‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 17 sur 144 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Là FAMILLE BONAPARTE.

Acte de foamission de Charles de Buonaparte à la France. ~ Origine itatienn« de la famille Buonaparte. — Noblesse de la famille. — Charles-Marie de Buonaparte. — Sa situation à la mort de Joseph de Buonaparte, son père. -— La succession Odone. — Maria«Lœlitia Bamollno. •— Sa famille. — Les Fesch. — Uariage de Cliarles de Buonaparte a^ec Laetitia Kamolino, le 2 juin 1764. — Naissance d'un fils, en 1765. — Naissance de Marie- Aune de Buonaparte, le 3 janvier 1767. — Charles de Buonaparte nommé assesseur. -^ Il Ta résider à Gorté. — Naissance de Nabulion de Buonaparte, le 7 janvier 1768. — Faite de Gorté, 20 mai 1769. -^ Soumission à la France, r- Naissance de Napoleone de Buonaparte, le 15 août 1769.

. Ce fut, le 23 mai 1769, que, pour la première fois, MM. de Vaux et de Marbeuf entrèrent en relation avec un Bonaparte. Le 21, ils avaient trouvé sur leur route la députation des gens de Corté. Le 23, ils reçurent celle des principaux habitants d*Ajaccio, MM. Nicolas Paravicini, Laurent Giubega, Damien Giubega, Dominique Arrighi, Jean -Thomas Boerio, Thomas Gervoni et Tavocat Charles-Marie de Buonaparte en faisaient partie. Tous alliés ou voisins, tous accourus à l'appel de Paoli, ils venaient, maintenant que la défense était reconnue impossible, faire acte de soumission aux vainqueurs.

Le mouvement était peut-être ^n peu précipité, mais il est juste d'observer que ce» nobles Ajac-

ciens n'étaient pas sans avoir quelque sujet de mé* contentement. Ils accusaient Paoli de les avoir entraînés dans une lutte inutile, et de leur avoir annoncé des secours qui n'étaient jamais arrivés. D'autre part, éloignés de leurs foyers depuis plus de six mois, ils éprouvaient le désir d'aller mettre ordre à leurs affaires. Pour Charles Bonaparte surtout, cet événement, comme nous aurons occasion de le faire voir, pouvait être un coup de fortupe. Il n'hésita donc pas, fut un des plus ardents pour la paix, et, lors de la visite à Corlé, se fit l'interprète de ses concitoyens. Il était dans son rôle et dans son caractère.

Charles Bonaparte avait alors vingt- trois ans. Il était ijié à Ajaccio, le 29 mars 1746. Sa famille était originaire de Sarzana, en Toscane. Ses ancêtres y avaient exercé de père en fils la profession d'homme de loi. A la fin du seizième siècle ^ l'un d'eux était venu s'établir à Ajaccio. Ses descendants y acquirent une réelle influence ^

Pendant les périodes de troubles et d'incertitude q\ie traversa la Corse, ils se montrèrent les zélés et dévoués partisans de la politique génoise. Ce fut à ce titre que la Sérénîssime République accoixla à Jérôme Biionaparte le titre d'egregium Hiei*ononimum et le droit de faire précéder de la particule de le nom de Buonaparte *.

1. Mss. Archives nafionales. Papiers de Tarmoire de fer A El, 15. Voir pièces à l'appui.

a. L'an 178^, leâôjuiov en vertu de l'arrêt du i5 novembre dernier, j'ai huissier, demeurant rue de Buonapaite, paroisse !5aiut-Marc...

Il y avait donc une rue Buonapat*te à Ajaecioî , 3. Mss. Archives nationales (armoire de fer). Voir pièces à Tapiiui. •

Joseph de Buonaparte, le père de Charles, s*était également fait délivrer, par le grand duc de Toscane, des lettres de noblesse, le 18 mai 1757 et le titre de patrîce, le 28 juin 1759. Au mois de mai de Tannée suivante, il avait été nommé l'un des Anciensde la ville d'Ajaccio *. Enfin, d'après le témoignage de Charles Bonapaj'te, les armes de la famille portaient : « la « conrrone de compte, Técusson fendu par deux barres « et deux etoilles, avec les lettrçs B. P. qui signifient « Buona Parte, le fond des armes rougeâtres, les « barres et les étotlles.bleu, les ombrements et la « rotirrone jaune*».

Tous ces Buonaparte vivaient peu. En un siècle, il en était mort successivement cinq. L'archidiacre Lucien, fait seul exception. Ils sont comme atteints d*une fièvre de mouvement et d'ambition qui les dévore. Le père et l'oncle • de Charles s'éteignent à quelques nïois d'intervalle. Ils ont à peine quarante ans. Charles lui-même succombera, à trente-neuf ans^ des suites d'un cancer à l'estomac.

