‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 82 sur 144 · BONAPARTE AU RÉGIMENT DE LA FÈRE · texte numérisé non relu

BONAPARTE AU RÉGIMENT DE LA FÈRE

WM ûmai a aucch», 10 sepTsuBas 1789 -» 10 rivRiiK I7tl.

Bonaparte t'arrête à Marseille. — 11 voit l'abbé Raynal. » Sou arrivée ft Ajaecio. — Ses projets. — Les députés corses à l'Assemblée nationale. — Mouvement populaire à Ajaecio. — Le club patriotique. — Premier programme de Bonaparte. — - Demande de formation d'une garde natiot;ale soldée. — Attitude de M. de Butlafuoco. — Fermeture du club patriotique.

— Proclamation de la loi martiale en Corse. — Refus de la commission des Douze d'accepter la formation d'un comité central. — Protestation rédigée par Bonaparte et adressée à l'Assemblée nationale, 31 octobre 1789. — Mou* vemenls en Corse. — Arena à l'Ile- Rousse — Révolte à Bastia, le 5 no* vembre 1789. — Situation politique de la Corse vis-à-vis de la France. ~» Réclamations de Gènes. — Demandes de PaolL — Prétentions du paiii autoritaire. — Habileté de MM. Salicetti et Colonna di Cesari. ~- Les délégués de Bastia à l'Assemblée nationale. — La Corse déclarée province française, 30 novembre 1789. — Amnistie et rappel des Corses exilés. — Discours de Mirabeau. — Remerciements de Paoli. — Effet produit par ces décrets en Corse, et particulièrement à Ajaecio. — Conduite de Bonaparte. — Sa lettre à M. Matteo de Buttafuoco, 23 janvier 1790. — Réponse de M. de Butlafuoco.

— Soulèvement à Bastia, 18 mars 1790. — Mort du colonel comte, de Rully, commandant du régiment du Maine. — Arrivée de Paoli en France, 29 mars 1790. — Paoli présenté à Lonis XYI, 8 avril 1790. — Bonaparte demande une prolongation de congé de quatre mois et demi pour aller aux eaux, 16 avril 1790. — Il obtient de rester en Cor^e jusqu'au mois d'octobre. — Ses lettres sur l'histoire de Corse. — Sa lettre et sa dédicace à l'abbé Raynal. — Envoi d'une députation d'Ajacciens au-devant de Paoli. — Joseph en fait partie. — Elle part, le 24 juin 1790. — Complot organisé par Bonaparte pour s'emparer d' Ajaecio et chasser les Français. — Tentative d'exécution, SE juin, 2S juin 1790.,— Manifeste du corps municipal d'Ajaccio, rédigé par fiona* pafte, 28 juin 1790. — Sa lettre sur le iermeni constitutionnel des prêtres,

— Sa situation difficile à Ajaecio. — Dangers qu'il y court. — Nouvelle tentative sur la citadelle d' Ajaecio, 8 août-24 août 1790. — Arrivée de Paoli en Corse, 14 juillet 1790. — Débarquement à Bastia, 17 juillet. — Enthoatiasroe de la population. — L'assemblée électorale « Orezza, du 9 sep*

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tembre au 8 octobre. —Organisation administrative de la Corse. — Nominatioii des membres appelés à faire partie du Directoire. — Faoli élu présiden du Directoire et commandant en chef des gardes natiouales de l'iie. — Attitude de Bono parte pendant l'assemblée. — Ses propositions. — Voeux de l'assemblée d'Orezza pour la formation d'une garde nationale soldée. — Bonaparte au clab d' Ajaccio. —Vote de l'impression de sa lettre à Buttafuoco. — Il prend part au concours de l'Académie de Lyon. — Son Discours sur te bonheur, — Principaux passages de ce discours. — Rapport au ministre de la guerre sur le véritable état politique et militaire de la Cône, a la fin de l'année 1790. — Triste opinion du rapporteur sur la famille Bonaparte. — Les délégués du Directoire à l'assemblée^ MM. Pozzo di Borgo et Gentili. — Refus du ministre de créer une garde corse spéciale. — Mécontentement et désespoir de Bonaparte. — Irrégularité de sa situation.^— Son congé expiré depuis le 15 octobre 1790. — Réorganisation de l'arme de l'artillerie, 2 décembre 1790. — Les officiers non présents au corps, le fer janvier 1791, considérés comme destitués. — Bonaparte se décide à partir, le ier février 179t ».

