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«88 BONA PARTS AU SlÔGE DE TOULON.
entraînées par Barras et Fréron, avaient enlevé par surprise le mont Faron. C'était la chute de Toulon ; Barras Tannonçait. Mais assaillis le soir même, avani d'avoir pu ^'organiser défensivement, les vainqueurs durent se replier. De ce jour, Lapoype, renonça à toute attaque de vive force, se contenta de s'emparer du cap Brun, puis ouvrit la tranchée contre le fort de l»a Malgue qui constitue avec son vis-à-vis, le petit Gibraltar, la clef de la rade.
A la droite, la situation était loin d'être aussi brillante. Gasparin, malade, avait quitté OliouUes. Carteaux partait le 7 novembre. Doppet, désigné pour prendre le commandement, arrivait le 9. Son séjour devait être de courte durée. Au moment de rejoindre son nouveau poste, il avait écrit au ministre * : « Vous me parlez encore dans votre dernière du « siège de Toulon dont la République veut me don- « ner la direction. Je suis tout au salut de la chose « publique ; mais vous voudrez bien peser la réflexion <c suivante : je ne crois pas avoir les connaissances « pour un siège aussi important, car il ne me suffira « pas de marcher pour rendre l'armée victorieuse. » Cette explication d'un honnête homme produisit, parait-il, une impression favorable, car, le soir même de la prise de possession de son commandement, Doppet recevait avis de son changement. Il devait se rendre à l'armée des Pyrénées orientales et quitter son poste aussitôt après l'arjjivée de son successeur, le général de division Dugommier.
1. Doppet était arrivé à Lyon le 26 septembre. Il avait prispart au siège et avait été nommé général de division. — Il avait reçu son ordre de départ le 27 octobre. — Cet ordre se croisa. Avec sa lettre au ministre.
AN-NKZ 1703. 389
C'est une belle et noble figure que celle de ce vieillard, de cet ancien lieutenant-colonel, laissant tout, famille et fortune, pour venir avec ses fils se mettre à la disposition de la République. Doux et ferme, le regard franc, la taille élancée, Dugommier est le type de ces généraux que sut enfanter la Révolution. « Il avait toutes les qualités d'un vieux militaire, a dit Napoléon. Extrêmement brave de sa personne, « il aimait les braves et en était aimé. Il était bon, « quoique vif, très actif, juste, avait le coup d'œil « militaire, du sang-froid et de l'opiniâtreté. » Ce furent les deux Robespierre et Barras qui le proposèrent au choix du Comité. « Nous comptons au nombre « des victoires, écrit Robespierre jeune, Téloigne- « ment du général Carteaux. Le général Dugommier, « qui l'a remplacé, est digne de la confiance des ré- « publicains. Il sait inspirer l'amour de la liberté, « réchaufî'er les âmes tièdes. Un jour qu'on lui de- « mandait comment il faisait pour se faire aimer des « soldats, il fit cette réponse qui vous peindra son « âme : C'est que je les aïme^. » Lettre touchante, qui fait autant d'honneur à son auteur qu'à celui qui l'inspirait.
Cette confiance était méritée. Aussitôt arrivé, Dugommier sut donner une vive impulsion aux opéra-
1 . Dugommier (Jean-François), né à la Bass- -Terre (Gnade* loiir,!'), tué à la bataille de la Sierra-Negra(Catp' jne), le 17 novembre 1794. Fils d'un riche colon; entré au serMc.e â quatorze .ijîs : le quitta en qualité de lieutenant-colonel, ii int lors de la dOc!:iration de guerre, général de brigade en 1 '■*•), à l'armée dlialie; prit Toulon, commanda en chef aux Pyi. <i<''es, Son nom fut. inscrit au Pautiiéon. La voix publique i'appc; .it le libérateur du Midi, La lettre de Robespierre est datée <!i^ Nice, 16 no- ▼eml)re. (Mss. A. G.)
tiens. Grâce aux renforts venus de Lyon, Tarmée de siège se trouva rapidement organisée. Les troupes furent réparties en deux divisions, Tune, dite de gauche, à Test, avec Lapoype pour chef, l'autre, celle de droite, à l'ouest, sous les ordres du général de division Mouret et des brigadiers Laborde et Garnier. Le général Duteil cadet commandait toute l'artillerie; Bonaparte dirigeait les batteries de la brigade Laborde. Sugny celles de la brigade Garnier, Brûlé celles de la division Lapoype. Le capitaine du génie FlayoUe conduisait les travaux de siège de la gauche, Lamothe ceux de la droite. Ghauvet et son adjoint Joseph Bonaparte assuraient les ravitaillements par Marseille et OliouUes, Eyssautier, par Nice et Draguignan.
