LE SOUPER DE BE/LUCAIRE
Je me trouvais à Beaucaire le dernier jour de la foire; .e hasard me fit avoir pour convives à souper deux négociants marseillais, un Nimois et un fabricant de Montpellier.
Après plusieurs moments employés à nous reconnaître, Ton sut que je venais d'Avignon, et que j'étais militaire. Les esprits de mes convives, qui avaient été toute la semaine fixés sur le cours du négoce qui accroît les fortunes, l'étaient dans ce moment sur l'issue des événements présents, d'où en dépend la conservation ; ils cherchaient à connaître mon opinion, pour, en la comparant à. la leur, pouvoir se rectifier et acquérir des probabilités
1. La première édition du Souper de Beaucaire se fit aux frais du Trésor public, en août 1793. Sabin Tournai, l'éditeur, rédigeait alors le Courrier cV Avignon, La deuxième édition ne parut que vingt-huit ans après, en 1821, précédée d'une introduction par Frédéric Royou (Paris), Brasseur aîné, imprimeur, Terrey, libraire, in-8" de deux feuilles. Celte brochure ne fit aucune sensation, au moment de son apparition. Ce fut seulement, lorsque Bonaparte devint commandant en chef de l'armée dltalie, que M. Loubet, secrétaire et prote de M. Tournai^ attacha quelque prix au manuscrit et le montra à plusieurs per* sonnes. Louis Bonaparte en demanda plus tard plusieurs exemp plaires à M. Aurel. (Mss. voir aux pièces à Tappui.j
ANNl^E 1793. 355
sur l'ayenir, qui nous affectait différemment; les Marseillais surtout paraissaient être moins pétulants; Tévacuation d* Avignon leur avait appris à douter de tout. Il ne leur restait qu'une grande sollicitude sur leur sort. La confiance nous eut bientôt rendus babillards, et nous commençâmes un entretien à peu près en ces termes :
LE nImois.
L*armée de Carteaux est-elle forte? L*on dit qu'elle a perdu bien du monde à Tattaque; mais s'il est vrai qu'elle a été repoussée, pourquoi les Marseillais ont-ils évacué Avignon ?
LE MILITAmE.
L'armée était forte de quatre mille hommes lorsqu'elle a attaqué Avignon, elle est aujourd'hui à six mille hommes,, elle sera avant quak'e jours à dix mille hommes.
Elle a perdu cinq hommes et onze blessés; elle n'a point été repoussée, puisqu'elle n'a fait aucune attaque en forme : elle a voltigé autour de la place, a cherché à forcer les portes en y attachant des pétards ; elle a tiré quelques coups de canon pour essayer la contenance de la garnison; elle a dû ensuite se retirer dans son camp pour combiner son attaque pour la nuit suivante.
Les Marseillais étaient trois mille hommes ; ils avaient une artillerie plus nombreuse et de plus fort calibre, et cependant ils ont été contraints à repasser la Durance. Cela vous étonne beaucoup; mats c'est qu*il n'appartient qu'à des vieilles troupes de résister aux incertitudes d'un siège.
Nous étions mattres du Rhône, de Villeneuve et de la campagne ; nous eussions intercepté toutes les communications. Ils ont dû évacuer la ville.
La cavalerie les a poursuivis dans leur retraite; ils ont eu beaucoup de prisonniers et ont perdu deux pièces de canon.
' LE MARSEILLAIS
Ce n'est pas là la relation qu'on nous a donnée ; je ne
veux pas vous la contester, puisque vous étiez présent; mais avouez que sela ne nous conduira à rien.
Notre armée est à Aix, trois bons généraux sont venus remplacer les premiers ; l'on lève à Marseille de nouveaux bataillons, nous avons un nouveau train d'artillerie, plusieurs pièces de vingt-quatre; sous peu de jours nous serons dans le cas de reprendre Avignon, ou du moins nous resterons maîtres de la Durance.
LE MILITAIRE
Voilà ce que Ton vous dit pour vous entraîner dans le précipice qui s'approfondit à chaque instant, et qui peutêtre engloutira la plus belle ville de France, celle qui a le plus mérité des patriotes; mais Ton vous a dit aussi que vous traverseriez la France, que vous donneriez le ton à la République, et vos premiers pas ont été des échecs. L'on vous a dit qu'Avignon pouvait résister longtemps à vingt mille hommes , et une seule colonne de Tannée, sans artillerie de siège, dans vingt-quatre heures, en a été maîtresse; l'on vous a dit que le Midi était levé, et vous vous êtes trouvés seuls; Ton vous a dit que la cavalerie nîmoise allait écraser les Allobroges, et ceux-ci étaient déjà au Saint-Esprit et à Villeneuve; Ton vous a dit que quatre mille Lyonnais négociaient leur accommodement.
