‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 115 sur 190 · LE FABRICANT DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

LE FABRICANT DE MONTPELLIER

Si VOUS étiez capables d'une pareille bassesse, il ne faudrait pas laisser pierre sur pierre dans votre superbe cité, il faudrait que d'ici à un mois le voyageur, passant sur VOS ruines, vous crût détruits depuis ceut ans.

LE MILITAIRE

Croyez-moi, Marseillais, secouez le joug du petit nombre de scélérats qui vous conduisent à la contre-révolution; rétablissez vos autorités constituées; acceptez la Constitution ; rendez la liberté aux représentants; qu'ils aillent à Paris intercéder pour vous ; vous avez été égarés, il n'est pas nouveau que le peuple le soit par un petit nombre de conspirateurs et d'intrigants; de tout temps la facilité et l'ignorance de la multitude ont été la cause de la plupart des guerres civiles.

LE MARSEILLAIS

Eh! monsieur, qui mettra le bien? Sera-ce les réfugiés qui nous arrivent de tous les c6tés du département? Ils sont intéressés à agir en désespérés. Sera-ce ceux qui nous gouvernent? Ne sont-ils pas dans le môme cas? Sera-ce le peuple ? Une partie ne connaît pas sa position, elle est aveuglée et fanatisée; l'autre partie est désarmée, suspectée, humiliée; je vois donc, avec une profonde affliction, des malheurs sans remède.

LE MILITAIRE

Vous voilà enfin raisonnable ; pourquoi une pareille révolution ne s'opérerait-elle pas sur un grand nombre de vos citoyens qui sont trompés et de bonne foi ? Alorst Albitte qui ne peut que vouloir épargner le sang français,

TOUS enverra quelque homme loyal et habile ; Ton géra d'accord ; et l'armée, sans s'arrêter un seul moment, ira sous les murs de Perpignan faire danser la Carmagnole, à l'Espagnol enorgueilli de quelques succès.

Et Marseille sera toujours le centre de gravité de la liberté, ce sera seulement quelques feuillets qu'il faudra arracher de son histoire.

Cet heureux pronostic nous remit en humeur : le Marseillais nous paya de bon cœur plusieurs bouteilles de Champagne, qui dissipèrent entièrement les soucis et les sollicitudes. Nous allâmes nous coucher à deux heures du matin, nous donnant rendez-vous au déjeuner du lendemain, où le Marseillais avait encore bien des doutes à proposer, et moi bien deft vérités intéressantes à lui apprendre.

19 juillet 1793.

Mais de cet écrit, qu'adviendrait-il? Comment et où le faire imprimer? Bonaparte en était là de ses indécisions, lorsque les représentants du peuple arrivèrent àÂix.

Pour lui, cet événement devait marquer la fin de tant de vicissitudes. La fortune souriante allait, cette fois,

a Four sa gloire naUiatUe épuiser ses faveurs. »

Salicetti fut plein d'attentions pour son compatriote. Il le présenta à ses collègues. Gasparin et Robespierre le jeune se montrèrent particulièrement bienveillants pour le jeune officier d'artillerie. Sa nature ardente et ses idées originales leur plurent. Son récent travail acheva de les charmer. C'était justice.

Le Souper de Beaucaire est loin d'être une œuvre banale. Dans les conditions où il a été conçu, cet écrit

dénote une singulière présence d'esprit. Sous le rapport militaire, il contient des aphorismes curieux. Au point de vue politique, il renferme également des appréciations nettes et sensées. Évidemment, tout cela n'avait pas grande élévation, mais prouvait tout au moins que cet officier de vingt-cinq ans était au courant des événements et qu'il en saisissait la synthèse. Dans ces jugements concis, on sentait la précision du maître et celle de l'homme de guerre. Qui voit bien les faits de Thistoire, voit également bien en campagne. L'histoire est le champ clos des sociétés ; la bataille, celui des troupes. La connaissance des hommes et celle du terrain sont les deux éléments principaux du succès. En politique comnae sur le théâtre des opérations, il n'y a pas deux positions bonnes; il n'en est qu'une. Le coup d'œil est l'âme du chef. On l'a ou on ne l'a pas.

Ces qualités merveilleuses frappèrent donc les conventionnels. Ceux-ci firent fête à Bonaparte, l'autorisèrent à faire publier le Souper de Beaucaire aux frais du trésor public et lui firent force promesses.

Mais les moments étaient précieux. Il fallait en finir avec Tinsurrection fratricide du Midi. Le 18 août, l'armée républicaine avait quitté Saint-Rémy pour attaquer Salon. Villeneuve s'y trouvait; il n'attendit même pas le choc. Après un combat insignifiant, il donna le signal de la retraite, puis évacua successivement Pellissane, Lançon, Rognac et les Milles pour venir occuper, au col de Septèmes, la ligne de collines qui couvrent Marseille au nord. Le 21, Garteaux était à Aix, et le même jour Albitte écrivait au Comité de Salut public : « Nous comptons K avant huit jours voir entrer l'armée dans Marseille

« OU périr avec elle sous les murs de cette cité re- « belle, en défendant la liberté et l'égalité,

« Un parlementaireanglaismouillemainlenanidans « la rade de Marseille, et chaque jour los têtes des a patriotes tombent sous la guillotine de ces assas- « sins*. »

L'agonie de Marseille commençait. La grande et belle cité phocéenne était comme affoléo. Le tribunal populaire redoublait de rage. Un comité de salut public s'était constitué. Bruniquel en avait la présidence. Des délégués venaient de partir pour rejoindre Tamiral anglais et réclamer son concours. Mais celuici n'était pas homme à compromettre sa flotte dans la défense inutile d'une ville ouverte. Ses instructions, d'ailleurs, lui désignaient Toulon comme but de ses efforts. Il s'y conforma, répondit de façon évasive et se contenta d'envoyer une proclamation :

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