mars
Il n'y eut plus que 18 grands gouvernements pour les prin(;es,
raître sa grande ordonnance portant règlement sur les recrues, les engagements, les remontes, la discipline, la police intérieure, les récompenses, les punitions, la nomination aux emplois vacants, les congés, les semestres, les revues des commissaires des guerres et des officiers généraux etc.. Malheureusement, rédigée sans méthode et sans ordre, contenant d'excellentes prescriptions à côté d'autres tout-à-fait puériles et se ressentant trop des habitudes contractées par le ministre à l'étranger, elle manqua le but et souleva des récriminations générales.
« Sa Majesté, lisait-on à l'article 3 du titre 6, con- « vaincue que le luxe est un principe de corruption, « enjoint aux officiers généraux, employés près de « ses troupes et aux commandants des corps, de ne « point permettre que ceux qui leur seront subor- « donnés, excèdent en dépenses le montant de leurs « appointements, ni que ceux qui sont riches de leur « propre fonds humilient leurs camarades par des « dépenses qui ne conviennent pas à leur grade... « Sa Majesté défend tous les jeux de hasard et ceux « de commerce qui excéderaient les bornes conve- « nables. »
Tout y était dans Ce rapport, des coups de plat de sabre, des menus de dîner pour les officiers, la coupe des moustaches, le port de la queue, la coiffure et le fameux quadricorne. On en fit des gorges chaudes dans les boudoirs de la reine et les petites maisons du
avec traitement de 60,000 livres ; 21 autres à 30,000 livres, pour les lieutenants généraux, 114 gouvernements variant de 12 à 10,000 livres, 176 lieutenants de roi, 147 majorités, 144 aidesmajorités et 184 sous-aides-majorités, sans compter les gouvernements spéciaux de Paris et de Monaco.
comte d'Artois. « N'est-il pas fou, disait-on, d'or- « donner à vingt mille officiers de vivre comme des a capucins, lorsque la première éducation qu'on i( donne à un gentilhomme sortant du collège est de « lui apprendre à plaire au sexe pour le séduire, « lors qu'en arrivant dans la garnison il croit que le « militaire le plus fêté, le plus exalté est celui qui a « ce qu'on appelle le plus de bonnes fortunes, c'est-
« à-dire, qui a le plus déshonoré de femmes Un
<c régiment en quittant une ville donne des rensei- « gnements à celui qui le suit sur les familles où « l'on peut s'introduire et se ménager quelque con- « quête. »
Règlements et ministre tombèrent vite sous le ridicule. Six mois plus tard, on ne pensait déjà plus aux fameuses circulaires et à cet honnête et naïf général. Grades, faveurs, emplois inutiles, se distribuèrent à nouveau dans les antichambres des puissants du jour. L'augmentation toujours croissante du personnel élevé de l'armée en est une preuve bien flagrante.
En 1776, on comptait cinq cent trente-cinq officiers généraux, dont vingt maréchaux de France, cent quatre-vingt-seize lieutenants-généraux, et trois cent soixante-quatre maréchaux des camps et armées. En 1780, le nombre des brigadiers était porté à cinq .cent vingt -cinq et celui des officiers d'état-major à quinze cent onze. Plus tard, ces chifi'res passèrent successivement de cinq cent quatorze en 1784, à sept cent trente-huit en 1788 et neuf cent soixantesix en 1789 pour les généraux ; de seize cent soixante et onze à dix -neuf cent dix-huit pour les états-majors, aux époques correspondantes. Ce total donnait
une proportion d'un officier d'état -major pouf soixante-quinze hommes et d'un officier général pour cent cinquante sept.
Mais ce qui devait achever de jeter la déconsidération sur le personnel des cadres, ce fut l'étrange idée qu'on eut de vouloir rejeter du sein de l'armée les fils de bourgeois assez mal avisés pour s'être permis de s'y glisser. Le moment, il faut l'avouer, était assez mal choisi. Le 22 mai 1781, en effet, les vingt-quatre inspecteurs généraux rendirent compte au roi des plaintes d'une noblesse qui voyait avec amertume le tiers état s'introduire dans ces rangs privilégiés, à l'aide de certificats signés par quatre gentilshommes, a Ces certificats, disaient-ils, se donnent « fréquemment par des jeunes gentilshommes obérés « et qui trouvent ainsi le moyen de se libérer de leurs « dettes. Cette fraude insupportable prive la noblesse « pauvre de tout moyen d'obtenir des emplois que « leur enlèvent journellement les jeunes riches du « tiers état. » Tout inféodé qu'il fût aux idées de caste de son monde, le ministre de la guerre, M. de Ségur, n'était pas sans se rendre compte de l'exagération et du danger de semblables prétentions. « La fraude dont (c on se plaint, répondit-il avec beaucoup de bon sens « au rois fût-elle aussi fréquente qu'on le suppose, ne « ferait que prouver l'impossibilité de conserver un « ordre de choses que tout le monde veut éluder, parce « qu'il n'est plus en harmonie avec nos mœurs, avec « les progrès en instruction et en richesses d'un tiers « état qui s'offense de cette humiliation. Gomment « voulez-vous qu'on supporte l'idée de voir que le