Député à la législative, le vainqueur de l'Ile-Rousse
4. Antonio Gentili, général à l'armée d'Italie, général de division à Corfou, né en 1751, mort en 1799. Volontaire sous Paoli, exilé ; rentré en 1789.
ô. Député à la Convention.
â78 BONAPARTE EN CORSE.
un traitement de cinquante mille livres à Paolî, réreclion d'une statue en son honneur, et la fixation d'une fêtî civique pour le 30 novembre, jour de la déclarati3n de l'annexion à la France.
En homme habile, Paoli, refusa traitement, statue et honneurs. « Ce n'est pas par orgueil, écrivit-il, « que je refuse l'offre généreuse que vous me faites; « l'état de vos finances ne vous permet point de m'as- « signer de traitement. J'ai quelques épargnes, un « peu de bien, et j'en aurai toujours assez pour vivre <• en simple citoyen, pour vous consacrer mes ser- « vices, entretenir l'ordre et maintenir la Constitu- <( tion. Je refuse la statue que vous proposez de « m*ériger ; le monument le plus flatteur pour moi « est l'attachement que vous daignez me manifester. « Croyez-moi, Messieurs, ne prodiguez ni les éloges « ni les statues à aucun citoyen, tant que sa carrière « ne sera pas terminée ^.. »
Restait la question des vœux. Ils étaient nombreux. L'Assemblée d'Orezza s'était montrée fort émue de l'envoi* d'un manifeste collectif des députés royaliste» Buttafuoco et Peretti. Après un débat des plus violents, elle décida qu'un vote solennel de blâme serait infligé à ces deux représentants de la Corse et qu*uine protestation contre leur conduite serait adressée à l'Assemblée nationale. Elle réclama également l'application au régiment Provincial-Corse, du décret de suppression du 30 septembre 1789 et le remplacement de ce corps par une. garde composée de cinq cents nationaux.
1. Moniteur universel du 6 novembre 1790- 8. 9 novenbre 1790.
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La liste des desiderata arrêtée, elle procéda à la nomination des délégués chargés d'exprimer ses vœux à la grande Assemblée et de l'assurer de son dévouement. MM. Pozzo di Borgo et Gentili , membres du directoire, furent choisis.
En résumé, ces élections démontraient clairement l'existence des deux courants distincts dont nous avons déjà eu l'occasion de mentionner l'apparition, l'un autonome représenté par Paoli, le chanoine Belce, le député Colonna, Panattieri, Pozzo di Borgo et Arena; l'autre rattaché à la France par la question d'intérêt et le désir de participer aux grandes affaires, et ayant à sa tête Salicetti, Multedo, Gentili etPompei. Paoli, il est vrai, couvrait cette division latente de sa grande personnalité ; mais il devait suffire du premier désaccord entre les idées dominantes en France et celles acceptées en Corse, pour dégager et séparer ces 'deux éléments si opposés.
Pour Bonaparte, il se sentait comme humilié de se trouver si ignoré, si petit, au milieu de toutes ces gloires naissantes, Salicetti, Arena et Pozzo di Borgo*
Ahl s'il avait pu s'emparer de la citadelle d'Ajaccio, que d'événements, que de changements! Il lui restait, il est vrai, l'espoir de devenir le chef de cette garde soldée, dont il avait été l'ardent promoteur. Il y avait des droits, en qualité de seul Corse officier sorti des écoles militaires.
Paoli le lui avait promis, il ne s'agissait que de patienter. De retour à Ajaccio, il se lança donc de nouveau dans la politique et devint l'un des plus ardents défenseurs du président du directoire. Il prit part aux nouvelles élections qui eurent lieu dans les districts pour le choix des membres des administra-
tiens cantonales et municipales. Dans cette distribution d'emplois, son frère Joseph eut sa part. Il fut nommé juge de paix. Il le méritait bien, car il montrait un zèle patriotique des plus grands et venait de rédiger, à Tusage de ses concitoyens, un commentaire pratique et élémentaire de la Constixution.
Bonaparte, de son côté, déployait une activité sans égale. La nouvelle de ce qui s'était passé à Paris, lors de la présentation des délégués corses, allait* lui fournir cette part de gloire qu'il recherchait avec tant d'avidité.