Bonaparte, en quittant Auxonne, ne s'arrêta pas à Valence. Il avait hâte d'arriver. Il prit, en passant à Aix, son frère Lucien. A Marseille, il vit Tabbé Raynal. A la fin du mois de septembre, il était à Ajaccio. A Texception d'Élisa, toute la famille se trouvait donc réunie. Les circonstances étaient graves. Pour ces affamés, il s'agissait de prendre place à la table du monde.

Bonaparte comptait bien réaliser les projets dont Fesch avait été le confident. Tout, il est vrai, était

1. Événements politiques. -- Émeute des 6 et 7 octobre 1789. — Translation de l'Assemblée nationale à Paris. — La salle du Manège, 12 octobre 1789. — Division de la France en 83 départements, 15 janvier 1790. -- Exécution de Favras, 18 janvier 1790. — Suppression des vœux monastiques, 13 février 1790. — Suppression des droits féodaux, 15 mars 1790. — Vente des biens nationaux, 17 mars 1790. — Suppression des titres de noblesse, des ordres, des livrées et des armoiries, 19 juin 1790. — Fête de la Fédération, 14 juillet 1790. — Organisation judiciaire. Suppression des Parlements, 7 septembre 1790.

Ministres de la guerre. — M. de la Tour du Pin, 16 novembre 1790. — M. Louis Le Bègue de Presle du Portail, 16 novembre 1790 — 6 décembre 1791.

assez confus dans son esprit. Autonomie et indépendance de la Corse, Paoh'sme, soif d'agitation, de richesses et de renommée, tout influait à la fois sui ses résolutions.

Des sentiments qu'ils faisaient naître chez lui, h dernier était le plus impérieux. Il éprouvait le besoin de se produire et d'exercer ses forces, en s'imposant à ses concitoyens. Dans la famille, ses opinions faisaient loi. Dans la ville, les récits des événements qu'il avait vus, son langage ardent et imagé, le grade dont il était revêtu, lui donnaient une certaine autorité.

La Corse était alors en pleine anarchie. Elle avait subi le contre-coup du bouleversement qui s'était produit en France, mais dans des conditions toutes spéciales. Elle était, en eff'et, préparée, mieux que toute autre province du continent, à accepter les idées nouvelles. Les grandes propriétés n'existaient pas. L'aristocratie était nulle. Vingt-deux gentilshommes avaient seuls participé à la nomination du député de la noblesse, et, sur ce nombre, il ne s'en était trouvé que douze pour donner leur voix au candidat du gouvernement, au maréchal de camp, comte de Buttafuoco. Ce personnage, tout aussi royaliste que son prédécesseur, M. Charles de Buonaparte, n'exerçait aucune influence ^ Il n'avait que l'importance d*un homme habile, arrivé aux honneurs, jouissant d'une grande fortune et possédant l'oreille de tous les agents du pouvoir.

9. M. de Buttafuoco avait épousé, en 1787, la fille du premier président, M. Gaffori, de Corté, le fils de l'ancien patriote et compagnon d'armes de Paoli.

Le représentant du clergé, M. l'abbé Peretti, avait été choisi dans les mêmes conditions, et se trouvait, de fait, tout aussi impopulaire et royaliste que son collègue de la noblesse.

Auprès du Tiers, les autorités de l'île n'avaient pas obtenu le même succès. Lors des élections, leur candidat, M. Gaffori, avait été battu. Deux patriotes, MM. Salicetti et Golonna di Cesari Rocca, destinés tous deux à exercer une action si décisive sur la carrière de Bonaparte, l'avaient emporté.

Assesseur ^ comme Charles Bonaparte, Salicetti est avant tout un esprit fin et délié, libéral par conviction, voyant dans la révolution la possibilité de rattacher plus intimement la Corse à la France par la l'intérêt. Colonna, capitaine au régiment provincial, et cousin de Paoli, est de beaucoup inférieur à son collègue. 11 n'a qu'une aspiration, faire profiter sa patrie et son parent du mouvement qui se fait en France.

