‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 60 sur 144 · Député en · texte numérisé non relu

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7. L'aîné des Blachette devint payeur général à l'armée det Alpes.

S. Devint évoque constitutionnel, puis coiiVgntionnel, puis conseiller de préfecture.

9, L'un était avocat, l'autre notaire.

et se prétait, plus complaisamment que des collègues gouailleurs et ignorants, au besoia qu*il éprouvait d'exprimer ses opinions, parfois bizarres. Au vrai, il avait un dégoût inconscient pour cette vie de caserne, de routine, d'insouciance et d'oisiveté vicieuse qui formait alors le plus clair de l'emploi du temps des jeunes nobles voués à la carrière des armes. En un mot, il allait là où il pressentait la vie.

Ce fut ainsi qu'il passa assez doucement ses premiers mois de garnison, lisant beaucoup, et particulièrement les œuvres de Jean-Jacques Rousseau. Au printemps, il se remit au travail. Du 26 avril 1786, en effet, date sa première composition. Au mois de mai, il reprit son projet d'histoire de Corse. L'ouvrage de Boswei, que son père lui avait autrefois envoyé, fut le point de départ de l'application de cette idée persistante de consacrer à son pays natal les efforts de son imagination.

Au mois de juillet, il en envoyait les deux premiers chapitres à M. l'abbé Raynal ^ :

« Monsieur l'abbé, dit-il, le destin des grandes réputation est d'attirer l'importunité ; chaque débutant veut s'attacher à une célébrité établie. Historien novice de ma patrie, c'est votre opinion que je voudrais connaître; votre patronage qui me serait cher, auriez- vous l'obligeance de me l'accorder? Je n'ai pas dix-huit ans, et j'écris; c'est l'âge où l'on doit apprendre. Mon audace ne m'attirerat-elle pas vos railleries? Non, sans doute, car si l'indulgence est le partage du vrai talent, vous devez avoir beaucoup d'indulgence. Je joins à ma lettre les chapitres un et deux de l'Histoire de la Corse, avec le plan des autres. Si

1« Mss. Archives de la guerre»

TOUS m*encouragez, je continuerai ; si vous me conseillez de m'arrêter, je n'irai pas plus avant. Excusez mou audace, et ne me reprochez pas le temps que je vais vous faire perdre.

« Je suis, monsieur l'abbé, avec une haute admiration de vos écrits, et un profond respect pour votre personne,

« Votre très humble et très obéissant serviteur.

« BuoNAPARTE, officicr d'artillerie. »

Il lui fallait, en vérité, avoir quelque peu perdu la notion de sa situation, pour adresser à un homme de la valeur de l'abbé Raynal, le résultat de ses élucubrations de dix-huit ans sur l'histoire d'un peuple, ce peuple fût-il celui de Onîe. En effet, quand on songe dans quel français Bonaparte rédigeait les moindres billets, on est en droit de se demander s'il avait bien la plénitude de toutes ses facultés. Ce qui est certain, c'est que l'abbé Raynal eut compassion de cet adolescent. Il lui donna de bons conseils et l'engagea à refaire son travail et à compléter ses recherches préliminaires. Bonaparte se rendit à ces raisons \ et, le 29 juillet, il écrivait à M. Paul Borde, à Genève :

« Je m'adresse directement à vous, monsieur, pour vous prier de me faire passer les Mémoires de madame de Valens

1. Un commencement de cette histoire (manuscrit de 8 pages entières) a été adjugé le 11 avril 1854 à M. Millot, pour 200 fr. ' Il portai: le n» 859 du catalogue d'autographes, provenant de la succession de M. Brissot Thivard.

Cet ouvrage a été recopié par Bonaparte. Il formait deux petits volumes; Il était destiné à M. Joly, imprimeur à Dole, en 1790. Plusieurs fragments en ont été vendus à la vente d'autographes de l'abbé Lacoste (en juin 1846, sous le n** 90.)

On assure que le manuscrit est en Angleterre, chez lord Aschburnham.

et de Claude Anety pour servir de suite aux Confessions de /.-J. Boussean, Je vous pYirai également de m'envoyer les deux derniers volumes de VHistoire des révohitions de la Corse, par Tabbé Germaner. Je vous serais obligé de me donner note des ouvrages que vous avez sur Tw/e de Corse, ouque vous pourriez me procurer promptement. Jentend voire réponse pour vous envoyer V argent à quoi cela montera.

« Vous pouvez m'adresser votre lettre : à monsieur de Buonaparte, officier d'artillerie, au régiment de la Fère, en garnison à Valence, en Dauphiné.

« Je suis, monsieur, avec une parfaite considération, votre très humble et très obéissans serviteur.

« Buonaparte, officier d'artillerie. »

Mais des événements fortuits devaient interrompre ces premiers essais. Le 11 août, son bataillon recevait Tordre de partir pour Lyon où venait d'éclater l'émeute, dite des Betix Sous.

