‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 37 sur 144 · Mss. Archives de la guerre · texte numérisé non relu

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fait loueur votre prompt retour en Corse et m'ont consolé tout-à-fait. D'ailleurs étant assuré de la continuation de vos bontés et de votre attachement et empressement à me faire sortir et seconder en ce qui peut me faire plaisir, comment neserais-je pas bien aise et content? Au reste jo m'empresse de vous demander des nouvelles des effets que les eaux ont fait sur votre santé et de vous assurer de mon respectueux attachement et de mon éternelle reconnaissance. M

«Je suis charmé que Joseph soit venu en Corse avec vous, pourvu qu'il soit ici le !«' novembre... Joseph peut venir ici parce que le père Patrault, mon maître de mathématiques que vous connaissez, ne partira point. En conséquence, monsieur le principal m'a chargé de vous assurer qu'il sera très bien reçu ici et qu'en toute sûreté, il peut venir. Le père Patrault est un excellent maître de mathématiques et il m*a assuré particulièrement qu'il s'en chargerait avec plaisir; et si mon frère veut travailler, nous pourrons aller ensemble à l'examen d'artillerie. Vous n'aurez aucune démarche à faire pour moi, puisque je suis élève simplement. II faudrait en faire pour Joseph, mais puisque vous avez une lettre pour lui, tout est dit. Ainsi, mon cher père, j'espère que vous préférerez le placer à Brienne, plutôt qu'à Metz, pour plusieurs raisons :

« io Parce que cela sera une consolation pour Joseph, Lucien et moi ;

« 2® Parce que vous serez obligé d'écrire au principal de Metz ce qui retardera encore, puisqu'il vous faudra attendre sa réponse ;

« 3» 11 n'est pas ordinaire à Metz d'apprendre ce qu'il faut que Joseph sache pour l'examen, en six mois ; en conséquence, comme mon frère ne sait rien en mathématiques, on le- mettrait avec des enfants, ce qui le dégoûterait. Ces raisons et beaucoup d'autres doivent vous engagera l'envoyer ici; d'autant plus qu'il sera mieux. Ainsi, j'espère qu'avant la fin d'octobre j'embrasserai

Joseph. Du reste, il peut fort bien ne partir de Corse que le 26 ou le 27 octobre, pour être ici le 12 ou 13 novembre prochain. » ^

« Je vous prie de me faire passer Boswel ^Histoire de Corse) avec d^autres histoires ou mémoires touchant ce mémoire. Vous n'avez rien à craindre ; j'en aurai soin et les rapporterai en Corse avec moi, quand j'y viendrai, fût-ce dans six ans. »

« Adieu, mon cher père : Chevalier vous embrasse de tout son cœur. Il travaille fort bien ; il a foi't bien su à l'exercice public. Monsieur l'inspecleur sera ici le 15 ou le 16 au plus tard de ce. mois , c'est-à-dire dans trois jours. Aussitôt qu'il sera parti, je vous manderai ce qu'il m'a dit. Présentez mes respects à niinana Saveria, zîa Geltrude, zio Nicolino, zia Torita, etc. Mes compliments à minana Francesca, Santo, Giovanna, Orezio; je vous prie d'avoir soin d'eux. Donnez-moi de leurs nouvelles et dites-moi s'ils sont à leur aise. Je finis en vous souhaitant une aussi bonne santé que la mienne. »

« Votre très humble et très obéissant, T. C. et fils,

DE BuoNAPARTB, l'arrière-cadet.

Cette lettre est aussi intéressante que la précédente. Elle nous montre Napoléon sous un jour différent de celui sous lequel nous l'avons entrevu jusqu'ici. Pour la première fois, il est affectueux dans sa correspondance. On sent que la visite du père et de la sœur ainsi que le voisinage du gai Lucien ont exercé une heureuse influence sur le jeune solitaire de Brienne. Comme toujours, le contenu de sa missive est précis et méthodique. Il indique des solutions^ donne presque des ordres et énumère les raisons qui doivent faire adopter son opinion. Mais le passage le plus curieux est relatif à Thistoire et aux mémoires

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fnir la Corse, dont il réclame l'envoi. Bonaparte a déjà en tète l'ouvrage qui deviendra le but de toute sa jeunesse. « Vous n'avez rien à craindre, j'en aurai « soin et les rapporterai en Corse, quand j'y revien- « drai, fût-ce dans six ans. »

Quatre jours après avoir écrit à son père, Bonaparte passait son nouvel examen devant M. Regnaud de Mons, le successeur de M. de Keralio. Il fût reçu et proposé pour l'arme de l'artillerie. Un mois plus tard, il recevait l'ordre de se rendre à l'École militaire de Paris. La note de sortie de l'école de Brienne qui le coacerne, était ainsi conçue :

« Napoléon Bonaparte est entré à Técole royale militaire de Brienne-le-Château, à l'âge de neuf aus, huit mois, cinq jours ; il y a passé cinq ans, cinq mois, vingtsept jours, et en est sorti à Tâge de quinze ans, deux mois, deux jours, pour se rendre à l'école militaire de Paris, ainsi qu'il conste par l'extrait suivant tiré du registre de sortie des élèves du roi. »

« Le 17 octobre 1784 est sorti de l'école royale militaire de Brienne M. Napoléon de Buonaparte, écuyer, né en la ville d'Ajaccio, en l'île de Corse, le 15 août 1769, fils de noble Charles Marie de Buonaparte, député de la noblesse de Corse, demeurant en la dite ville d'Ajaccio, et de dame Lœtitia Ramolino, sa mère, suivant l'acte porté au registre de réception, folio 31, reçu dans cet établissement, le 23 avril 1779. »

« Le môme jour sont sortis avec Napoléon de Buona» parte, pour se rendre à l'école militaire de Paris, MM, Ni* colas Laurent de Montarby, Jean Joseph de Gomminges, Henri Alexandre Léopold de Castries , Pierre François Marie Laugier de Bellecourt. »

l. Note de M. Berton, sous-principal du collège de Brienne-

Le 19, Bonaparte était à Paris. Il se présentait le même jour à ses chefs; mais il ne put être admis. Sa lettre de service ne lui parvint que le 23 octobre.

A monsieur le marquis de Timbrune, inspecteur général de mes écoles royales d'artillerie.

Monsieur de Timbrune,

« Ayant donné à Napoleone de Duonaparte, né la \^ août 1769, une place de cadet-gentilhomme, dans ia compagnie des Cadets-gentilshommes établie en mou école royale militaire ; »

« Je vous écris cette lettre pour vous dire que vous ayez à le recevoir et faire reconnaître en ladite place de tous ceux et ainsi qu'il appartiendra ; et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, monsieur te marquis de Timbrune, en sa sainte garde. » Écrit à Versailles, le 22 octobre 1784.

Louis.

Le maréchal de Ségur.

Le 23 au soir, Bonaparte faisait donc son entrée à VEcole, en même temps que MM. de Montarby de Dampierre, de Gomminges, de Laugier de Bellecourt et deCastries^

Dans quelles «dispositions intellectuelles et morales allait-il faire partie de cette noble compagnie?

Son caractère un instant adouci par la présence de son frère avait conservé sa rudesse primitive. Son dernier examinateur l'avait jugé tel que nous Ta dépeint sa correspondance, lorsqu'il lui avait

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