‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 82 sur 185 · Mss. A. G. 30 germinal an V · texte numérisé non relu

Mss. A. G. 30 germinal an V

166 BONAPARTE A L'ARMEB D'ITALIE.

i< pecté la mienne. Ma récompense est dans ma con* « science et dans Topinion de la postérité. »

En présence de cette mise en demeure, le Directoire ne sut que répondre : « Gomment est-il possible « que vous ayez accusé d'ingratitude et dlnjustice « envers vous le gouvernement qui n'a cessé de vous c( marquer la plus entière, comme la plus juste con- « fiance?

« Citoyen général, craignez que les conspirateurs « royalistes, au moment où peut-être ils empoison- « naient Hoche, n'aient essayé de jeter dans votre « âme des dégoûts et des défiances capables de privei « votre patrie des efforts de votre génie. Jamais elle « n'en eut tant besoin. Vous parlez de repos, de santé, « de démission? Le repos de la République vous « défend de penser au vôtre. Si la France n'est pas <( triomphante, si elle est réduite à faire une paix « honteuse, si le fruit de vos victoires est perdu, « alors, citoyen général, nous ne serons pas seule- « ment malades, nous serons morts.

« Non, le Directoire exécutif ne reçoit pas votre « démission. Non, vous n*avez pas besoin avec lui de « vous réfugier dans votre conscience et de recourir « au témoignage tardif de la postérité.

« Le Directoire exécutif croit à la vertu du général « Bonaparte, il s'y confie

« Au 18 fructidor, la France a repris place dans « l'Europe; elle a besoin de vous pour l'y maintenir.

« S'il pouvait vous rester du doute Mais non,

« citoyen général, vous ne devez plus en avoir au « moment où cette dépêche pourra vous parvenir, et « désormais, vous compterez sur le Directoire exé- « cutif, comme il compte sur vous. »

C'en était fait. Le petit général qui, dix-huit mois auparavant, était heureux d'accepter au prix d'un marché honteux la direction des opérations en Italie, régentait ses protecteurs de la veille. Du commandement modeste d'un corps d'armée, il avait réussi à faire un pouvoir exorbitant, grâce auquel il se croyait en droit de traiter de clerc à maître avec le gouvernement de sa patrie, en attendant qu*il se substituât à lui*

Discipline. — La possibilité seule de tels empiétements dénotait un état moral fâcheux dans l'armée. Le fait n'était que trop réel. Les proclamations de Bonaparte et les dépradations des officiers en sont autant de preuves convaincantes.

«Le républicain qui ne connaît pas de maître, » dit Hoche à ses soldats, au moment d'entrer en campagne contre les Vendéens, « mais qui chérit ses « devoirs, et dont la discipline sévère consiste dans « Fardent amour de son pays, les observe partout; « il protège les faibles contre l'oppression des -forts, « fait respecter rigidement les propriétés, console les « malheureux ; il fuit la volupté et l'ivresse, elles c( dégradent l'âme. Il ne connaît pas d'autre parure « que l'entretien de ses armes et de son vêtement. Il « est vainqueur ou il périt honorablement. »

« Le courage, » dit également Kléber dans l'une de ses proclamations, « ne doit pas être la seule vertu « qui vous caractérise; un amour ardent de vos « devoirs me répond de la discipline que vous obser- « verez dans le pays que vous allez conquérir. Les « propriétés des paisibles habitants des campagnes se- « ront donc respectées; vous ne souffrirez pas que des (( hommes ennemis de votre gloire, de votre honneur,

« ternissent vos victoires par des actions inclignes de « de l'humanité, se portent partottt au pillage et ne « présentent aux malheureux paysans que Thorrible « spectacle de ces hordes du Nord qui, jadis, ne « quittaient leur pays que pour porter chez leurs « voisins le fer, la flamme et tous les crimes qui « accompagnent Tanarchie et la licence; le soldat « français traite en frères ceux qui ne sont point « armés contre lui * I »

De la part du nouveau commandant en chef de larmée d'Italie, le procédé est tout autre. Ce n'est pa» aux nobles sentiments des soldats qu'il s'adresse, ce n'est ni l'amour du prochain ni celui de la patrie qu'il cherche à éveiller dans leur âme, c'est l'intérêt qu'il met en jeu, c'est la soif des richesses qu'il excite. La première de ses proclamations est tout une révélation. C'est l'éclosion d'un système; c'est l'ère des pronuîicïamentos qui s'ouvre.

« Soldats, leur dit-il, vous êtes nus, mal nourris; « le gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut « rien vous donner. Votre patience, le courage que « vous montrez au milieu de ces rochers, sont admi- « râbles ; mais ils ne vous procurent aucune gloire ; « aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je veux vous con- « duire dans les plus fertiles plaines du monde. De « 7^tches provinces, de grandes villes seront en votre a pouvoir; vous y trouverez honneur, gloire et richesses, « Soldats d'Italie, manqueriez-vous de courage ou « de constance 2? »

Page 1