Reconnaissez donc que Ton vous trompe, concevez l'impéritie de vos meneurs , et méfiez- vous de leurs calculs.
Le plm dangereux conseiller , c'est l'amour -propre : vous êtes naturellement vifs, l'on vous conduit à votre perte par le môme moyen qui a ruiné tant de peuples, en exaltant votre vanité; vous avez des richesses et une population considérables, l'on vous les exagère ; vous avez rendu des services éclatants à la liberté. Von vous les rappelle, sans faire attention que le génie de la République était avec vous alorSy au lieu qu'il vous a abandonnés aujourd'hui.
Votre armée, dites-vous, est à Aix avec un grand train
-d'artillerie et de bons généraux; eh bien! quoi qu'elle fasse, je vous assure qu'elle sera battue.
Vous aviez trois mille six cents hommes, une bonne moitié s'est dispersée ; Marseille et quelques réfugiés du département peuvent vous offrir quatre mille hommes : cela est beaucoup; vous aurez donc cinq à six mille hommes sans ensemble, sans unité, sans être aguerris.
Vous avez de bons généraux ; je ne les connais pas; je ne puis donc leur contester leur habileté; mais ils seront absorbés par les détails, ne seront pas secondés par les subalternes, ils ne pourront rien faire qui soutienne la réputation qu'ils pourraient s'être acquise, car il leur faudrait deux mois pour organiser passablement leur armée, et dans quatre jours Carteaux sera au delà de la •Ourance, et avec quels soldats !
Avec l'excellente troupe légère des Allobroges, le vieux régiment de Bourgogne, un bon régiment de cavalerie, le brave bataillon de la Côte-d'Or, qui a vu cent fois la victoire Je précéder dans les combats, et six ou sept autres corps, tous de vieilles milices, encouragés par leurs succès aux frontières et sur votre armée.
Vous avez des pièces de vingt-quatre et de dix-huit, et vous vous croyez inexpugnables , vous suivez l'opinion vulgaire ; mais les gens du métier vous diront, et une fatale expérience va vous le démontrer, que des bonnes pièces de quatre et de huit font autant d'effet pour la guerre de campagne, et sont préférables sur bien des points de vue aux gros calibres. Vous avez des canon niers de nouvelle levée, et vos adversaires ont des artilleurs des régiments de ligne, qui sont, dans leur art, les maîtres de l'Europe.
Que fera votre armée, si elle se concentre à Aix? Elle est perdue : c'est un axiome dans l'art militaire, que celui qui reste derrière ses retranchemens est battu : l'expérience et la théorie sont d'accord sur ce point, et les murailles d'Aix 4ie valent pas le plus mauvais retranchement de cara-
pagne, surtout si l'on fait attention à leur étendue, aux maisons qui les environnent extérieurement à la portée du pistolet. Soyez donc bien sûrs que ce parti, qui vous semble le meilleur, est le plus mauvais. Comment pouvezvous d'ailleurs approvisionner la ville en si peu de temps de ce qu'elle aurait besoin?
Votre armée ira-t-elle à la rencontre des ennemis? Mais elle n'a pas de cavalerie, mais elle est moins nombreuse, mais son artillerie est moins propre pour la campagne; elle serait rompue, dès lors défaite sans ressources, car la cavalerie l'empêchera de se rallier.
Attendez-vous donc à voir la guerre dans le territoire de Marseille : un parti assez nombreux y tient pour la République, ce sera le moment de l'effort; la jonction se fera; et cette ville, le centre du commerce du Levant, l'entrepôt du midi de l'Europe, est perdue... Souvenezvous de l'exemple récent de Lisle* et des lois barbares de la guerre.
Mais quel esprit de vertige s'est tout d'un coup emparé de votre peuple? quel aveuglement fatal le conduit à sa perte? comment peut-il prétendre résister à la République entière ? Quand il obligerait cette armée à se replier sur Avignon, peut-il douter que sous peu de jours de nouveaux combattants ne viennent remplacer les premiers. La République, qui donne la loi à l'Europe, la recevrai-elle de Marseille?