D'après une ancienne coutume lyonnaise, appelée le Banvin, les grands seigneurs propriétaires avaient le droit d'interdire à leurs vassaux ou censitaires, la vente de leur vin pendant tout un mois, celui d'août. Grâce à cette interdiction, eux seuls se trouvaient en mesure de débiter, sans crainte de concurrence, le produit de leurs propres récoltes. C'était là un droit exorbitant, tellement exorbitant que l'usage en était tombé depuis longtemps, lorsqu'on 1786 l'archevêque de Lyon, Mgr deMontazet*, s'avisa de vou-

1. Montazet (Antoine-Malvln de), né le 17 août 1713 au château de Quinac, près Agen, mort le 2 mai 1788 à Paris. Evoque d'Autun en 1748, archevêque de Lyon le 31 mars 1759 ; académicien.

loir le rétablir. Ce fut une explosion d'indignation. La résistance dégénéra rapidement en une grève qui s'étendit à presque tous les corps de métiers et devint le prétexte d'une demande d'augmentation de salaire. Les troupes des garnisons environnantes furent immédiatement appelées pour prêter main-forte au gou verneur de la province. Le premier bataillon du régiment delaFère était du nombre. Le 15 août, il arrivait à Lyon, en même temps qu'une compagnie des chasseurs du Gévaudan et qu'un bataillon du Royal- Marine. Tout était déjà terminé. Le 10, malgré les promesses des consuls, le prévôt de la maréchaussée, M. le baron d'Izeron, avait cru devoir intervenir et arrêter ceux d'entre les habitants signalés comme meneurs. Il en était résulté un conflit, dans lequel trois personnes avaient été tuées et plusieurs autres blessées. Le 12, sans attendre les ordres de Paris, trois des ouvriers incarcérés, Sauvage (Pierre), chapelier, Nérin et Dapiano, ouvriers en soie, avaient été conxiamnés à mort et pendus. Le lendemain M. Tolozan de Montfort, prévôt des marchands, pouvait écrire à M. le maréchal de Ségur^ :

<c Monseigneur, cette nuit et la journée d'hier se sont « encore passées fort tranquillement, et le calme qui <i se remarque me laisserait absolument sans inquié- « tude, si je ne continuais à être prévenu qu'il existe « toujours du mécontentement et de l'indocilité parmi « certaines classes d'ouvriers, notamment les fabri- « cants de bas et les ovalistes qui préparent les « soies... » En eff'et, par crainte de représailles, les

1. Mss. Archives de la guerre. M. le baron dlzeron fut tué en duel par l'un des consuls, à la suite de cette triste affaire.

ouvriers et leurs familles s'enfuyaient en Suisse. Le» métiers étaient abandonnés, les travaux interrompus, la production arrêtée, les sources des gros revenus des riches industriels et des gouvernants, taries» Aussi, des troupes furent-elles immédiatement expédiées à Pont de Beauvoisin et au fort de TÉcluse pour établir un cordon militaire le long de la frontière. Elles avaient ordre de se saisir de ces braves gens qui se permettaient de trouver que tout n'était pas pour le mieux dans la bonne ville de Lyon et de les réintégrer de force dans leurs ateliers.

Pour les soldats demeurés en ville, on les avait installés en garnisaires chez l'habitant. Les chasseurs du Gévaudan furent cantonnés au faubourg de la Guillotière, le bataillon du Royal-Marine à la Croix-Rousse, et le premier bataillon du régiment d'artillerie de la Fère à Vaise. Bonaparte logea chez madame veuve Blanc ^ à la montée de Montribout Ce fut là qu'il passa un mois, assez agréable, paraitil, car, le 20 septembre, il écrivait à l'oncle Fesch : « Je quitte Lyon avec plus de peine encore que Va- « lence. Je me trouvais si bien dans cette ville qu'il « me semble que j'aurais voulu y passer ma vie; <f mais il faut suivre sa destinée et surtout se plier « aux exigences de son état. Un soldat ne doit

« pas s'attacher à autre chose qu'à son drapeau »

Le 19, en effet, son bataillon avait reçu l'ordre d'aller rejoindre le reste du régiment, qu'on envoyait à Douai. Le 21, il le rencontrait à une étape de Lyon, à Villefranche, et faisait route avec lui jusqu'à Douai,

1. Madame veuve Blanc était la veuve d'un ancien fc notion* naire des Monnaies»

OÙ il arrivait le 17 octobre*. Les lieutenants et quelques capitaines furent logés au pavillon. Bonaparte fut de ce nombre.

Plusieui^s lettres Tattendaient dans cette ville. Les nouvelles étaient des plus tristes. On réclamait s^n retour immédiat auprès des siens.

Le 20 septembre, veille de son départ de Lyon, le protecteur de la famille , le gouverneur de l'île de Gorse^ M. le comte de Marbeuf, était mort à Bastia^. Le grand-oncle Lucien venait de tomber gravement malade. Joseph ne réussissait pas dans ses démarches. Il voulait partir pour la Toscane. Louis avait bien une promesse de place gratuite dans une école militaire, maisla.mort du gouverneur faisait redouter une solution défavorable. Enfin, les embarras pécuniaires de sa mère augmentaient chaque jour. A la suite d'une plainte de l'économe d'Ajaccio, l'intendant avait refusé de payer les sommes échues en 1786, sommes qui se montaient à dix-sept cent cinquante livres d'une part, pour les avances exigibles, et quinze cents livre» d'une autre pour les greffes, c'est-àdire à un total de trois mille cinquante livres*. L'intendant prétendait que la valeur des plantations faites ne répondait pas aux sommes déjà données. Madame Bonaparte affirmait le contraire ; en attendant, l'argent faisant défaut, elle avait dû résilier son contrat.

1. Le régiment d'artillerie de Grenoble venait à Valenoe. Voir Titinéraire du régiment de la Fère aux pièces à l'appui. Les deux compagnies qui étaient en Ck>rse furent remplacées

par deux autres du régiment de Grenoble, qui quittèrent Valence le !•' mars ns?, pour se rendre à Bastia.

2. Enterré, le 31 septembre, à Téglise de Saint-Jean-Baptiste de Terre-Vieille, à Bastia. Mort à 74 ans.

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