‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 51 sur 144 · ilss. Archives de la guerre, 22 mai · texte numérisé non relu

ilss. Archives de la guerre, 22 mai

« fils d'un magistrat respectable, d'un négociant « fortuné, d'un intendant de province, chargé d'une « des pl?j3 importantes branches de l'administration, « soit condamné à ne servir l'État que comme soldat « ou a ne parvenir au grade d'officier qu'à un âge « avancé, après avoirvieilli dans les rangs les plus sub- « alternes. Il vaudrait bien mieux attaquer le pré- « jugé déraisonnable qui ruine toute la noblesse, en « ne lui permettant d'autre activité que celle des « armes. La loi dont elle réclame l'exécution tombe « en désuétude parce qu'elle est contraire aux mœurs « du temps ; et vainement voudrait-on la ressusciter, u il ne serait ni raisonnable ni juste de vouloir lui « rendre de nouvelles forces; au fond, elle est inutile, « car, quoi qu'on en dise, la noblesse sera toujours « sûre, par sa position, par son crédit, d'obtenir la « préférence pour le plus grand nombre de nomina- « tions, et de plus, cette loi ressuscitée, sans satis- 4i faire toutes les prétentions des -classes privilégiées, « exciterait le mécontentement général de toutes les «autres. »

Ces observations raisonnables n'étaient guère du goût des habitués d'une cour affolée, dont les conseils se recrutaient auprès des jeunes servants d'une reine étrangère, sans expérience, et des compagnons de plaisir des princes du sang et de leurs maîtresses en titre. M. de Ségur en fut pour ses frais d'éloquence. Le 22 mai 1781, Louis XYI signait le décret portant création d'une troisième place de souslieutenant dans les corps de troupes. D'après les considérants, tout sujet proposé pour ce grade devait faire preuve de quatre générations de noblesse paternelle, à moins qu'il ne fût fils de chevalier de Saint-

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Louis. « Par une singulière fatalité, dit un historien « royaliste^, ou plutôt par une grave inconséquence, « Louis XVI, malgré ses principes populaires, fut con» « duit à établir une démarcation plus injurieuse et « plus inique, entre les militaires nobles et les mili« « taires roturiers. Un règlement proposé par un sage « administrateur, M. le marquis de Ségur, ministre « de la guerre, et qui devait améliorer le sort des offi- « ciers de fortune, après avoir été longtemps discuté i dans les conseils du roi, fut détourné de son but. « On ne se souvint plus des Ghevert et des Faberl, et « l'on rappela dans toutes leurs rigueurs d'anciennes « ordonnances, qui réserveraient exclusivement aux « nobles les grades militaires. Dès lors, il y eut dans c< l'armée une scission secrète plus dangereuse que « ne l'était celle du clergé. Le corps des bas officiers « attendit et trouva l'occasion de montrer ses titres « de gloire. »

Avec de tels éléments comme personnel, il était évidemment impossible d'espérer une organisation militaire simple et logique. Des enrôlements insuffisants pour permettre de porter les effectifs des régiments à leur complet de guerre, des changements de garnison perpétuels basés sur l'arbitraire et le plus souvent sur la nécessité où se trouvait le ministre d'équilibrer son budget en faisant vivre les troupes sur le pays, des magasins vides, un armement incomplet et composé d'engins de toute époque, des gouvernements multipliés, tel était l'agencement de l'armée.

1. Lac}'etelle(?.-U.), Meta. 1751 —1824. député à l'Assemblée législative.

- ANNÊB 1785. U5

Les conséquences- de cet état de choses, on ne les avait que trop constatées, le jour où les troupes avaient eu affaire aux corps mieux préparés de Frédéric IL La déroute avait été complète, Timpéritie du commandement flagrante, le traité de paix honteux; mais la leçon, paraît-il, n'était pas encore suffisante. 11 ne pouvait en être autrement.

L'armée qui venait de prendre part à la guerre n'était autre que celle de Louis XIV. Elle avait fait son temps. Elle avait été l'expression du système de centralisation créé par Richelieu et continué par Mazarin, Le Tellier et de Lyonne. Gomme la royauté absolue de Louis XIII et de Louis XIV, elle marquait une étape nécessaire dans l'évolution de la société icançaise. Dans ce suprême eff'ort de la féodalité contre l'atitorité royale, Turenne et Gondé, le jour de la bataille des Dunes, s'étaient trouvés les derniers champions de ces deux grands intérêts.

Or, de cette gloire naissante, de ces victoires remportées par cette jeune et brillante armée sur tous les champs de bataille de l'Europe, Louis XIV devait recueillir Tauréole grandiose, comme cent cinquante ans plus tard, Bonaparte allait profiter, pour étonner le monde, de ce merveilleux instrument de guerre, forgé par la Convention.

En 1785, l'armée des Turenne et des Catinat était aussi vieille que le régime dont elle était la représentation. Après le traité de Paris, des officiers de mérite^ tels que Gribeauval, Guibert, de Broglie,de Saint- Germain, etc., avaient tout tenté pour faire accepter les réformes nécessaires.

