Mis. Archives de la guerre
« J'avais permission de rester chez moi jusqu'au mois de mai prochain. J'ai anticipé sur mon congé et j'ai quitté ma famille pour pouvoir solliciter à Paris, la décision de l'affaire de la pépinière poui laquelle vous avez daigné vous intéresser.
« Monseigneur l'archevêque de Toulouse m'avait honoré d'une lettre de recommandation auprès de M. le contrôleur général, de sorte que je ne pouvais guère douter du succès, quand en cherchant dans les cartons, l'on n'a rien trouvé de relatif à cette affaire. Je me suis transporté au contrôle général, et, en feuilletant dans l'enregistrement, n'ai rien trouvé qui puisse indiquer que les pièces relatives à cette affaire soient parvenues.
« Vos intentions me sont trop connues pour pouvoir douter que cela ne soit arrivé par l'événement de la mort de M. Rousseaux.
« M. le contrôleur général, touché du tort que ce retardement nous cause, vous a rendu la liberté de nous accorder les avances que nous sollicitions cet hiver, que votre bonté voulait nous accorder, mais qu'une lettre trouvée de M. le contrôleur général vous a empêché de réaliser ; vous recevrez la lettre du ministre la poste suivante, et j'aurai l'honneur de vous adresser un mémoire relatif.
« M. le comte de Brienne a accueilli favorablement ma demande pour la nomination de mon frère Lucien au séminaire d*Aix,
« J'ose me flatter, monsieur, que vous daignerez honorer de votre protection une famille qui, par son attachement et sa reconnaissance des bontés que vous avez bien voulu lui témoigner se flatte de la mériter... »
BUONAPARTB.
Cette fois, ce ne sont plus les termes obséquieux de Bonaparte le père, que nous avons sous les yeux.
mais ceux d'un jeune homme entier et tranchant qui le prend de haut avec le successeur de M. de Bqucheporn. Il ment avec effronterie, en affirmant qu'il a anticipé sur son congé pour venir solliciter à Paris. Son congé est expiré depuis le !•' novembre, et ce n'est que le 7 décembre qu'il en obtiendra un nouveau. Quant au long mémoire sur la pépinière, il renvoie le même jour*. C'est au nom de sa mère qu'il l'adresse. La péroraison en est curieuse,
« Vous aveî autant qu'il est en vous, dit-il, réparé les fausses spéculations de votre prédécesseur, vous aurez fait du bien à une famille en suivant les règles de la justice la plus stricte ; de pareilles occasions n'avivent pas tous les jours. Monseigneur, pro/Jî^ez en et si la suppliante réconnaitra par la plus vive reconnoicence vos bontés ; vous. Monseigneur, lui deverez Voccasion offert qui ne vous feras jamais penser à cette famille sans éprouver un contentement intérieur... paradis de l'honneur du juste. »
La suppliante et pour madame sa mère,
BuoNAPARTEy offlcicr d'artillerie.
Que dut dire l'intendant de Corse, M. de Guillaumye, en recevant cette mercuriale d'un jeune lieutenant de dix-huit ans? Il connaissait, fort heureusement, le caractère bizarre de ses administrés. Il se contenta probablement de sourire, et se montra tout aussi bienveillant que par le passé pour cette famille de solliciteurs infatigables.
Pour Bonaparte, il continuait ses démarches en