Unis avec Bordeaux, Lyon, Montpellier, Nîmes, Grenoble, le Jura, l'Eure, le Calvados, vous avez entrepris une révolution, vous aviez une probabilité de succès, vos instigateurs pouvaient être mal intentionnés, mais vous étiez une masse imposante de forces; au contraire , aujourd'hui Lyon, Nîmes, Monlpellieri Bordeaux, le Jura,
1. Lisle, petite ville du département de Vaucluse, à quatre lieues à Test d'Avigaon, ayant résisté à Tarmée de Carleaux, fut emportée de vive force le 26 Juillet.
TEure, Grenoble, Caen, ont reçu la Constîtu'îon, aujourd'hui qu'Avignon, Tarascon, Arles ont plié, avouez qu'il y a dans votre opiniâtreté de la folie; c'est que vous été» influencés par des personnes qui, n'ayant plus rien à mé nager, vous entraînent dans leur ruine.
Votre armée sera composée de tout ce que vous avez de plus aisés, des riches de votre ville, car les sans-culottes pourraient trop facilement être tournés contre vous. Vous allez donc compromettre l'élite de votre jeunesse accoutumée à tenir la balance commerciale de la Méditerranée, età vous enrichir par leur économie et leurs spéculations, contre de vieux soldats, cent fois teints du sang du furibond aristocrate ou du féroce Prussien.
Laissez les pays pauvres so battre jusqu'à la dernière extrémité : l'habitant du Vivarais, des Cévennes, de la Corse, s'exposer sans crainte à l'issue d'un combat : s'il gagne, il a rempli son but; s'il perd, il se trouve comme auparavant dans le cas de faire la paix et dans la même position... Mais vous!... perdez une bataille, et le fruit de mille ans de fatigues, de peines, d'économies, de bonheur, devient la proie du soldat.
Voilà cependant les risques que l'on vous fait courir avec autant d' in considération.
LE MARSEILLAIS
Vous allez vite et vous m'effrayez; je conviens avec vous que la circonstance est critique, peut-être vraiment ne songe-t-on pas assez à la position où nous nous trouvons, mais avouez que nous avons encore des ressources immenses à vous opposer.
Vous m'avez persuadé que nous ne pouvions pas résister à Aix , votre observation du défaut de subsistances est peut-être sans réplique pour un siège de longue durée, mais pensez-vous que toute la Provence peut voir long- ; temps, de sang-froid, le blocus d'Aix ; elle se lèvera spontanément, et votre armée, cernée de tous côtés, se trouvera heureuse de repasser la Durance.
LE MILITAIRE
Que c'est mal coanaitre I*esprit des hommes et celui dii' moment. Partout il y a deux partis ; dès le moment que vous serez assiégés, le parti sectionnaire aura le dessous dans toutes les campagnes; l'exemple de Tarascon, de Saint-Remy, d'Orgon, d'Arles, doit vous en convaincre : vingt dragons ont suffi pour rétablir les anciens administrateurs et mettre les autres en déroute. Désormais, tout grand mouvement en votre faveur est impossible dans votre département, il pouvait avoir lieu lorsque l'armée était au delà de la Durance et que vous étiez entiers... A Toulon, les esprits sont très divisés, et les section naires n'y ont pas la même supériorité qu'à Marseille, il faut donc qu'ils restent dans leur ville, pour contenir leurs adversaires... Quant au département des Basses- Alpes, vous savez que presque la totalité a accepté la Ck)Qstitution.
LE MARSEILLAIS
Nous attaquerons Garteaux dans nos montagnes où sa cavalerie ne lui sera d'aucun secours.
LE MILITAIRE
Comme si une armée qui protège une ville était mattresse du point d'attaque; d'ailleurs il est faux qu'il existe des montagnes assez difficiles auprès de Marseille pour rendre nul l'effet de la cavalerie ; seulement, vos collines sont assez rapides pour rendre plus embarrassant le service de l'artillerie et donner un grand avantage à vos ennemis. Car, c'est dans les pays coupés, que par la vivacité des mouvemmtSf VexacHtude du service et la justesse de Vévahuition des distances^ le bon artilleur a la supériorité.
