Résultat de la dissection faite à Sainte-Hélène
La hauteur totale du sommet de la tête aux talons était de 5 pieds 2 pouces 4 lignes. L'étendue comprise entre les deux bras, en partant des extrémités des deux doigts du milieu, était de 5 pieds 2 pouces.
De la symphyse du pubis au sommet de la tête, il y avait 2 piedf ' 7 pouces 4 lignes.
Du pubis au calcaneum, 2 pieds 7 pouces.
Du commet de la tête au menton, 7 pouces 6 lignes,
La tête avait 20 pouces 10 lignes de circonférence ; le front était haut, les tempes légèrement déprimées, les régions sincipitales très fortes et très évasées.
Cheveux rares et de couleur châtain clair.
Cou un peu court, mais assez normal.
Poitrine lar^c.
Les mains et les pieds petits.
rhomme dont Texistence avait été si extraordinaire. Le souvenir des événements du passé influe d'une façon inconsciente sur l'appréciation des causes qui les ont amenés et de ceux qui en ont été les auteurs. A cette époque de sa vie, Bonaparte n*était encore qu'un officier sans fortune, malheureux, maladif et disposé, par la nature même de son esprit inquiet, à ne voir dans la renommée que la possibilité de satisfaire son ambition, et dans l'exercice du pouvoir, la facilité d'assouvir sans danger ses haines et ses passions;
D'une instruction première nulle, il n'avait appris des choses militaires que ce qu'il lui fallait pour l'exécution stricte des minimes devoirs de son service. Les mesquineries routinières du métier des armes lui semblaient indignes de fixer son attention. Cette vie monotone, qui consistait alors à refaire chaque jour, sans initiative et sans espoir d'amélioration, ce que l'on avait fait la veille, lui était insupportable. Même ces grandes questions de réorganisation et de régénération de l'armée, questions qui préoccupaient tous les esprits, le laissaient indifi'érent. Sa pensée était ailleurs. C'était en Corse, dans les histoires de son pays, des chefs de parti, des législateurs et des conquérants qu'il vivait et qu'il cherchait des exemples à suivre. Or, avec ces lectures faites sanà*ordre, sans méthode et surtout mal digérées, il s'était formé des idées de tout, sans avoir des jugements bien précis sur rien. Tout était à l'état de chaos dan3 cette cervelle immense. Pour son âge, pourtant^ cette disposition à tout saisir, à tout comprendre, à tout voir de haut, était merveilleuse, et, en tout cas, l'indice du véritable homme de guerre.
ANNÉE l'789. S09
Mais trouverait-il le milieu suffisant pour donner à ses pensées une formule pratique? c'était là l'inconnu. C'est celui qui domine tout ici-bas.
Bien des causalités sont en efl'et nécessaires pour permettre à un homme de développer et d'employer les qualités dont il est naturellement doué. On a beau être le mathématicien, l'inventeur le mieux organisé qu'a se puisse rencontrer, si l'occasion et le milieu ne se prêtent pas à cette sorte d'éclosion intellectuelle, il faudra suivre la loi commune et végéter inconnu, sans utilité pour son pays et pour les siens. On a beau posséder toutes les conditions requises pour bien diriger les armées, s'il n'y a pas de guerre, si l'on tombe malade au début de la campagne, ou si l'on est confiné dans quelque place forte éloignée du théâtre des opérations, on se trouve dans l'impossibilité de faire preuve de ses talents.
Il en est des vices et des vertus des hommes comme de tous ces êtres animés, de ces infiniment petits de M. Pasteur; leur génération n'est jamais spontanée.
Tout est dans tout. Aussi, les nations libres sonteUes celles où les éléments primesautiers ont le plus de chance de se développer. On en peut même déduire cet axiome : « La valeur d'un peuple est en raison directe du degré de liberté relative qu'il possède. »
A cette date de son histoire, Bonaparte est donc en pleine période d'incubation et de transformation. 11 fi'en va, roulant dans sa tète mille projets de révolte et de conquêtes. Il vit dans l'avenir, marchant vers l'inconnu, comme un illuminé, sans raisonnement et sans hésitation, « Tout me fait braver la mort et le « destin, écrira-t-il à Joseph, six ans plus tard, et,
« si cela continue, moi aussi, je finirai par ne plus « me détourner lorsque passe une voiture. »
Tel était 1 homme qui, le IS septembre 1789, quittait Auxonr.e, avec Tespérance bien intime de ne re- Toir ni son régiment ni son pays d'adoption.