‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 74 sur 144 · Mss. Archives de la «uerre · texte numérisé non relu

Mss. Archives de la «uerre

remède. Vous vous êtes abusé en espérant que je pourrais trouver ici de l'argent à emprunter. Auxonne est une très petite ville et j'y suis d'ailleurs depuis trop peu de temps pour pouvoir y avoir des connaissances sérieuses. Ainsi du moment que vous n'espérez pas dans notre vigne, je n'y pense plus et il faut abandonner celte idée du voyage à Paris. Si nous avions été à Paris, vous auriei mal fait de mener avec vous Isoard, il n*aurait pu que nous embarrasser... Je vous accuse d'exagération en me

disant que la Sposata ne produira que douze mezzins

Adieu, bien des choses à Isoard et donnez-moi communication des nouvelles que vous recevrez de la famille sur votre projet. »'

Tout allait mal en effet à Ajacdo. Louis venait d'essuyer un nouveau refus pour Brienne. A la nouvelle de la mort du jeune Bianelli qui, l'année précédente, avait été choisi de préférence à Louis pour entrer à l'École militaire, la mère de ce dernier avait immédiatement adressé au ministre une nouvelle supplique, et quelle supplique! si l'on réfléchit que Bonaparte en était le rédacteur et l'auteur :

Monseigneur,

« La veuve de Buonaparte d'Ajaccio en Corse a l'honneur d'implorer votre bonté pour l'admission de son quatrième fils, nommé Louis, à une des écoles royales militaires. Il concourut sans succès, en 1787, mais il obtînt une promesse pour la prochaîne promotion, sou âge l'en rendant encore susceptible ; celle-ci a eu lieu, mais vous avez cru devoir donner la préférence à des enfants dont les familles produisaient des titres plus solides sans doute, et il a été encore exclu cette année sans pouvoir plus espérer dans le concours prochain, attendu que son âge ne

ANNÉE 1788. 19i

le lui permettra plus à cette époque Chargée de l'éducation de huit enfants, veuve d'un homme qui a toujoui-s &ervi le roi dans l'administration des affaires de Ttle de Corse..., qui a sacrifié des sommes considérables pour scv conder les vues du gouvernement... privée de secours, c'est aux pieds du trône, et dans votre cœur sensible et vertueux qu'elle espère les trouver...

« Huit pupilles, monseigneur, seront les organes des vœux qu'elle adressera au ciel pour votre conservation. »

Elle est avec respect. Monseigneur,

ladite suppliante,

Veuve de BnoNiPiRtB.

Ajacdo, 18 Juin 1788.

11 paraîtrait que le ministre n'eut pas le cœttr sen-^ sible et vertueux et qu'il refusa les huit pupilles destinés à devenir les organes des vœux adressés au ciel pour sa conservation^ car il se contenta de mettre en marge de la réponse ^ : « Madame de Buonaparte a « écrit une semblable lettre à M. de Timbrune qui lui « a répondu que son fils, ayant passé l'âge de concou- « rir, il ne pouvait plus être proposé de nouveau. »

Louis Bonaparte dut rester à Ajaccio. Joseph, d'ailleurs, n'était pas plus heureux à Bastia. A son sujet, Bonaparte disait^ à Fesch : « Vous saurez que je a viens de recevoir réponse de M. Vautier j il me dit « qu'il reconnaît que Joseph a des titres particuliers (( pour obtenir une place dans les tribunaux, et qu'il « saisira la circonstance avec plaisir; que pour le « moment des personnes proposées depuis plusieurs

Page 1