LE MARSEILLAIS
Vous nous croyez donc sans ressources : serait-il possible qu'il fût dans la destinée de cette ville qui résista aux Romains, conserva une partie de ses lois sous les despotes qui les ont suivis, qu'elle devînt la proie de quelques brigands? Quoi I l'Allobroge, chargé des dé-
pouilles de Lisie, ferait la loi dans Marseille! Quoi! Dubois de Crancé, Albitte seraient sans contradicteurs ! Ces hommes altérés de sang, que les malheurs des circonstances ont placés au timon des affaires, seraient les maîtres absolus I Quelle triste perspective vous m'offrez. Nos propriétés, sous différents prétextes, seraient envaiiies; à chaque instant nous serions victimes d'une soldatesque que le pillage réunit sous le même drapeau. Nos meilleurs citoyens seraient emprisonnés et périraient par le crime. Le club relèverait sa tète monstrueuse pour exécuter ses projets infernaux! Rien de pis que cette horrible idée; mieux vaut-il s'exposer à vaincre que d'être victime sans alternative.
LB MILITAIRB.
Voilà ce que c'est que la guerre civile, l'on se déchire, l'on s'abhorre, l'on. se tue sans se connaître... Les Allobroges!... Que croyez-vous que ce soit? Des Africains, des habitants de la Sibérie. Eh! point du tout, ce sont vos compatriotes, des Provençaux, des Dauphinois, des Savoyards; on les croit barbares parce que leur nom est étranger. Si l'on appelait notre phalange, la phalange phocéenne, l'on pourrait accréditer sur leur compte toute espèce de fable.
Il est vrai que vous m*avez rappelé un fait, c'est celui dellsle, je ne le justifie pas, mais je l'explique.
Les Lislois ont tué le trompette qu'on leur avait envoyé, ils ont résisté sans espérance de succès, ils ont été pris d'assaut, le soldat est entré au milieu du feu el des morts, il n'a plus été possible de le contenir, l'indignation a fait le reste. Ces soldats, que vous appelez brigands, sont nos meilleures troupes et nos bataillons les plus disciplinés, leur réputation est au-dessus de la calomnie.
Dubois de Grancé et Albitte, constants amis du peuple, n'ont jamais dévié de la ligne droite... TIs sont scélérats tux yeux des mauvais. Mais Condorcet, Brissot, Barba-
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roux, aussi étaient scélérats lorsqu'ils étaient purs; l'apa^ nage des bons sera d'être toujours mal famés chez le méchant. Il vous semble qu'ils ne gardent aucune mesure avec vous ; et au contraire, ils vous traitent en enfants égarés... Pensez-vous que, s'ils eussent voulu, Marseille eût retiré les marchandises qu'elle avait à Beaucaire? ils pouvaient les séquestrer jusqu'à l'issue de la guerre, ils ne l'ont pas voulu faire, et, grâce à eux, vous pouvez vous en retourner tranquillement chez vous.
Vous appelez Carteaux un assassin : eh bien ! sachez que ce général se donne les plus grandes sollicitudes pour l'ordre et la discipline, témoin sa conduite au Saint- Esprit et à Avignon. Il a fait emprisonner un sergent parce qu'il avait violé l'asile d'un citoyen qui recelait un soldat de votre armée : aux yeux du général, ce sergent était coupable d'être entré, sans ordre motivé, sur une réquisition, dans une maison particulière. L'on a puni des AvigDonnaîs qui s'étaient permis de désigner une maison comme aristocrate. L'on instruit le procès d'un soldat qui est accusé de vol... Votre armée, au contraire, a tué, assassiné plus de trente personnes, a violé Tasile des familles, a rempli les prisons de citoyens, sous le prétexte vague qu'ils étaient des brigands.
Ne vous effrayez point de l'armée, elle estime Marseille, parce qu'elle sait qu'aucune ville n'a tant fait de sacrîûces à la chose publique ; vous avez dix-huit mille hommes à la frontière et vous ne vous êtes point ménagés dans toutes les circonstances. Aussi secouez le joug du petit nombre d'aristocrates qui vous conduisent, reprenez des principes plus sains, et vous n'aurez pas joui de plus vrais amis qu'elle.
LE MARSEILLAIS
Ah! votre armée, elle a bien dégénéré de l'armée de 1789; celle-ci ne voulut pas prendre les armes contre la nation, la vôtre devait imiter un si bel exemple et ne pas tourner ses armes contre les citoyens.
LE MILITAIRE
Avec ces principes, la Vendée aurait aujourd'hui plaate le drapeau blanc sur les murs de la Bastille relevée, et le camp de Jalès dominerait à Marseille.
LB MARSEILLAIS
La Vendée veut un roi, la Vendée veut une contrerévolution déclarée ; la guerre de la Vendée, du camp de Jalès est celle du fanatisme, du despotisme; la nôtre, au contraire, est celle des vrais républicains, amis des lois, de Tordre, ennemis de Tanarchie et des scélérats. N'avonanous pas le drapeau tricolore? et quel intérêt aurions* nous à vouloir Tesclavage ?