Le 22 novembre, Dugommier fit une reconnaissance générale. Le 25, il y eut grand conseil au château, près les Gayon. Les représentants du peuple Barras, Ricord, Robespierre, Fréron et Salicetti y assistaient. Bonaparte, en qualité de chef de service, s'y trouva. Il y eut Toccasion de prendre plusieurs fois la parole et de faire adopter quelques-unes de ses propositions. On adopta les résolutions suivantes *:
io Diriger toutes les attaques sur la redoute anglaise (Petit Gibraltar); établir dans les locaux les plus favorables, à l'extrémité du promontoire de l'Eguillette des batteries afin d'obliger Tescadre à évacuer la rade et même de la brûler, si un vent contraire s'oppose à sa sortie ;
20 Battre, avec les batteries de la Convention et de la poudrière, le fort Malbosquet, afin de laisser du doute à
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ANNÉE 1793. t91
rennemî sur le point que l'on veut attaquer et de préparer à l'infanterie la prise de Malbosquet, si les événements en permettent Tattaque;
30 Faire une batterie dans le local le plus favorable pour battre les hauteurs du cap Brun, tort La Malgne afm d'en imposer à l'ennemi sur le front que Ton veut atlaqner;
40 S'emparer de la montagne du Faron et s'y maintenir ;
50 Faire à la fois ces différentes attaques, la division de droite étant chargée de la fausse attaque de Malbosquet et de l'attaque de la redoute de l'Ëguillette, la division de gauche, de la fausse attaque du cap Brun et de l'attaque de la montagne du Faron ;
6® Établir au point le plus favorable, entre la batterie de la Convention et Malbosquet une batterie de six mortiers à grande portée contre Toulon, qui commencera à jouer dans le moment où on le croira le plus propre pour achever de porter le découragement et accroître la mésintelligence qui existe entre les différentes nations composant la garnison ;
7» Établir une redoute de protection sur la gauche de la montagne de la Convention pour empêcher que l'ennemi favorisé par le feu des redoutes de Saint-Antoine ne tourne et n'enlève la batterie dé la Convention. »
Dès le lendemain, on se mettait partout à Toeuvro avec «ne ardeur inimaginable, Bonaparte au petit Gibraltar, Sugny vis-à-vis de Malbosquet, Brûlé au cap Brun. Dugommier se multipliait. Il avait établi son quartier général à la Seyne.
Nous n'entrerons pas dans le récit détaillé de cette opération de guerre. Elle est connue.
Plusieurs fois, les alliés tentèrent de rompre le cercle de feu qui les enserrait. Une nuit, ils réus-
sirent à pénétrer dans les batteries établies par Bonaparte; mais, attaqués à leur tour, ils durent se replier. Leurs pertes furent grandes; O'Hara leur général, pris. Le lendemain, Dugommicr écrivait* : « Parmi ceux qui se sont le plus distingués et qui « m'ont le plus aidé à rallier et à pousser en « avant, ce sont les citoyens Buonaparte, comman- « dant Tartillerie, Joseph Arena et Gervoiii*, adju- « dants généraux... » De ce jour, la reddition de Toulon n'était plus qu'une affaire de temps. L'annonce de l'arrivée d'un corps autrichien et du comte de Provence, ainsi que les souhaits d'Emmanuel de
Rohan, le grand maître de Malte, n'y pouvaient rien. Le 17 décembre, eut lieu une dernière attaque. Elle fut générale'. A cinq heures du matin, Laborde enlevait à la baïonnette les forts l'Éguillette et Balagnier. 11 y était blessé ainsi que le capitaine d'artillerie M uîron. Au centre, Garnier s'emparait de Malbosquet et couronnait le chemin couvert. A la gauche, Barras entrait avec ses hommes dans les redoutes blanche et rouge, puis dans le fort Faron.
Le jour même, Dugommier annonçait ce grand succès au président de la Convention *, puis il ajoutait :