Si nous établissons cette distinction, c'est qu'en effet tout est nuance dans le classement des opinions en Corse. Autant de ptèves^ autant d'intérêts ; les habitants du versant italien sont plus souples, plus attachés à la religion et aux anciennes coutumes que ceux du versant opposé. On est plus fanatique à Bastia qu'à Ajaccio; mais on est plus français à Galvi, à

1. Salicetti venait d'être nommé assesseur au tribunal de Sartène, quand il fut élu député. Salicetti (Christophe), né à Bastia en .1757, fit ses études au collège des Barnabites à Bastia, alla à l'Université de Pise. Député du tiers, rédigea le cahier des doléances de Fîle. Conventionnel. — Proscrit en 1795 et 1799. ~ Ministre de la police à Naples. — Maria sa fille au prince Torella. —Ministre sous Murât. — Mort empoisonné, décembre 1809.

Saint-Florent età Bastia qu'à Sartène, Porto Wecchio et Corté. Cette dernière ville, en effet, est restée la capitale nominale de Paoli.

En résumé, en dehors de l'action gouvernementale qui a seulement pour elle les fonctionnaires et les clients des hommes en place, il n'existe que deux partis parlaitement tranchés : Fun, dont Paoli est le chef, avec l'indépendance absolue pour objectif; l'autre, dont Salicetti est teo-eprésentant, et l'indépendance relative, le but. Au premier appartiennent les vieux Corses; au second se rattache la nouvelle Corse, composée d'hommes jeunes, ambitieux, sans fortune, désireux de se faire une situation, acceptant en principe le programme de Paoli et Paoli lui-même, parce qu'ils ne peuvent rien sans lui, mais disposés à tout ce qui leur permettra de se soustraire à cette sorte de subordination.

A Ajaccio, la division est la même. Les Paolisles y sont en grande majorité dans la bourgeoisie et le clergé séculier. Philippe MasseriaS dont le frère et le père sonf morts pour la patrie, en voulant s'emparer delà citadelle, en est le chef reconnu. Revenu d'exil depuis quelques mois seulement, il dirige au nom de Paoli le mouvement de l'émancipation. Les familles des Pozzo di Borgo, des Peraldi, des Bonaparte et des Ramolini lui prêtent un concours chaleureux. Dans ce nombre, les Pozzo sont les plus influents. Gharles-

1. Masseria (Philippe) suivit Paoli dans l'exil, revint en 1789 à Ajaccio.

Son père Giuseppe^ né à Ajaccio en 1725, tué avec son filg otné, le 19 octobre 1763, lors de la tentative faite par lui pour s'emparer de la citadelle d'Ajarcio. *

il6 BONAPARTE EN CORSE.

André PozzoS le futur comte, remplit les fonctions de secrétaire des électeurs de la noblesse. Plus âgé de quatre ans que Bonaparte, esprit supérieur, fin et délié, doué d'un véritable talent oratoire, il est en mesure d'exercer une inûuence considérable sur la partie intelligente et instruite de la population. Francesco Pozzo, ancien officier municipal, est le député de la corporation des laboureurs ; Giovahno Francesco vit de ses fentes ; son frère Giovan Baptista est chanoine, et Giovan Baptista, le jeune, étudiant en théologie. C'était donc à ce groupe d*ardents patriotes que s'étaient rattachés les Bonaparte. Tous étaient unis, tous luttaient contre les soutiens de l'autorité royale, représentée par le gouverneur, chevalier de la Ferrandière; le major de la place, Saint-Ange; le major de l'artillerie, de la Jaille; le colonel du régiment, de Virieu; le directeur de l'hôpital. Des Camps; l'économe, Souiris; l'ingénieur, Cademol; le juge royal, de Raquine, enfin par quelques familles cléricales, les moines et leur suite habituelle d'hommes du peuple ignorants et superstitieux.

A la nouvelle des événements qui s'étaient passés en France, les libéraux Ajacciens avaient donc songé à imiter Paris. Leur Bastille, c'était la citadelle, dont les créneaux permettaient de plonger dans l'intérieur des maisons; leur rêve, c'était la formation

1. Pouo di Borgo (Charles-André, comte de), né à Alata, près d'Ajaccio, en mars 1764; élevé par un récollet, le Père Antonio Grossetto ; député en 1791 ; président du Conseil de Corse en 1794 ; eut ses biens confisqués en 1796 ; passa au service de la Russie ea 1803, et mourut à Paris le 15 février 1842.

