LE FABRICANT DE MONTPELLIER
Il est palpable, pour qui veut réfléchir, qu'une partie de Marseille.est contre-révolutionnaire; l'on avoue vouloir la République, mais c'est an rideau que l'on rendait tons les jours plus transparent; l'on vous accoutumait peu à peu à voir enfin la contre-révolution toute nue ; déjà le voile qui la couvrait n'était plus que de gaze; votre peuple était bon, mais avec le temps on aurait perverti la masse, sans le génie de la Révolution qui veille sur elle.
Nos troupes ont bien mérité de la patrie pour avoir pris les armes contre vous avec autant d'énergie; ils n'ont pas dû imiter l'armée de 1789, puisque vous n'êtes pas la nation. Le centre d'unité est la Convention, c'est le vrai «ouverain, surtout l-^Tsque le peuple se trouve partagé.
ANNÉE 1793. a67
Vous avez renversé toutes les lois, toutes les conve- \iiances; de quel droit destituiez-vous votre département? Était-ce Marseille qui l'avait formé ?
De quel droit le bataillon de votre ville parcourait-il les districts? De quel droit vos gardes nationales prétendaient-elles entrer dans Avignon? Le district de cette ville était le premier corps constitué, puisque le département était dissous. De quel droit prétendiez-vous violer le territoire delà Dr6me? et pourquoi croyez-vous que ce département n'ait pas le droit de requérir la force publique pour le défendre? Vous avez donc confondu tous les droits, vous avez établi l'anarchie, et puisque vous prétendez justifier vos opérations par le droit de la force, vous êtes donc des brigands, des anarchistes.
Vous avez établi un tribunal populaire. Marseille seule l'a nommé, il est contraire à toutes les lois, ce ne peut être qu'un tribunal de sang, puisque c'est le tribunal d'une faction ; vous avez soumis par la force à ce tribunal tout votre département. De quel droit? Vous usurpez donc cette autorité, que \ous reprochez injustement à Paris ?
Votre comité des sections a reconnu des affiliations. Voilà donc une coalition pareille k celle des clubs contre qui vous vous récriez? Votre comité a exercé des actes d'administration sur des communes du Var; voilà donc la division territoriale méconnue?
Vous avez, à Avignon, emprisonné sans mandat, sans décret, sans réquisition des corps administratifs; vous avez violé l'asile des familles, méconnu la liberté individuelle; vous avez, de sang-froid, assassiné sur les places publiques; vous avez renouvelé les seènes dont vous exagérez l'horreur, et qui ont affligé l'origine de la Révolution, sans information, sans procès, sans connaître les victimes, seulement sur la désignation de leurs ennemis ; vous les avez prises, arrachées à leurs enfants, traînées dans les rues, et les avez fait périr sous les coups de «abre; l'on a compté jusqu'à trente que vous avez ainsi
sacrifiés; vous avez traîné la statue de la liberté dans la boue; vous l'avez exécutée publiquement; elle a été l'objet des avanies de toute espèce d'une jeunesse effrénée; vous Tavez lacérée à coups de sabre, vous ne sauriez le nier; il était midi, plus de deux cents personnes des vôtres assistèrent à cette profanation criminelle; le cortège a traversé plusieurs rues, est arrivé à la place de l'Horloge, 2st passé parla rue de l'Épicerie, etc., etc. J'arrête mes "^flexions et mon indignation. Est-ce donc ainsi que vous voulez la République? Vous avez retardé la marche de nos armées, en arrêtant les convois; comment pouvoir se refuser à Tévidence de tant de faits, et comment vous épargner le titre d'ennemis de la patrie.
LE MILITAIRE
11 est de la dernière évidence que les Marseillais ont nui aux opératÏQUs de nos armées, et voulaient détruire la liberté; mais ce n'est pas ce dont il s* agit ici; la question est de savoir ce qu'ils pensent espérer, et quel parti il leur reste à prendre.
LE MARSEILLAIS
Nous avons moins de ressources que je ne pensais, mais Ton est bien fort lorsque Ton est résolu à mourir, et nous le sommes plutôt que de reprendre le joug des hommes qui gouvernent l'État; vous savez qu'un homme qui se noie s'accroche à toutes les branches, ainsi plutôt que de nous laisser égorger, nous... Oui, nous avons tous pris part à cette nouvelle révolution, tous nous serions sacrifiés par la vengeance. Il y a deux mois que Ton avait conspiré d'égorger quatre mille de nos meilleurs citoyens; jugez à quel excès on se porterait aujourd'hui... l'on se ressouviendra toujours de ce monstre qui était cependant un des principaux du club ; il fit lanterner un citoyen, il pilla sa maison et viola sa femme, après lui avoir fait boiie un verre du sang de son mari...
LE MILITAIRE
Quelle horreur I mais ce fait est-il vrai? je m'en méfie,
cap VOUS savez que Ton ne croit plus au viol aujourd'hui...
LE MARSEILLAIS
Oui, plutôt que de nous soumettre à de pareilles gens, nous nous porterons à la dernière extrémité, nous nous donnerons aux ennemis, nous appellerons les Espagnols; il n'y a point de peuple dont le caractère soit moins compatible avec le nôtre, il n'y a point déplus haïssable. Jugez donc, par le sacrifice que nous ferons, de la méchanceté des hommes que nous craignons.
LE MILITAIRE
Vous donner aux Espagnols II... Nous ne vous en donnerons pas le temps.
LE MARSEILLAIS
L'on les signale tous les joui*s devant nos ports.
LE nImois.
Pour voir lequel des Fédérés ou de la Montagne tient pour la République, cette menace seule me suffit; la Montagne a été un moment la plus faible, la commotion paraissait générale. A-t-elle cependant jamais parlé d'appeler les ennemis? Ne savez -vous pas que c'est un combat à mort que celui des patriotes et des despotes de l'Europe? Si donc vous espérez des secours de leur part, c'est que vos meneurs ont de bonnes raisons pour en être accueillis, mais j'ai encore trop bonne opinion de votre peuple, pour croire que vous soyez les plus forts à Marseille dans l'exécution d'un si lâche projet.
LB militaire.
Pensez-vous que vous feriez un grand tort à la République, et que votre menace soit bien effrayante? Évaluons :
Les Espagnols n'ont point des troupes de débarquement, leurs vaisseaux ne peuvent pas entrer dans votre port : si vous appeliez les Espagnols, ça pourrait être utile à vos meneurs pour se sauver avec une partie de leur fortune ; mais l'indignation serait générale dans toute la République; vous auriez soixante mille hommes sur les bras
870 BONAPARTB A L*ARMBE DU MIDI.
avant huit jours, les Espagnols emporteraient de Marseille tout ce qu'ils pourraient, et il en resterait encore assez pour enrichir les vainqueurs.
Si les Espagnols avaient trente ou quarante mille hommes sur leurs flottes, tout prêts à pouvoir débarquer, votre menace serait effrayante ; mais, aujourd'hui, elle n'est que ridicule, elle ne ferait que hâter leur ruine.