Ce dernier s'était trouvé orphelin à dix-sept ans. Grand, élancé, d'une figure régulièrement belle *, il avait de l'esprit, de l'acquit et des connaissances^ mais, pour toutes ressources, l'appui de son oncle Lucien, le futur archidiacre d'Ajaccio, quelques pror

1. Mss. Archives nationales (annoire de fer). %. Mss. Archives nationales (armoire de fer). Voir pièces à l'appui.

3. Napoléon de Buonaparte^ oncle de Charles, avait épousé une demoiselle Ornano. Louis Omano, père du maréchal, avait épousé une demoiselle Buonaparte.

4. Deux portraits de Charles de Buonaparte existent au musée de Versailles; Tun est de Girodet, l'autre est un buste en marbre «l'Elias Robert.

priétés hypothéquées, situées dans la piève de Talavo, non loin du bourg de Bocognano et des espérances, basées sur cette fameuse succession Odone, qui devait jouer un si grand rôle dans les faits et gestes de la famille.

La mère de Charles était une demoiselle Virginie Odone, fille d'un Pierre Odene, riche propriétaire d'Ajaccio. Ce Pierre Odone avait deux enfants, une fille, Virginie, et un fils, Paul-Émile; à sa mort, il avait laissé tout son patrimoine, consistant en propriétés relativement considérables, sises autour d'Ajaccîo, à son fils, avec substitution à ladite Virginie et à ses enfants, dans le cas où ce fils s'éteindrait luimême sans enfants et où les enfants dudit Paul- Emile n'auraient pas d'héritiers.

Or, ce Paul-Émile était précisément mort sans postérité. Resté célibataire, dévenu dévot et l'ami des Jésuites, il leur avait laissé tous ses biens.

-^ Quand on est en leurs maios, la bourse est bientôt vide. »

Les bons pères s'empressèrent de prendre possession de ce nouveau butin, et, lorsque Joseph Bonaparte se présenta pour faire valoir les droits de sa femme et de son fils, ils répondirent par une fin de non-recevoir. Sur ces entrefaites, Virginie Odone mourut à son tour et Joseph Bonaparte se trouva seul pour soutenir le procès qu'il s'était décidé à commencer. Mais on sait ce qu'adviennent, même de nos jours, les compétitions pareiJles entre particuliers et communautés. Au dix-huitième siècle, les chances d'insuccès étaient encore plus grandes. Joseph Bonaparte y perdit donc et la santé et son argent, ne lé-

^ant à son fils que des affaires en litige et une haine profonde pour les Jésuites et leur doctrine.

A Ajaccio, Charles rencontrait souvent une belle jeune fille, aux traits accentués, à la démarche imposante, mademoiselle Laetitia Ramolino. Sérieuse autant que Charles Bonaparte Tétait peu, énergique autant que celui-ci était faible, en un mot, aussi Corse que son jeune ami était Italien, mademoiselle Ramolino présentait, au point de vue du caractère et de rinstruction, plus d'un contraste avec son prétendu. Au physique, ils formaient un fort beau couple. Elle avait quinze ans ^, et lui, dix-huit. C'est Tâge de l'amour, dans ces pays brûlés par le soleil. Mademoiselle Ramolino possédait quelque bien. A la mort de son père, Jean-Jérôme, dont elle était fille ur ique, elle avait hérité de la maison paternelle et de vignobles, situés aux environs de la ville. Sa mère, née Marie- Anne Bianelli, jeune encore, s'était remariée avec un exr capitaine Suisse, à la solde de Gènes, établi définitivement dans Tîle. Elle venait de lui donner un frère utérin, Joseph Fesch*. Tout concourait donc à faciliter l'union des deux jeunes gens. Charles Buonaparte se présenta; sa demande fut accueillie, et l'union célébrée le 2 juin 1764 '.

1. Lœtitia Ramolino, née, le 24 août 1749, morte à Rome en 1336. On a d*elle deux portraits peints par Gérard et une statue due au ciseau de Canova.

2. Né à Ajaccio, le 3 janvier 1763, archidiacre en 1791, commissaire des guerres- en 1793, rentré dans les ordres en 1799, archevêque de Lyon, cardinal, pair de France, en 1815, retiré à Rome en 1815, où il mourut d'un «jquirrhe à l'estomac, en 1839, conune Charles Bonaparte.

Son père, François Fesch, était né à Bâle. Il était protestant et •'était converii pour épouser la belle-mère de Charles Bonaparte.

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