La sœur de ce Pozzo di Borgo fut la mère de MM. Louis 61 Cliarles Blanc.

d'une garde civique, à l'instar de celles des grandes cités de France. Pour un Corse, avoir une arme, faire métier de soldat, mais à son heure, constituait alors l'une des plus grandes prérogatives du citoyen.

Or, parmi les vœux inscrits au cahier des charges des États de Corse , il en était un fort important qui réclamait l'institution d'un Comité central, composé de vingt-trois membres élus, pour remplacer la commission des Douze et les quatre tribunaux. Dans l'idée des postulants , ce Comité devait se substituer à l'ancienne consulte générale de Paoli, mais avec des attributions purement administratives. MM. Salicetti et Colonna s'étaient déclarés les ardents défenseurs de cette proposition. Us en avaient «aisi l'Assemblée et la commission de législation.

Dans le plan de Bonaparte, le système était plus complet. Il fallait, d'après lui, assurer l'autorité du Ccymité central à' 2iàm\ms>iTdX\0ïi par une force publique, dont les agents seraient recrutés dans l'île même et payés par les habitants. Ce projet était fait pour flatter les passions de ses concitoyens. Il fut adopté par Masseria et Pozzo di Borgo et adressé aux députés du tiers.

Autant la première de ces requêtes avait un caractère bénin et rentrait dans la catégorie des demandes du même genre, émises partout, autant la seconde était grave.

On se rappelle en effet que l'une des préoccupations des gouverneurs militaires français, lors de la conquête, avait été de faire procéder au désarmement général. Depuis ce temps, on n'était revenu sur cette disposition que d'une manière tout incidente, en

autorisant uniquement à posséder des armes, ceux des habitants reconnus comme l)ien intentionnés. Grâce aune contrebande active, il est vrai, nombre de Corses avaient pu s'en procurer, mais de là à se se trouver munis de Tarmement et des munitions nécessaires pour tenter une insurrection générale, il y avait loin.

En réclamant donc la création d*une milice nationale soldée et armée, le comité d'Ajaccio faisait preuve de profonde habileté. Pour Bonaparte, il y voyait l'espérance d'obtenir un grade important, la possibilité de rendre l'indépendance à sa patrie, et le moyen de faire du comité d'Ajaccio le noyau d'un Comité central, dans lequel des membres de sa famille pourraient trouver quelque place fructueuse. Mais, au ministère de la guerre, l'accueil fait à ces propositions était loin d'être favorable. M. de Buttafuoco restait tout-puissant dans les bureaux. Il n'avait pas eu de peine à convaincre le ministre en exercice, M. de la Tour du Pin, du danger d'une pareille concession. Il avait eu soin de lui rappeler que la Corse, en qualité de province conquise, demeurait sous sa juridiction personnelle et qu'il en était le gouverneur général. Toutefois, pour gagner du temps, et éviter les inconvénients d'un refus catégorique, il l'engagea à soumettre la demande de ses compatriotes à l'approbation préalable de la comimission des Douze.

L'expédient était adroit, il était même ironique, puisqu'il s'agissait de faire juges de la question, ceuxlà mêmes que les solliciteurs désiraient faire renvoyer.

En Corse, et principalement à Ajaceio, ce procédé jésuitique souleva une indignation générale. Bona-

ANNAE 1789. 219

parte, qui venait d'arriver, se montra particulièrement violent. Il ne voulait rien moins que remplacer le Conseil général réactionnaire de la commune par le Comité d'action, appeler ses concitoyens aux armes, s'emparer de la cifadelle et chasser d'Ajaccio les Français qui s'y trouvaient. En attendant, il organisait la garde nationale avec les faibles éléments existants.