Bien curieuse, en effet, cette séance du 8 novembre 1790! Barnave présidait. Introduits, les députés corses avaient demandé la faveur d'exposer à l'Assemblée les vœux de leurs concitoyens. Pozzo di Borgo prit la parole :
« Nous avons été, dit-il, les premiers à donner « l'exemple de la liberté. Nous venons renouveler ^< nos serments et rendre hommage à l'estime et à la « reconnaissance... Deux de nos députés sont de- « meures fidèles au vœu de leurs commettants ; nous «. les trouvons toujours dans le chemin de l'hon- « neur et sur la ligne des meilleurs patriotes; mais « les deux autres... »
A ces mots, la droite se lève en masse pour protester, « Je demande, s'écrie Lachaise, que vous punis- M siez les députés de la Corse... Je fais expressément « la motion qu'en attendant que l'Assemblée prenne « un parti définitif, M. le président soit autorisé à « donner des ordres à l'officier de garde pour s'as- « surer de la personne du chef de la députation. » (Des rires éclatent de tous côtés.) « Mes compatriotes,
ANNÉE 1790. Ml
« réplique Salicetti, n'ont point entendu insulter les « représentants de la nation ; ils viennent vous dénon- « cer formellement deux de vos collègues qui certai- « nement sont très coupables. Je vais vous lire une « lettre écrite en Corse par M. Tabbé Peretti ; elle « est traduite de ritalien. L'original...» — «Est dans « mes mains, tonne Mirabeau. Elle vous paraîtra « plus que suffisante pour justifier le profond ressen- « timent que les députés de Corse ont eu le droit « d'exhaler devant l'Assemblée nationale. Voici la « lettre de M. l'abbé Peretti :
« La religion est en péril. Le Seigneur sera sans doute fidèle aux promesses qu'il a faites à son église de ne l'abandonner jamais, et les efforts des impies ne pourront prévaloir contre ses volontés. Cependant je ne puis garder le silence; lorsque toutes les lois nouvelles tendent à détruire la foi, la piété, la religion. Ilnous est impossible de tolérer tant de désordre. Le parti dominant de l'Assemblée nationale croit qu'il n'est point de borne à son pouvoir et à sa compétence, ce que vous devez à votre conscience, c'est d'adhérer à la délibération du chapitre de Paris et à celle d'une partie de l'Assemblée nationale...»
— Assez! assez! ce misérable Mirabeau est un grand « gueux, » vocifère un député de la droite.
— Je crois, continue l'orateur, que la lettre que j'ai « lue suffit à la justification des députés corses; « pour moi, je dois compte à leur patriotisme de « s'effï'ayer du danger où met peut-être leur patrie « l'impudence de ceux qui ont écrit de pareilles « lettres. »
La gauche applaudit avec enthousiasme.
— M. Mirabeap, c*est le plus insolent des assassins,» crie un droitier. — Je réclame le châtiment des dé- « pûtes corses », ajoute M. Regnault.
Pozzo di Borgo veut alors reprendre la parole pour s'expliquer. Il en est empêché par les cris : à Tordre ! à l'ordre ! à la porte I et le tumulte devient teLque le président est dans Tobligation de se couvrir et d'interrompre la séance.
Le calme rétabli, Pozzo di Borgo assura l'Assem* bîée des sentiments de respect des délégués, puis il ajouta, au milieu des applaudissements des gauches: « M. de Buttafuoco vous a dit que le général Paoli « était un despote ; comme s'il avait oublié que c'est « sous ses ordres que. nous avons versé .notre sang « pour la liberté. Il a ajouté qu'il était à la tète d'un « parti qui devait livrer la Corse entre les mains « d'une puissance étrangère... Peut-on méconnaître « ainsi nos sentiments... C'est avec le double carac- « tère de représentant delà nation et de prêtre qu'on « donne l'exemple de l'insurrection, qu'on invite le M peuple à protester contre vos décrets. Leurs com- « plots ont échoué par notre fermeté, comme la « vague se brise contre nos antiques rochers ...»
En Corse, le récit de cet incident produisit une vive émotion. Au club d'Ajaccio, il donna lieu à une discussion orageuse. Masseria, le président, fit lecture de la lettre de Bonaparte à M. de Buttafuoco, au milieu des transports frénétiques de l'assistance.
Le soir même, le député royaliste était déclaré infâme, et Masseria écrivait à Bonaparte :
1. MM. Pozzo di Borgo et Gehtili furent admis aux honneurs de la séanco
« Monsieur, le club patriotique ayant pns connaissance de récrit où vous dévoilez avec autant de finesse que de forca.et de vérité, les menées obscures de l'infâme Bjiltafaoco, en a voté Timpression. Il m'a chargé, par une déclaration dont je vous envoie copie, de vous prier d'y donner votre assentiment : il juge l'impression de cet écrit utile au bien public. C'est une raison qui ne vous permet point d'excuse. »
Quant au procès-verbal de la délibération, il était ainsi rédigé * :
« Le club patriotique, profondément indigné de la conduite criminelle et scandaleuse, de l'impudence sans exemple, de la calomnie la plus atroce, que ce député de la défunte noblesse a osé afficher, môme dans la tribune de l'Assemblée nationale; considérant que journellement dans les brochures, il ne cesse de déchirer son pays et tout ce qu'il a de plus précieux, a arrêté que désormais il ne sçrait plus appelé que Finfàme Buttafuoco. »
Ce fut un heureux jour pour Bonaparte que celui où ses compatriotes lui donnèrent ce témoignage éclatant de confiance. Dès lors, il eut foi dans Tavenir et s'occupa avec ardeur de son travail pour le concours académique de Lyon.
C'était en 1780 que Tabbé Raynal, pour reconnaître la distinction dont il avait été l'objet de la part des membres de ladite Académie, avait fondé un prix de douze cents livres, destiné à l'auteur de la réponse à la question suivante : « La découverte de V Amérique a-t-elle été utile ou nuisible au gem*e hu-