Frappés des avantages de l'organisation de l'armée prussienne où tout était préparé à Tavance, où Tan*.

née se passait en travaux de toute sorte, en manœuvres et représentations sur le terrain de petites guerres en miniature, ils voulurent introduire ces usages en France. Ils n'y réussirent pas. La noblesse, insouciante et légère, se montra rebelle à ces études de la paix. D'ailleurs, ceux-là même qui avaient fait le mal ou l'avaient laissé faire, prétendaient seuls au droit de le réparer. Or, il eût fallu commencer par changer tout le haut personnel du secrétariat de la guerre, inféodé aux anciennes idées, et le remplacer par ceux qui avaient eu le courage de signaler le» défauts du mécanisme. C'était trop demander à la faiblesse du pouvoir et à la conscience de fonctionnaires sceptiques.

On songea bien un instant à utiliser ces milices nationales dont l'emploi avait sauvé l'armée d'un désastre irréparable en 1709 et 1757 ^

Celte nécessité d'une armée auxiliaire sédentaire, destinée à combler les vides de la portion active et à assurer la défense des frontières, s'imposait en effet depuis longtemps à l'esprit de ceux qui prenaient encore à cœur les affaires militaires. Les désastres de la fin durèg^e de Louis XIV, et les bons services rendus par ces manants qu'on était toujours heureux de retrouver à l'heure du danger, avaient fait décider la formation des milices. Instituées par ordonnance du

1. « La trop faible espèce de soldats dont Tarmée se trouva « composée en 1757 fit périr pendant cette guerre plus de cin- « quante mille hommes, dans les hôpitaux, et ce ne fut qu'après « une incorporation de quarante-neuf bataillons' de milices qua «V Tarmée prit de la consistance et résista aux campagnes «' suivantes. » Mss. Archives de la guerre. Comité militaire, aVi4i 1790. ..

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25 février 1726, elles furent licenciées le 29 novembre 1762, rétablies le 27 novembre 1765 et de nouveau supprimées le 4 août 1771 , pour faire place à quarante sept régiments provinciaux au lieu des cent cinq anciens bataillons. Douze de ces régiments furent à trois bataillons, trente-trois à deux et deux à un. Ils prirent tous rang avant ceux d'infanterie créés depuis le 25 février 1726. Deux années plus tard, le 19 octobre 177^, leur nombre était porté à cinquante-trois et la force de chaque bataillon à sept cent vingt hommes.

Cette modification n'avait rien de sérieux. Elle ne répondait qu*à un but : permettre de donner dea grades et des emplois de colonel à des officiers toujours en quête d'avancement. Dans les provinces elle avait été mal accueillie, car cette charge, dont les trois ordres étaient exempts, retombait comme tou-^ jours sur les paysans. D'une institution nécessaire, on avait donc réussi à constituer un mode nouveau d'exaction, mode d'autant plus douloureux qu'il était basé sur l'inégalité des classes.

« La loi, pour tous égale, est la seule acceptable. »

Aussi cette disposition fut l'objet de réclamations générales, lors de la rédaction des cahiers des charges.

Le comte de Saint-Germain, en arrivant au ministère, avait pourtant manifesté l'intention d'organiser fortement l'armée auxiliaire, de la rendre plus mobile, de supprimer les sinécures et d'endivisionner les troupes dès le temps de paix, afin de donner une sorte

d'unité à un système qui n'avait eu jusque-là pour base que l'arbitraire. Tout d'abord, il supprima^ les charges d'inspecteurs-généraux d'infanterie, de cavalerie, de troupes légères et de hussards, de manière à pouvoir embrigader les corps. Il les remplaça par des lieutenants-généraux et des maréchaux de camp, appelés à commander en tout temps les vingtdeux divisions qu'on allait former. Or, ce qu'il était difficile défaire accepter à ces messieurs, c'était la résidence. Tout ce haut personnel voulait bien des grades, mais à la condition de ne point quitter Paris. Pour concilier cette répugnance avec les nécessités du service, on prit donc un mezzo termine. Il fut convenu que MM. les lieutenants-généraux ne seraient astreints qu'à un séjour de quatre mois dans leurs commandements respectifs. Néanmoins, beaucoup refusèrent, par suite de l'impossibilité où ils se trouvaient de don* ner un ordre ou même de paraître devant une troupe. Restèrent à régler les questions de rapports des titulaires de ces nouveaux emplois avec les autorités provinciales, les parlements, les intendants et les posses-^ seurs de gouvernements militaires. Sur ce point, rien ne fut fait. On s'en remit au hasard pour prescrire au jour le jour les solutions à intervenir. On compléta ces mesures par la réunion des deux armes de l'artillerie et du génie, par la création d'un corps d'ingénieurs géographes militaires, d'un conseil supérieur de la guerre et par la fixation d'un matériel type de voitures (système Gribeauval). Chaque régiment, à l'exception de celui du roi, fut formé à deux bataillons, chaque^ régiment de cavalerie à cinq escadrons. Les régiments

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