A la nouvelle de cette agitation, le ministre se décida pour des mesures coercitives. M. de Buttafuoco assurait d'ailleurs qu'il suffirait de* proclamer la loi martiale et d'envoyer du monde pour venir à bout des mécontents. En conséquence, M. de Narbonne \ l'ancien gouverneur de Bastia, reçut l'ordre de se tenir prêt à partir avec un corps de troupes. De son côté, GafTori, le beau-père de M. de Buttafuoco, fut chargé de dissoudre la garde nationale d'Ajaccio. A cet effet, il se rendit dans cette ville. Il s'était fait accompagner des commissaires du roi et d'un détachement du régiment suisse de Salis. En apparence, il fut obéi. L'état de siège fut établi, le club patriotique fermé, la garde civique licenciée. En réalité, fort mal reçu par la population, Gaffori dut renoncer à se montrer en public. et se confiner dans la maison de son camarade Bacciochi. L'attitude provocante de la commission des Douze et la publication de sa réponse au vœu émis par les députés libéraux avaient achevé de mécontenter la population.

1. Narbonne-Pelet (Jean-François, comte de) né en 1725 à Saînt- Paul-Trois-Châteaux (Drôme), mort en 1801. Lieutenant-général €n 1784. Célèbre par la défense de Fritzlar en 1762.

fôO BONAPARTE EN CORSE.

La commission rejetait la proposition, « parce que^ a disait-elle, les assemblées particulières qui devraient « avoir lieu pour la nomination du comité sont tou- « jours le sujet d'un trouble et d'une rumeur inquié- « tante;

« Parce que tout étant dans la plus parfaite tran- « quillité, ce comité serait sans objet ;

« Parce qu'il coûterait des sommes considérables, M soit pour les appointements de vingt-trois sujets, « soit pour la solde de la milice, évaluées à un mil- « lion ; •

« Parce que la terre serait privée d'une partie de « ses cultivateurs ;

« Parce que Sa Majesté, voyant lés Corses se garder « eux-mêmes, retirera ses troupes ; alors, privé de « ce seul canal, le numéraire cessera de circuler. »

En présence de cette fin de non-recevoir, que faire? Résister, courir aux armes, il n'y fallait pas songer. Sur le conseil de Bonaparte, on se contenta de protester et de répondre au rapport de la commission des Douze par une adresse aux députés libéraux, à MM. Salicetti et Golonna, adresse que ces messieurs étaient chargés de déposer sur les bureaux de la Chambre.

Restait à faire accepter et signer ce mémoire par les patriotes de la ville. Gomme la salle du cercle patriotique avait été fermée, on se réunit la nuit dan& l'église Saint-François. Bonaparte y donna lecture de son factum et le fit adopter, le 31 octobre 1789,

Il faut lire et relire ce curieux document, dû à la plume d'un officier du roi se posant, à vingt ans, en juge des actes des gouvernants de son pays.

A nosseigneurs de V Assemblée nationale^

Nosseigneurs,

te Lorsque des magistrats usurpent une autorité con<« traire à la loi, lorsque des dépulés sans mission preneni le nom du peuple, pour parler contre son vœu^, il est permis à des particuliers de s'unir, de protester, et, de cette manière de résister à l'oppression. Daignez donc, nosseigneurs, jeter un coup d'œuil sur notre position.

« Arrachez à la liberté lorsque nous commencions à en goûter les douceurs, nous sommes depuis vingt ans imcorporés dans la monarchie.

« Depuis vingt ans, nous vivions sans espoir, accablés sous le joog d'une administration arbitraire, lorsque Fheureuse révolution qui. a rendu à l'homme ses droits, aux Français sa patrie, a ranimé notre courage, a fait renaitre l'espérance dans nos cœurs abattis,

« L'inquiétude de son sort, la pesenteur de ses chaînes, dont on sentait plus que jamais le poids, ont été la cause de certaines insurrections, qui ont un moment troublé notre tranquilité ; mais la confiance du Corse en vous était sans bornes et a laissé subsister le colosse d'employés étrangers à notre isle^ que le Français d'outre-mer désavouerait et qui ne cesse de nous opprimer.

« L'on avait entrevu le moment de la liberté ; les maux actuels s'en étaient accrus ; il était juste cependant da satisfaire un peu le peuple^

« Le comte Colonna di César Rocca et M. Salicetti, nos députés, de concert avec les patriotes, qui s'étaient rencontrés à Versailles, présentèrent un projet d'un comité

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