvées; c'était tout ce qne pouvait exiger Bonaparte.
^ A Paris, deux jours après son mariage, il écrivait au président du Directoire, Letourneur :
« J'avais chargé le citoyen Barras d'instruire le Dircc- « toire exécutif de mon marîageavecla citoyenne Tascher « Beauharnais. La confiance que m'a mootrée le Directe toire dans toutes les circonstances me fait un devoir « de l'instruire de toutes mes actions. C'est un nouveau « lien qui m'attache à la patrie, c'est un gage de plus de « ma ferme résolution de ne trouver de salut que dans la « République'»,
« Salut et fraternité. »
1. Marseille, 12 germinal an IV. — A la citoyenne la Pagcrie, rue Chantereine, n» 4.
2, Gènes, 19 germinal an IV.
d» Ms8. A, N. Quartier général, Paris, SI ventôse aa IV
Le soir même, il partait en poste avec son aide de camp Junot et l'ordonnateur en chef Ghauvet. A Marseille, il descendit à l'hôtel Beauvau. Il y. fut reçu avec tous les honneurs par son ami Fréron, alors commissaire du gouvernement dans cette ville.
Que de changements depuis un an I Sa mère et ses sœurs étaient installées rue Paradis. Leur salon était devenu le rendez-vous des officiers de passage et des Corses qui tenaient à faire leur cour à la famille du général en chef de Tarmée d'Italie.
On parlait beaucoup de mariage, rue Paradis. Élîsa avait vingt ans. Elle était recherchée par un de ses compatriotes , Paschal Bacciochi. L'amiral Truguet , paraît-il, n'avait pas été agréé. « Franchement, dit « Lucien, je l'aurais pour le moins autant aimé que « ce bon et rebon Bacciochi, qui lui-même, malgré « l'excès de -sa bonacùé, n'aime au fond que son « violon, dont il racle, il est vraipassablement, mais « si souvent qu'il finit par faire prendre en grippe (( son innocent instrument et son voisinage. »
Pauline venait d'avoir seize ans. Elle possédait ce quelque chose d'attractif, qui a fait d'elle une des femmes les plus agréables de son temps. Elle était alors toute à ses amours avec Stanislas Fréron. Le jour même du mariage de son frère, elle écrivait au beau commissaire^ :
« J'ai été hier dans les grandes inquiétudes sur ta « santé, mon bon ami ; j'ai envoyé... ; mais trop bête, « il est revenu sans savoir comment tu te portais. « J'étais dans cet état lorsque Nonat vint. Je ne