LE MILITAIRE
Je sais bien que le peuple de Marseille est bien loin de celui de la Vendée, en fait de contre-révolution. Le peuple de la Vendée est robuste, sain, celui de Marseille est faible et malade, il a besoin de miel pour avaler la pilule; pour y établir la nouvelle doctrine, l'on a besoin de le tromper; mais depuis quatre ans de Révolution, après tant de trames, de complots, de conspirations, toute la perversité humaine s'est développée sous différents aspects, les hommes ont perfectionné leur tact naturel; cela est si vrai, que, malgré la coalisation départementale, malgré l'habileté des chefs, le grand nombre de ressorts de tous les ennemis de la Révolution, le peuple partout s'est réveillé au moment ot on le croyait ensorcelé.
Vous avez, dites-vous, le drapeau tricolore? Paoli aussi l'arbora en Corse, pour avoir le temps de tromper le peuple, d'écraser les vrais amis de la liberté, pour pouvoir entraîner ses compatriotes dans ses projets ambitieux et criminels; il arbora le drapeau tricolore, et il fit tirer contre les bâtiments de la République, et il fît chasser nos troupes des forteresses, et il désarma tous les détache* ments qu'il put surprendre et il fit des rassemblements pour chasser la garnison de l'Ile, et il pilla les magasins, en vendant à bas prix tout ce qu'il y avait, afin
d'avoir de Targent pour soutenir sa révolte, et il ravagea et confisqua les biens des familles les plus aisées, parce qu'elles étaient attachées à l'unité de la République, et il se fit nommer généralissime, et il déclara ennemis de la patrie, tous ceux qui resteraient dans nos armées ; il avait précédemment fait échouer l'expédition de Sardaigne. Et cependant, il avait Timpudeur de se dire ami de la France et bon républicain, et cependant il trompa la ConventioQ qui rapporta son décret de destitution; il fit si bien enfin, que lorsqu'il a été démasqué par ses propres lettres, trouvées à Calvi, il n'était plus temps, les flottes ennemies interceptaient toutes les communications.
Ce n'est plus aux paroles qu'il faut s'en tenir, il faut analyser les actions; et avouez qu'en appréciant les vôtres, îl est facile de vous démontrer contre-révolutionnaire.
Quel effet a produit dans la République le mouvement que vous avez fait? Vous l'avez conduite près de sa ruine; vous avez retardé les opérations de nos armées ; je ne sais pas si vous êtes payés par l'Espagnol et l'Autrichien ; mais certes, ils ne pouvaient désirer de plus heureuses diversions : que feriez-vous de plus si vous l'étiez ? Vos succès sont l'objet des sollicitudes de tous les aristocrates reconnus, vous avez placé à la tète de vos sections et de vos armées des aristocrates avoués, un Latourette, ci-devant colonel, un Sonis, ci-devant lieutenant-colonel du génie, qui ont abandonné leurs corps, au moment de la guerre pour ne pas se battre pour la liberté du peuple.
Vos bataillons sont pleins de pareilles gens, et votre cause ne serait pas la leur, si elle était celle de la Republique.
LE MARSEILLAIS
Mais, Brissot^ Barbaroux, Condorcet, Buzot, Vergniaud, Guadet, etc., sont-ils aussi aristocrates? Qui a fondé la République! qui a renversé le tyran? qui a enfin soutenu la patrie à l'époque périlleuse de la dernière campagtie?
LB MILITAIRB.
Je ne cherche pas si yraiment, ces hommes qui avaient bien mérité dans tant d'occasions, ont conspiré contre lui : ce qu'il me suffit de savoir, c'est que la Montagne, par esprit public ou par esprit de parti, s'étant portée aux dernières extrémités contre eux, les ayant décrétés, emprisonnés, je veux même vous le passer, les ayant calomniés, les Brissotins étaient perdus, sans une guerre civile qui les mit dans le cas de faire la loi à leurs ennemis. C'est donc pour eux vraiment que votre guerre était utile.
S'ils avaient mérité leur réputation première, ils auraient jeté les armes à l'aspect de la Constitution, ils auraient sacrifié leur intérêt au bien public; mais il est plus facile de citer Décius que de l'imiter; ils se sont aujourd'hui rendus coupables du plus grand de tous les crimes, ils ont, par leur conduite, justifié leur décret... Le sang qu'ils ont fait répandre a effacé les vrais services qu'ils avaient rendus.