I. Mss. A. G
seuls étaient donc en droit de donner des instructions sans appel.
IJ n'y a en effet que ceux qui sont au centre des affaires, qui peuvent juger de l'opportunité de tel ou tel mouvement. Dans un théâtre de lutte, qui s'étend de la mer du Nord à l'Adriatique, les armées sont comme les pièces d'un échiquier ; elles doivent rester dans la main du joueur, c'est-à-dire dans celle du pouvoir central, du gouvernement.
Le général qui opère sur l'Adda, ne sait pas ou sait mal ce qui se passe sur la Meuse. Il n'est point au courant des nouvelles survenues et des mobiles secrets de la politique. Ce n'est pas son rôle, d'ailleurs.
Comme les pièces de l'échiquier, chacune des armées a son action propre sur son théâtre d'opérations particulier, rien de plus. Leurs chefs respectifs sont là pour attaquer ou se défendre, en raison des forces dont dispose l'adversaire. Le droit de signer des traités ne leur appartient pas.
Actuellement, de semblables conflits d'attributions ne sont plus possibles. Le télégraphe, en supprimant les distances, a détruit du même coup ces sortes de résistances intéressées. Mais ce fait même, en démontrant la nécessité d'une centralisation intelligente, a prouvé l'obligation de préparer à l'avance la mobilisation des services «ivils et militaires, afin.d*éviter la période critique du passage du pied de paix au pied de guerre. Tant que ce travail n'aura pas été fait et bien fait, on pourra affirmer que la réorganisation militaire de la France n'est pas achevée.
De cette faute énorme en tout temps, les directeurs ne tardèrent pas à s'apercevoir. Dès le lendemain de cet aQte de condescendance, Bonaparte, sûr de sa
force, cessait de rendre compte aux directeurs et écrivait aux commissaires du gouvernement Gareau, et Salicetti : « Je vous prie de vous restreindre aux a fonctions qui vous sont prescrites. Quand vous étiez « représentants du peuple, vous aviez des pouvoirs « illimités; aujourd'hui, vous êtes commissaires du « gouvernement i. » Un mois plus tard, il ajoutait : « Il faut une unité de pensée militaire, diplomatique « et financière. Ici, il faut brûler, faire fusiller, pour « établir la terreur et donner un exemple éclatant... c< Vous sentez que lorsque chaque puissance , cha- « que municipalité s'adresse indistinctement à Tun « des commissaires et à moi, et que chacun y ré- « pond selon sa manière de voir, il n'est plus possible « qu'il y ait une seule pensée et que Ton suive un « même plan*... » Le Directoire céda encore. De ce jour allait commencer cette alternative de violences, de reproches et d'offres de démission qui donnent des rapports du général avec ses chefs une opinion si pénible.
« La chaleur est ici excessive, écrit-il à Carnot, « le 9 août, ma santé affaiblie. S'il est en France « un seul homme pur et de bonne foi qui puisse susce pecter mes intentions politiques et mettre du « doute sur ma marche , je renonce à cet instant « même au bonheur de servir ma patrie. Trois ou « quatre mois d'obscurité calmeront l'envie, réta-
« bliront ma santé Ce ne sera qu'en sortant à
« temps de l'armée d'Italie que je pourrai consacrer « le reste de ma vie à la défense de la Républi-