‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 33 sur 144 · Lucien ajoute · texte numérisé non relu

Lucien ajoute

« Mon cher oncle, c Je suis arrivé à brienne il y a trois jours, le premier moment

Tout y est dans cette lettre, la netteté, la précision, la volonté et l'ardent désir de la fortune. Les images abondent; les arguments se pressent. Il prétend déjà régenter sa famille, ainsi qu'il le fera plus tard sans y mettre tant de formes.

Ce q^i paraît le frapper surtout dans le renoncement de Joseph à Fétat ecclésiastique, c'est l'abandon d'un bien-être assuré. c< Monseigneur l'évêque d'Autun « lui aurait donné un gros bénéfice, il était sûr d'être « évêçue. Quels avantages pour la famille ! h et plus loin, en post-scriptum : « Il faut espérer que Joseph « prendra le bon parti et sera le soutien de notre « famille. Représentez-lui un peu tous ces avantages. »

Quant au sentiment de profond mépris si vertement manifesté par lui pour l'arme de l'infanterie, il est assez étrange, pour mériter qu'on en recherche le point de départ.

Il n'a quitté Ajaccio que pour entrer à Brienne. Or, avec ses camarades, il n'avait guère de conversation. D'ailleurs, qu'auraient pu lui dire ces enfants sans expérience ? C'est donc uniquement en Corse, à la suite des récits des gens de la maison sur l'attitude parfois bizarre de ces officiers fraîchement débarqués et posant en vainqueurs dans les rues d'une ville

de loisir que/ûi remployé à vous remercier des bontés que vous m'avez de tous tems témoigné a vous prier de me les continuer je tacherai de m'en rendre digne en m'appliquant de plus en plus à mes devoires et en contentant mes maître le plus qu'il me sera possible.

« Je finie en vous souhaitant une santé aussi parfaite que la mienne, mon cher oncle.

« Votre très humble et très obéissant serviteur et neveu.

« LOCCJANO DI BUONAPAllTE. »

ANNÉE 1784. lei

nouvellement conquise, qu'il a pu se former une opinion pareille. Peut-être même, étant enfant, a-t-il assisté à quelque rixe, assez fréquente en ce temps-là entre militaires et citadins? Tout est possible de la part d'un enfant dont les impressions sont si vives.

Pour le moment, la situation de Napoléon àBrienne était assez délicate. La mort de l'inspecteur, M. de Keralio, avait bouleversé toutes les propositions. Le nombre des concurrents pour les places à donner dans la marine était considérable. M. de Keralio n'étant plus là, le choix se porta sur des candidats mieux appuyés. Napoléon fut éliminé et maintenu à Técole jusqu'à la promotion suivante. On le mit, il est vrai, à la tête d'un peloton ; mais c'était du temps de perdu. Or Lucien allait entrer à Brienne. Que faire? Sur le conseil du Père supérieur, Charles Bonaparte se décida à adresser au ministre une nouvelle supplique^ :

« Monseigneur,

« Charles Bonaparte d'Ajaccio en Corse, réduitàrindîgence par Tentreprise du dessèchement de salines et par l'injustice des jésuites qui lui enlevèrent la successîoa Odonna, à lui dévolue, et affectée aujourd'hui à l'iustruclion publique, a l'honneur de vous représenter que son Ris cadet se trouve depuis six ans à l'école royale militaire de Brienne, qu'il s'y est toujours comporté d'une manière distinguée, comme il vous est aisé, Monseigneur, de le connaître, en vous faisant rapporter ses notes, que, suivant le conseil de M. le comte de Marbeuf, il a tourné ses études du cèté de la mariiio. Il a si bien réussi, qu'il avait

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